On ne s’étonne plus, au fond, de voir les camionnettes des climaticiens sillonner les rues de Perpignan, de Nîmes ou de Montpellier tout l’été. Ce qui surprend davantage, c’est l’ampleur du phénomène : sur dix logements des Pyrénées-Orientales, près de sept disposent désormais d’une climatisation. Le chiffre vient d’une étude Hello Watt publiée en juin 2026, et il place ce département en tête du classement national. Juste derrière, le Gard affiche 66 %, suivi de l’Hérault avec 62 %. Au total, six départements d’Occitanie se hissent dans le top 10 français.
L’étude révèle aussi une progression nationale : entre 2025 et 2026, les installations de climatiseurs ont bondi de 7 % dans les appartements et de 2 % dans les maisons. Aujourd’hui, 28 % des maisons françaises et 13,5 % des appartements sont équipés. Mais cette moyenne cache une France à deux vitesses : au sud, l’équipement dépasse souvent 50 %, tandis qu’au nord (de la Bretagne aux Hauts-de-France) il peine à atteindre 15 %.
Pour Hello Watt, l’explication tient en un mot : chaleur. Les départements méditerranéens et leurs voisins subissent des épisodes caniculaires plus fréquents et plus intenses. En milieu urbain, les îlots de chaleur aggravent encore la situation : la densité du bâti, le bitume, la rareté de la végétation transforment les appartements en fournaises dès que le mercure grimpe. « Cette dynamique s’explique notamment par une plus forte exposition des appartements aux épisodes de chaleur », écrit Hello Watt dans son communiqué. Dans ces conditions, la climatisation cesse d’être un luxe : elle devient une ressource presque vitale.
L’Aude, le Tarn-et-Garonne et le Tarn dans le trio de tête régional
Après les Pyrénées-Orientales, le Gard et l’Hérault, trois autres départements d’Occitanie complètent le top 10 : l’Aude se classe 7e avec 59 % de logements équipés, le Tarn-et-Garonne 9e avec 53 %, et le Tarn 10e avec 52 %. Les autres départements de la région suivent de près : la Haute-Garonne arrive 11e, le Gers 14e, le Lot 19e. Plus on monte en altitude, plus le taux se modère : l’Ariège occupe la 27e place, les Hautes-Pyrénées la 33e, l’Aveyron la 37e, et la Lozère ferme la marche à la 80e position, ce qui reste logique pour un territoire montagnard où le besoin de chauffage l’emporte largement sur celui de rafraîchissement.
À Toulouse, Montpellier ou Nîmes, les installations se multiplient dans les copropriétés, malgré les contraintes architecturales : centres historiques classés, façades en briques, secteurs sauvegardés où l’Architecte des Bâtiments de France impose des règles strictes. Les professionnels du secteur s’adaptent : climatisations réversibles en mono-split pour les studios, systèmes multi-split pour les maisons individuelles, pompes à chaleur air-air qui permettent de chauffer l’hiver et de rafraîchir l’été. Cette dernière option représente déjà 26 % des climatiseurs installés en France et réduit la consommation électrique d’un logement de 12 % en moyenne lorsqu’elle remplace un radiateur électrique.
Vers 50 % de logements climatisés en 2030
La tendance ne devrait pas s’inverser. RTE, le gestionnaire du réseau électrique, prévoit qu’à l’horizon 2030, un logement français sur deux sera équipé d’une climatisation. Un rythme soutenu par l’augmentation des températures estivales et la répétition des vagues de chaleur. Pour comparaison, près de 90 % des logements américains disposent déjà d’un système de climatisation, et entre 50 et 60 % dans le sud de l’Europe, Grèce, Italie, Espagne.
Ce basculement pose des questions : consommation électrique en pointe l’été, impact environnemental des fluides frigorigènes, équité entre ceux qui peuvent s’équiper et ceux qui ne le peuvent pas. Mais il traduit aussi une réalité : les Français du Sud ne vivent plus les étés comme avant. Les nuits ne rafraîchissent plus, les épisodes de canicule dépassent désormais plusieurs jours consécutifs, et les logements (surtout anciens, mal isolés) deviennent invivables sans aide mécanique. En Occitanie, cette réalité s’impose déjà dans les chiffres : deux tiers des foyers des Pyrénées-Orientales ont tranché. Et le reste du pays suit.

