Les chiffres ont de quoi faire tourner la tête. 960 millions d’euros de richesse créée sur un territoire de 21 kilomètres carrés. 10 660 habitants à l’année. Sortez la calculette : cela donne 90 103 euros de PIB par habitant. Le double de la moyenne nationale. L’une des performances les plus hautes de l’Outre-mer français. Et, sur le papier, l’un des niveaux de richesse produite parmi les plus élevés de la planète.
Ces données, rendues publiques par l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer en partenariat avec le CEROM, ne sont pas un coup de chance statistique. Elles racontent une économie qui marche différemment. Pas d’industrie lourde, pas de grandes usines, pas de zones portuaires démesurées. Ici, c’est le privé qui fait tourner la machine. Et c’est le tourisme haut de gamme qui alimente le privé.
Saint-Barthélemy a choisi son camp il y a longtemps : l’exclusivité. Pas de complexes hôteliers de masse, pas de croisiéristes débarqués par milliers. Des villas louées à des prix stratosphériques, des établissements où l’on dîne à trois chiffres, des boutiques où l’on ne rentre qu’avec une certaine carte bancaire. Une clientèle européenne et américaine fortunée, qui vient chercher la discrétion, le soleil et un certain art de vivre caribéen à la française.
Ce modèle-là fonctionne. Le tourisme représente près de 20 % du produit intérieur brut de l’île[1]. Un poids énorme pour un seul secteur. Mais ce n’est pas tout : cette activité entraîne le reste. La demande pour des villas alimente l’immobilier haut de gamme, spécialisé dans la location saisonnière et la vente à des acquéreurs internationaux. Cet immobilier stimule à son tour la construction, qui génère près de 14 % de la richesse locale. Le cercle tourne.
Une économie marchande à 82 %
À Saint-Barthélemy, l’économie n’est pas publique. Les entreprises privées produisent deux tiers du PIB. Les ménages, principalement par les loyers qu’ils perçoivent sur leurs biens, représentent 18 %. La sphère publique, elle, reste minoritaire. On ne vit pas ici des administrations ou des grands services de l’État. On vit de l’attractivité, de la clientèle qui vient et repart, de l’argent qui circule entre villas, restaurants, commerces et chantiers.
Cette structure place l’île à part dans le paysage ultramarin. Là où la Guadeloupe affiche un PIB par habitant de 27 400 euros, Saint-Barthélemy dépasse les 90 000[2]. Un rapport de un à trois, qui s’explique par un modèle économique radicalement différent, concentré sur le luxe et la clientèle à fort pouvoir d’achat.
Dans la cour des plus riches
À l’échelle mondiale, peu de territoires affichent un tel niveau. Monaco, le Luxembourg, quelques cités-États ou places financières. Saint-Barthélemy joue dans cette catégorie, avec ses particularités caribéennes et son régime fiscal spécifique, qui fait partie des arguments pour attirer investisseurs et résidents fortunés.
Mais ces 90 000 euros par habitant ne disent rien du quotidien. Rien du coût de la vie, qui explose dès qu’on pose le pied à l’aéroport. Rien des inégalités entre ceux qui possèdent et ceux qui servent. Rien des conditions de travail des employés de villas, des serveurs, des ouvriers du bâtiment. Un indicateur économique ne fait pas une société. Il mesure la richesse produite, pas la manière dont elle se répartit.
Reste que Saint-Barthélemy fait partie d’un club très fermé. Celui des territoires où chaque habitant, en moyenne, génère plus de richesse qu’ailleurs. Un modèle fragile, entièrement dépendant d’une clientèle internationale et d’un secteur unique. Mais un modèle qui, en 2023, a prouvé qu’il tenait debout.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

