À Saint-Louis, tribu kanak au sud de Nouméa, on prépare un mariage dans la joie. Difficile d’imaginer qu’ici, en 2024, des morts sont tombés lors des émeutes qui ont embrasé l’archipel. Le déclencheur ? Un projet de dégel du corps électoral, perçu par les indépendantistes comme une trahison des accords signés à la fin des années 1980, ces textes fragiles qui tenaient tant bien que mal la Nouvelle-Calédonie debout.
Dimitri Qenegei, militant indépendantiste, guide l’équipe de France 24 sur les lieux où sont tombés ses amis. Il porte leur mémoire, et avec elle une colère intacte. À quelques kilomètres de là , au Mont-Dore, le discours est inverse : Florent Perrin raconte les mois de blocus, l’autodéfense organisée pour protéger les commerces, et sa conviction que le dégel électoral était une nécessité démocratique. Pour lui, l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ne peut s’écrire que dans un cadre français.
Deux récits qui ne se parlent plus. Deux légitimités qui s’affrontent. Et entre les deux, un territoire qui peine à se relever.
Des centaines d’entreprises fermées, des milliers d’emplois perdus
Les conséquences économiques se font encore sentir dans l’archipel. Des centaines d’entreprises ont mis la clé sous la porte, des milliers d’emplois ont disparu. David Guyenne a vu son centre commercial familial partir en fumée. Il a choisi, malgré tout, de rester et de reconstruire. Un pari coûteux, dans un territoire où la confiance s’est effondrée.
À Nouméa, la fracture sociale s’est encore creusée. Dans le bidonville de Tindu, Élodie élève ses trois enfants sans eau ni électricité. Ici, les difficultés économiques alimentent le discours indépendantiste. Élodie le dit sans détour : elle ne se sent pas française, elle sera toujours kanak.
En brousse, l’attachement à la France reste viscéral
En pleine brousse, Ghislain Santacroce, descendant de bagnard corse, a déjà connu l’exil et la violence dans les années 1980. Pour lui, « la Nouvelle-Calédonie, c’est la France ! » Sans la France, tout s’effondrera, dit-il. Cet attachement à la terre, à la République, est viscéral chez beaucoup de ruraux, qui vivent loin de Nouméa et de ses tensions urbaines.
Face à ces récits qui s’opposent, Bourail offre un autre chemin, une troisième voie. Le maire et les autorités coutumières kanaks construisent, patiemment, un vivre-ensemble concret. Une preuve que deux mémoires peuvent, peut-être, se retrouver dans une histoire commune.
Un système de santé en lambeaux
Un an après les émeutes, la Nouvelle-Calédonie fait face à une crise sanitaire qui s’ajoute à la crise politique. De nombreuses cliniques et hôpitaux ont fermé leurs portes. Le système de santé, déjà fragile avant 2024, s’est effondré. Beaucoup de médecins ont quitté l’archipel. Dans la région reculée de Koumac, quelque 30 000 personnes se retrouvent sans hôpital fonctionnel. L’hôpital et son service d’urgence sont fermés depuis cinq mois. Une étude récente suggère qu’un soignant sur deux pourrait encore quitter l’île[4].
Ce documentaire, diffusé par France 24, s’efforce de donner la parole à celles et ceux qui parfois ne se parlent plus, mais aussi à ceux qui tentent de construire des ponts et d’imaginer un avenir qui dépasse les divisions. Un pari difficile, dans un territoire où chacun se sent légitime, où chaque camp porte une histoire et une blessure.
Sources
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