Luc Bereni, ancien président d’Air Corsica, publie dans la revue Icare un récit historique sur les six compagnies aériennes privées nées en Corse entre 1969 et 1990, avant la création de la CCM.
Aucune publication n’existait jusqu’ici sur l’histoire de l’aviation civile en Corse. Luc Bereni, qui a dirigé Air Corsica de 2019 à 2023, comble ce vide dans la revue spécialisée Icare. Son récit, illustré par des photos du fonds Tomasi, retrace les initiatives privées menées avant la création de la Compagnie Corse Méditerranée, devenue Air Corsica.
Le sujet : six compagnies créées en vingt ans. Corsair, Kallistair, Corse-Air International, Air Corse, Kyrnair et enfin la CCM. La période couverte s’étend sur trois décennies marquantes pour l’île.
Un problème que les compagnies continentales ne résolvaient pas
Avant la CCM, les acteurs privés corses multipliaient les tentatives pour assurer une liaison aérienne efficace entre l’île et le continent[1]. Les compagnies continentales, malgré leurs efforts, n’y parvenaient pas. Aucune d’entre elles ne trouvait la formule économique permettant de répondre à la demande insulaire.
Air Corse, lancée en 1982, illustre ces initiatives. La compagnie assurait d’abord des vols à la demande de passagers et de fret au départ de la Corse. En 1985, après la disparition d’Air Alpes, elle reprend les lignes régulières vers Ajaccio et Bastia depuis l’aéroport de Toulon[2]. Les appareils : des Piper PA-31 Chieftain de huit places, exploités dans le cadre d’une convention signée avec l’Office des Transports de la région Corse.
Des ambitions contrariées par la concurrence
Air Corse dépose en 1988, puis à nouveau en 1989, une demande d’exploitation auprès du Conseil Supérieur de l’Aviation Marchande. Les lignes visées : Toulon-Calvi, Toulon-Genève, Genève-Strasbourg, avec des Fokker 27. Mais Hyères Aéro Service exploitait déjà ces routes toute l’année. Air Corse ne proposait qu’une exploitation saisonnière. Le CSAM refuse.
La compagnie dépose le bilan le 10 janvier 1990. Kyrnair reprend les lignes au départ de Toulon vers l’île de Beauté. Deux des Fairchild d’Air Corse sont cédés à Stellair, compagnie nantaise.
Pourquoi les compagnies privées ont échoué avant la CCM
La CCM, solution attendue
La Compagnie Corse Méditerranée apporte, selon Bereni, une bonne part des solutions attendues. La CCM est créée pour stabiliser le trafic et garantir la continuité territoriale, mission que les initiatives privées précédentes n’avaient pas réussi à assurer durablement.
Entre 1986 et 1990, l’Office des Transports de la Région Corse fixe les modalités d’organisation des transports maritimes et aériens entre la côte méditerranéenne et la Corse. L’Assemblée de Corse définit le cadre dans ses délibérations des 9 octobre 1985 et 4 janvier 1986. L’ORTC reçoit chaque année une subvention inscrite dans la loi de finances de l’État, pratiquement indexée sur l’inflation jusqu’en 1992[5]. Cette subvention est répartie entre les compagnies maritimes et aériennes attributaires de la délégation de service public.
| Compagnie | Période d’activité | Particularité |
|---|---|---|
| Corsair | 1969-1990 | Première initiative privée |
| Kallistair | 1969-1990 | Vols à la demande |
| Corse-Air International | 1969-1990 | Vocation internationale |
| Air Corse | 1982-1990 | Lignes Toulon-Ajaccio/Bastia |
| Kyrnair | 1990 | Reprend les lignes d’Air Corse |
| CCM | 1990 et après | Devient Air Corsica |
Source : Corse Matin, Revue Icare
Luc Bereni, trajectoire d’un dirigeant du secteur
Luc Bereni a dirigé Air Corsica entre 2019 et 2023, après un passage chez XL Airways. En 2026, Pierre Muracciole lui succède à la tête de la compagnie corse[3]. Bereni avait rejoint Air Corsica dix ans après avoir été recruté par Laurent Magnin, fondateur d’XL Airways.
Son travail historique dans Icare ne fait aucune référence à l’actualité récente de la compagnie. Il se concentre sur la période 1969-1990, documentée par des archives photographiques jusqu’ici peu exploitées.
Une période particulière pour l’île
Les trois décennies couvertes par Bereni correspondent à une phase de transformation pour la Corse. Le transport aérien était un enjeu d’aménagement du territoire et de continuité économique. Les initiatives privées successives traduisent une difficulté structurelle : aucune compagnie continentale ne trouvait de modèle rentable pour desservir l’île toute l’année.
La création de la CCM marque un basculement. La délégation de service public, financée par une subvention d’État, permet de garantir les liaisons hors saison touristique. Ce modèle, encore en vigueur sous le nom d’Air Corsica, repose sur un équilibre entre mission de service public et gestion privée.
Le transport maritime, pendant ces années, absorbe une part importante de la subvention de l’ORTC, mais la part dédiée au transport aérien progresse rapidement. En 1990, le secteur aérien est devenu central dans la stratégie de désenclavement de l’île.
Aviation corse 1969-1990 : les faits à retenir
- Six compagnies aériennes privées créées en Corse entre 1969 et 1990 avant la CCM
- Air Corse, fondée en 1982, exploitait les lignes Toulon-Ajaccio/Bastia avec des Piper de 8 places
- La compagnie dépose le bilan le 10 janvier 1990 après deux refus du CSAM
- Luc Bereni a dirigé Air Corsica de 2019 à 2023 avant de publier ce récit historique
- La CCM, créée en 1990, apporte la stabilité via une délégation de service public financée par l'État
Sources
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