De Saint-Pierre-et-Miquelon à Mayotte, la pêche française d’outre-mer se réorganise en urgence : nouveaux bureaux élus, flottes à reconstruire après un cyclone, et règles européennes qui entrent en vigueur.
Loïc Laisné était en mission dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon la semaine dernière. Sa mission : accompagner la relance de l’Organisation professionnelle des activités de pêche de Saint-Pierre-et-Miquelon, l’OPAPS. La structure était à bout de souffle, le secteur divisé. Un bureau a été constitué à l’issue des discussions.
Ce bureau est composé d’Eric Cormier pour les navires hauturiers, de Guillaume de Lizaraga pour les navires côtiers, de Yohann Abraham au secrétariat et de Jonathan Poirier à la trésorerie. Loïc Laisné en assure provisoirement la présidence, le temps que la profession retrouve un fonctionnement stable.
L’OPAPS, outil de pression ou simple chambre d’enregistrement ?
La question se pose d’emblée. L’attribution des quotas reste une compétence régalienne de l’État, Laisné l’admet lui-même. L’organisation professionnelle n’a pas de pouvoir de décision sur ce point. Ce qu’elle peut faire, selon lui, c’est permettre aux pêcheurs de formuler des propositions sur la gestion de la ressource et l’exploitation des quotas.[1]
C’est précisément là que se noue la tension. À Saint-Pierre-et-Miquelon, la gestion des quotas est au cÅ“ur de conflits qui ont fragilisé la cohésion du secteur. Redonner à la profession une structure représentative et opérationnelle est une condition préalable à toute négociation sérieuse avec l’État. Sans interlocuteur organisé, les pêcheurs parlent chacun pour soi, et la filière perd en crédibilité.
La profession reste divisée, reconnaît Laisné. La présidence provisoire qu’il assume est un signal : la reconstruction est en cours, pas achevée.
À Mayotte, des bateaux coulés et une filière sous perfusion

À plusieurs milliers de kilomètres de l’Atlantique Nord, la situation est autrement plus grave. Le cyclone a balayé la filière mahoraise de la pêche. Sans bateaux, impossible de sortir en mer. La souveraineté alimentaire de l’île en prend directement un coup.[4]
Régis Masseaux, président du Syndicat maritime des pêcheurs professionnels de Mayotte, est direct : « On ne demande pas à l’État de nous apporter des produits, on demande de nous aider à reconstruire nos bateaux pour aller chercher nos propres poissons. » Les contacts pris par l’État avec La Réunion pour compenser les approvisionnements ne passent pas. Masseaux attend une aide à la reconstruction, pas à l’importation.
Le dossier des quotas aggrave les tensions. Dans le bassin de l’océan Indien, le quota annuel de thons obèses est fixé à 140 tonnes. La Réunion en capte 135 tonnes. Il en reste 5 pour Mayotte. Pour des pêcheurs qui n’ont plus de bateaux et regardent leur quota partir vers une autre île, la situation est difficilement tenable.
La structuration de la filière avait pourtant commencé avant la catastrophe : formations, subventions, préfiguration d’un comité de pêche. Le cyclone a tout remis à zéro. Masseaux envisage de travailler temporairement avec de l’importation pour maintenir les emplois, mais les reconstructions ne seront pas finalisées avant une dizaine de mois. « Ce sont les marins qui vont trinquer », dit-il.
La pêche informelle reste par ailleurs une réalité structurelle à Mayotte, qui complique encore davantage la gestion du secteur.
Pourquoi la filière pêche d'outre-mer est sous tension
Les 2,5 millions de pêcheurs de loisir face aux nouvelles obligations européennes
Pendant ce temps, à l’échelle nationale et européenne, un autre chantier réglementaire est entré en vigueur. Depuis le 12 février 2026, les pêcheurs de loisir de 16 ans et plus sont soumis à de nouvelles obligations européennes : enregistrement annuel obligatoire et déclaration journalière de leurs captures lorsqu’ils pêchent des espèces dites « sensibles », via l’application RecFishing.[3]
En France, environ 2,5 millions de personnes pratiquent la pêche de loisir en mer. Les règles existaient déjà pour les professionnels dans le cadre de la Politique commune de la pêche. L’Union européenne étend désormais la logique de traçabilité aux amateurs, avec pour objectif d’améliorer la connaissance des stocks et de l’impact réel de cette activité sur les espèces sensibles.
Les territoires d’outre-mer ne sont pas concernés à ce stade : aucune espèce n’y est classée comme « sensible » dans le dispositif, selon le ministère de la Mer. La liste reste évolutive.
Saint-Pierre-et-Miquelon, Mayotte : deux territoires, deux vitesses de reconstruction

Ce qui frappe, à regarder ces deux situations ensemble, c’est le décalage de temporalité. À Saint-Pierre-et-Miquelon, la restructuration est institutionnelle et progressive : on recrée les conditions d’un dialogue entre professionnels et État. À Mayotte, la reconstruction est physique et urgente : il faut des bateaux, de l’argent, et vite.
Dans les deux cas, le rapport aux quotas concentre les frustrations. À Saint-Pierre-et-Miquelon, les pêcheurs veulent peser sur les décisions. À Mayotte, ils regardent leurs quotas s’évaporer vers La Réunion faute de moyens pour les utiliser. L’État reste l’arbitre dans les deux territoires. La pression monte pour qu’il joue ce rôle avec plus de réactivité.
Masseaux résume l’ambition mahoraise en un mot : « Construisons. » C’est à cette aune que les pêcheurs jugeront les mois à venir.
Pêche ultramarine 2026 : les faits à retenir
- L'OPAPS de Saint-Pierre-et-Miquelon relance son bureau avec 4 membres élus en juin 2026
- Loïc Laisné, préfigurateur des pêches, assure provisoirement la présidence
- À Mayotte, la reconstruction des bateaux ne sera pas achevée avant environ 10 mois
- Le quota de thons obèses dans l'océan Indien est de 140 t/an, dont 135 t pour La Réunion
- Depuis le 12 février 2026, les pêcheurs de loisir de 16 ans et plus doivent s'enregistrer et déclarer leurs captures d'espèces sensibles via l'application RecFishing
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
