Eviden et Thales viennent d’annoncer l’intégration du signal européen chiffré Galileo PRS dans le récepteur de navigation militaire P3TS, équipant les véhicules de l’armée de Terre.
Le récepteur P3TS, déjà embarqué sur les blindés du programme Scorpion, gagne une capacité de géolocalisation résiliente face aux tentatives de brouillage et de leurrage. L’intégration du service Galileo PRS, développé par Thales, vise à réduire la dépendance au GPS américain dans les zones où les attaques électroniques se multiplient. La DGA a confié à Eviden la mission d’industrialisation et de soutien opérationnel du système P3TS.
Deux options d’équipement seront proposées aux forces. La première repose sur le TopStar Galileo PRS Core Module, qui capte les signaux chiffrés Galileo PRS ainsi que les signaux ouverts Galileo et GPS. La seconde, baptisée TopStar Smart Receiver, ajoute une fonction anti-brouillage active. Les deux modules embarquent une horloge ultra-précise, chargée de synchroniser les radios tactiques même après perte complète du signal GNSS. Cette architecture répond aux contraintes de tous les types de plateformes terrestres, du blindé léger au char lourd.
Un écosystème déjà déployé sur Scorpion
Le P3TS fournit aux forces françaises une position et une synchronisation en temps réel, essentielles à la conduite des opérations. Ces informations alimentent le Système d’information du combat Scorpion, le SICS, dont Eviden est maître d’Å“uvre industriel. Elles sont aussi diffusées vers les postes de radio tactiques, permettant à l’ensemble de la chaîne de commandement de partager une vision commune de l’environnement de combat[2].
Le SICS équipe déjà les véhicules Griffon, Jaguar et Serval. Il assure le partage instantané de la situation tactique, la géolocalisation des unités, la coordination interarmes et la transmission d’ordres numérisés. Eviden a récemment étendu ce savoir-faire au-delà des frontières : en mai dernier, l’entreprise a annoncé équiper l’armée de Terre luxembourgeoise d’une plateforme de formation au SICS, dans le cadre d’une convergence opérationnelle avec la Belgique autour des véhicules CaMo[2].
Galileo PRS, un atout européen face au brouillage

Le signal Galileo PRS est un service européen chiffré, réservé aux utilisateurs gouvernementaux autorisés. Thales est le seul industriel français à avoir développé un module de sécurité Galileo PRS et à disposer d’une gamme de récepteurs GNSS modulaires permettant d’intégrer ce service dans des équipements militaires existants. L’entreprise commercialise déjà une palette de solutions de navigation résiliente, du radar de surveillance au système de défense aérienne.
L’enjeu stratégique est double : améliorer l’autonomie européenne en matière de positionnement satellitaire, et offrir aux forces une alternative au GPS américain dans les environnements où les adversaires déploient des moyens de guerre électronique. Les théâtres d’opérations récents ont montré l’intensification des tentatives de brouillage et de leurrage des signaux de navigation, rendant les systèmes monoconstellations GPS vulnérables.
Pourquoi Galileo PRS renforce l'autonomie européenne
Un déploiement progressif sur toutes les plateformes terrestres
Bernard Payer, directeur Systèmes Critiques de Mission chez Eviden, a déclaré : « Nous sommes honorés de pouvoir proposer aux forces une version plus résiliente de P3TS, grâce à l’intégration des solutions Galileo PRS de Thales, pour sécuriser et soutenir les missions dans des environnements à haut risque et à haute intensité. P3TS PRS garantit la précision, la fiabilité de positionnement, la résistance au brouillage et la haute disponibilité attendues par les armées. »
De son côté, Florent Chauvancy, vice-président Activités Avionique de vol chez Thales, a souligné : « En alliant l’expertise de la navigation résiliente de Thales au savoir-faire éprouvé d’Eviden, nous préservons la capacité des véhicules terrestres à opérer en environnement de guerre électronique. »
Le P3TS PRS sera déployé de façon modulaire, selon les besoins opérationnels et les contraintes budgétaires. Les forces pourront choisir entre une version de base avec accès aux constellations Galileo et GPS, et une version renforcée intégrant la fonction anti-brouillage. L’horloge embarquée assure la continuité du service même en cas de perte totale du signal satellitaire, un scénario de plus en plus fréquent dans les zones contestées.
Thales multiplie les partenariats industriels

Cette annonce s’inscrit dans une séquence d’alliances industrielles menées par Thales ces dernières semaines. Le 20 juillet, l’entreprise a formalisé un partenariat stratégique avec Destinus pour développer des solutions de défense aérienne multicouche européenne, incluant l’intégration des intercepteurs Hornet de Destinus avec les radars et les systèmes de défense aérienne de Thales[1]. Les deux groupes visent une montée en cadence de la production et l’interopérabilité avec les architectures IAMD de l’OTAN.
Thales a également signé un protocole d’accord avec Arquus lors du salon Eurosatory pour intégrer sa gamme de mortiers SpinFire, notamment le modèle rayé de 120 mm, sur les véhicules tactiques légers d’Arquus[5]. Ce partenariat cible les marchés export et vise à combler le segment intermédiaire entre systèmes tractés et solutions embarquées lourdes.
Hausse de 40 % des investissements industriels
Entre 2024 et 2026, Thales a augmenté ses dépenses d’investissement dans la défense de plus de 40 %, pour atteindre environ 830 à 850 millions d’euros en 2026[4]. Ces fonds sont déployés sur sept domaines majeurs : surveillance aérienne, défense aérienne, effecteurs, sonars et communications militaires. Les sites français, belges, néerlandais, allemands et britanniques du groupe bénéficient de ces investissements, destinés à accroître les capacités existantes, moderniser les installations et réduire les délais de livraison.
En Allemagne, Thales a reçu en juin une commande de 60 radars de champ de bataille Ground Observer 12 par l’Office fédéral de l’équipement de la Bundeswehr. L’entreprise prévoit de multiplier par cinq d’ici fin 2026 la capacité de production de ces radars, développés et fabriqués à Ditzingen[4]. En Belgique, Thales monte en puissance la production de roquettes guidées laser à Herstal.
Le groupe a également lancé début 2026 SkyDefender, un système de défense anti-drones multi-domaines construit sur une architecture ouverte et modulaire, conçu pour s’intégrer facilement aux défenses existantes et évoluer au rythme des nouvelles menaces[4].
P3TS PRS : navigation résiliente pour Scorpion
- Eviden intègre le signal Galileo PRS de Thales dans le récepteur P3TS de l'armée de Terre
- Deux versions proposées : Core Module (Galileo PRS + GPS) et Smart Receiver (+ anti-brouillage)
- Horloge ultraprécise pour synchroniser les radios tactiques même sans signal GNSS
- Le P3TS alimente le SICS du programme Scorpion (Griffon, Jaguar, Serval)
- Thales seul industriel français à avoir développé un module de sécurité Galileo PRS
- Hausse de 40 % des investissements défense Thales entre 2024 et 2026
Sources
4 sources · 7 faits vérifiés

