Début septembre 2026, l’armée de l’Air et de l’Espace lance sa sixième mission PEGASE : quatre Rafale F4 traverseront l’Arctique, l’Indo-Pacifique et le Moyen-Orient en 38 jours.
L’annonce tombe en plein été : La Réunion accueillra en septembre prochain une fraction du dispositif aérien français déployé dans le cadre de PEGASE 26. Un à deux chasseurs Rafale, accompagnés d’un avion ravitailleur A330 MRTT et d’un transport A400M Atlas, feront escale sur l’île, intégrée aux Forces armées en zone sud de l’océan Indien. Cette halte s’inscrit dans un périple mondial qui mobilise 300 aviateurs et couvre trois continents en un peu plus d’un mois.
La mission PEGASE, reconduite depuis 2018, n’avait jamais affiché un parcours aussi étendu. Groenland, Alaska, Japon, Corée du Sud, Indonésie, Inde, La Réunion, Qatar, Égypte : le dispositif se dédouble à mi-chemin pour déployer deux tracés parallèles. Une partie du détachement rejoindra l’Inde pour participer à l’exercice Tarang Shakti ; l’autre, après sa halte réunionnaise, mettra cap sur le Qatar avant de se regrouper en Égypte pour l’exercice franco-égyptien Amun 26.
Un dispositif en baisse, une portée qui s’élargit
Les moyens mis en Å“uvre pour PEGASE 26 marquent une inflexion nette. Quatre Rafale standard F4, trois A330 MRTT Phénix et deux A400M Atlas constituent l’armada volante : c’est deux fois moins de chasseurs qu’en 2023, année-record où dix Rafale avaient été déployés. En 2024, l’armée de l’Air en avait projeté sept ; six en 2025, lors de Pégase Grand Nord, mission entièrement recentrée sur la Suède pour renforcer le flanc oriental de l’Otan face à la Russie[5].
Cette réduction des effectifs aériens ne traduit pas un désengagement, mais une redéfinition des priorités. Les moyens de soutien logistique, en revanche, restent constants : trois avions ravitailleurs et deux cargos stratégiques permettent de tenir 38 jours en autonomie complète, loin de toute base française. Le ravitaillement en vol demeure le nerf de cette guerre de l’air à longue distance : sans les A330 MRTT, un Rafale ne peut franchir le Pacifique ni relier l’Alaska au Japon d’une traite.
| Type de moyen | Nombre |
|---|---|
| Aviateurs mobilisés | Près de 300 |
| Chasseurs Rafale F4 | 4 |
| Ravitailleurs A330 MRTT Phénix | 3 |
| Avions de transport A400M Atlas | 2 |
| Durée de la mission | 38 jours |
Source : Défense Nationale
L’Arctique, nouvelle route stratégique vers l’Amérique du Nord

PEGASE 26 ouvre sur une première : une escale groenlandaise des appareils de transport tactique et stratégique. Cette halte polaire vise un objectif opérationnel précis : valider une nouvelle route aérienne vers l’Amérique du Nord et entraîner les équipages à des latitudes élevées, dans des conditions climatiques extrêmes[1]. L’Arctique n’est plus un angle mort : la compétition pour le contrôle de cette zone s’est intensifiée entre membres de l’Otan et Russie depuis 2024.
Après cette étape grand nord, les chasseurs Rafale rejoindront l’Alaska d’une traite pour une séquence de coopération franco-américaine. Le dispositif traverse ensuite le Pacifique et fait escale au Japon, en Corée du Sud, puis en Indonésie. Ces trois pays illustrent la diversité des partenariats stratégiques français en Indo-Pacifique, zone où Paris entretient des accords de défense anciens et des contrats d’armement actifs.
Pourquoi quatre Rafale suffisent pour trois continents
Deux trajectoires, un même message
C’est à mi-parcours que le détachement se scinde. Une fraction met cap sur l’Inde, partenaire historique de la France dans le domaine aéronautique et client du Rafale depuis 2016. L’exercice Tarang Shakti, auquel participent les aviateurs français, constitue l’un des rendez-vous opérationnels majeurs du dispositif[3].
L’autre partie du détachement rejoint La Réunion. Cette escale revêt une dimension à la fois logistique et symbolique : elle démontre la capacité des armées françaises à renforcer ponctuellement leurs bases ultramarines en cas de crise. Le département français de l’océan Indien abrite une garnison permanente et constitue un point d’appui stratégique face aux tensions croissantes dans le canal du Mozambique et autour de Madagascar.
Le périple se poursuit vers le Moyen-Orient, région d’engagement prioritaire pour la France. Une partie du dispositif fait escale au Qatar, allié diplomatique et client de l’industrie de défense française. Les Rafale participent enfin à l’exercice franco-égyptien Amun 26 avant leur retour sur le territoire national.
Un club très fermé, sous pression budgétaire

Projeter quatre chasseurs de combat à l’autre bout du monde, en autonomie complète, reste un privilège de quelques nations. États-Unis, Royaume-Uni, Russie, Chine : la liste est courte. PEGASE 26 place la France dans ce club restreint, mais à un coût humain et logistique élevé[2].
La mission sert aussi de vitrine commerciale. Depuis 2018, chaque édition de PEGASE coïncide avec des négociations export du Rafale. En 2026, Dassault Aviation compte sur l’effet de démonstration : montrer l’appareil en conditions réelles, loin de tout écosystème de soutien permanent, constitue un argument de vente auprès de clients potentiels en Asie du Sud-Est ou au Moyen-Orient.
Reste que la baisse du nombre d’avions engagés interroge. Quatre Rafale, c’est deux fois moins qu’en 2024, quatre fois moins qu’en 2023. Certains observateurs y voient une contrainte budgétaire, d’autres un arbitrage opérationnel : l’armée de l’Air et de l’Espace privilégie désormais la durée et la portée géographique de ses missions au volume des moyens projetés. L’édition 2025, entièrement recentrée sur la Suède, avait déjà traduit cette évolution.
La mission PEGASE 26 décollera début septembre. Les équipages rentreront en France mi-octobre, après avoir parcouru plus de 50 000 kilomètres. Groenland, Pacifique, océan Indien, Moyen-Orient : en 38 jours, la carte du monde devient terrain de jeu. Ou terrain d’épreuve.
Mission PEGASE 26 : parcours et moyens déployés
- La mission PEGASE 26 mobilise quatre Rafale F4, trois A330 MRTT et deux A400M Atlas sur 38 jours
- Escale confirmée à La Réunion en septembre 2026 pour une partie du détachement aérien français
- Première escale stratégique au Groenland pour valider une nouvelle route arctique vers l'Amérique du Nord
- Le dispositif se scinde à mi-parcours : une fraction vers l'Inde, l'autre vers La Réunion puis le Qatar
- Quatre Rafale en 2026, contre dix en 2023 : une baisse des moyens projetés sur six éditions consécutives
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

