La confrérie de Saint-Martin à Letia a retrouvé sa statue : restaurée à Tox, elle réintègre l’église le dernier samedi de juin, entre messe, bénédiction et numérique.
Cinquante centimètres de haut, une main perdue, la peinture écaillée. Le saint Martin de Letia, dans les Deux Sorru, avait mal vieilli. Après plusieurs mois dans l’atelier d’Alice Nasica, à Tox, il est revenu au village fin juin. Les fidèles l’ont fêté par une messe et une bénédiction. Sa place définitive, au-dessus du portail de l’église, attend encore un échafaudage et un choix de protection : grille, vitre ou niche ouverte. Pour l’instant, la statue reste à l’intérieur du bâtiment.
Jean-Claude Stefanini, prieur de la confrérie San Martinu di u Rusariu di Letia, précise : « En attendant que nous puissions monter un petit échafaudage, saint Martin reste dans l’église. » La confrérie hésite entre différents dispositifs de sécurité, pour éviter que l’usure ne reprenne. Les origines de la statue restent floues. Au village, on sait seulement « qu’il nous a toujours accompagnés, qu’il est arrivé jusqu’à nous grâce à la transmission ». Le lien affectif prime. « Nous y sommes très attachés », insiste Stefanini.
Scan 3D, impression résine et dorure à l’ancienne
Alice Nasica, diplômée de l’École Olivier de Serre, travaille la céramique, les matériaux de synthèse et la modélisation 3D. Elle a créé des figurines et participé à des décors au Puy du Fou. Sa spécialité : les œuvres religieuses, un goût hérité de sa grand-mère Anne Gojon, sculptrice de statues sacrées. Elle a réceptionné « un petit saint patron dans un piteux état », selon les mots mêmes de la confrérie. La main droite avait disparu, la crosse épiscopale aussi. La peinture alternait zones délavées et écaillées.
Premier geste : nettoyage et ponçage. Des traces de jaune, de bleu, de vert sont apparues. Un numéro aussi, probablement de série. « Ce qui laisse supposer qu’il ne s’agit pas d’une pièce unique », note la restauratrice. Elle ne s’étonne pas : « Les pièces protégées, classées sont répertoriées et suivies. On ne les découvre pas par hasard. Et pour ma part, je ne suis pas en capacité de les toucher. » La statue n’appartient donc pas au patrimoine classé, mais à la mémoire locale.
Un scan 3D a permis de modéliser l’ensemble. Nasica a étudié l’iconographie de saint Martin, consulté des ouvrages, tracé des esquisses. L’imprimante résine 3D a fabriqué la main manquante et la crosse. Dernière étape : les coups de pinceau et la feuille d’or. La statue a repris vie.
Retrouvailles, puis réinstallation progressive
Le dernier samedi de juin, le village a célébré le retour. Ferveur, émotion, convivialité. La population manifeste sa joie, elle la manifestera encore lorsque le saint retrouvera sa niche d’origine, au-dessus du portail. La confrérie procède par étapes. Le temps de monter l’échafaudage, de trancher sur le type de protection. Le village tient à son saint, même si son histoire reste floue.
Aucune archive ne documente son arrivée, aucune date ne figure sur la terre cuite. Seule la transmission orale a maintenu le lien. Le numéro découvert sous la peinture suggère une fabrication semi-industrielle, peut-être au XIXe siècle. Mais Letia ne cherche pas à établir un pedigree. Le saint appartient à ceux qui le vénèrent. La restauration numérique lui offre une seconde vie, dorée à l’ancienne.
Numérique et patrimoine religieux : les leviers
Une restauratrice entre tradition et fabrication additive
Alice Nasica combine savoir-faire ancestral et outils contemporains. La dorure à la feuille reste un geste manuel millénaire. L’impression 3D permet de reconstituer des volumes perdus sans trahir la matière d’origine. Cette approche hybride devient courante dans la conservation d’objets religieux non classés. Les communes et confréries disposent rarement des budgets nécessaires à une restauration académique. Le numérique réduit les coûts, accélère les délais.
La jeune femme ne cache pas son attachement aux œuvres insérées dans l’espace religieux. « Ce penchant, elle le tient sans doute de sa grand-mère Anne Gojon », relève la confrérie. Le lien générationnel se double d’un lien entre patrimoine et technologie. Le saint Martin de Letia incarne cette transition : mémoire orale, terre cuite anonyme, scan laser, résine photosensible, dorure à l’or fin.
Restauration de saint Martin à Letia : les faits
- Statue de 50 cm en terre cuite, origines inconnues, numéro de série découvert sous la peinture
- Restauration par Alice Nasica (Tox) : scan 3D, impression résine pour la main et la crosse, dorure à la feuille d’or
- Retour le dernier samedi de juin 2026, messe et bénédiction, réinstallation dans la niche en attente d’échafaudage
- Confrérie San Martinu di u Rusariu di Letia hésite entre grille, vitre ou niche ouverte
- Alice Nasica diplômée de l’École Olivier de Serre, a travaillé au Puy du Fou, spécialisée céramique et modélisation 3D
Patrimoine religieux et restauration numérique : enjeux
Impression 3D en renfort
Le scan laser et l’impression résine reconstituent les parties manquantes sans modifier la matière originale. Coût réduit, délais courts, accessibilité pour les petites confréries.
Pièce non classée, mémoire locale
Le numéro de série indique une fabrication semi-industrielle. La statue n’appartient pas au patrimoine protégé, mais elle porte l’attachement du village. La transmission orale remplace l’archive.
Protection future à définir
La confrérie hésite entre grille, vitre ou niche ouverte. La restauration sera vaine si l’usure reprend. Le choix engage la conservation à long terme.
Savoir-faire hybride
Alice Nasica mêle modélisation numérique et dorure artisanale. Sa formation (École Olivier de Serre, Puy du Fou) illustre la demande croissante pour des profils capables de naviguer entre tradition et fabrication additive.
Saint Martin de Letia : restauration 3D et dorure
- Statue de 50 cm en terre cuite, main et crosse manquantes, peinture écaillée
- Restauration par Alice Nasica à Tox : scan 3D, impression résine, dorure à l'or fin
- Numéro de série découvert sous la peinture, suggère une production semi-industrielle
- Retour à Letia fin juin 2026, messe et bénédiction, réinstallation dans la niche en attente
- Confrérie hésite entre grille, vitre ou niche ouverte pour protéger la statue
- Alice Nasica diplômée Olivier de Serre, a travaillé au Puy du Fou, spécialisée céramique et modélisation

