Sonomind, startup deeptech parisienne spécialisée dans les ultrasons focalisés, boucle un tour de table de 20 millions d’euros et démarre ses essais cliniques multicentriques.
L’annonce tombe le 12 mai. Sonomind, née en septembre 2025 dans le sillage de vingt-cinq ans de recherche à l’Inserm et à l’ESPCI Paris, sécurise 20 millions d’euros en série A. Critical Path Ventures, fonds californien spécialisé dans les technologies de rupture, codirige le tour avec Bpifrance : les fonds French Tech Seed et Deep Tech 2030, opérés pour l’État dans le cadre de France 2030, entrent au capital. L’objectif est clair : démarrer les essais cliniques randomisés en double aveugle, multicentriques, et décrocher une autorisation de mise sur le marché à l’horizon 2029.
C’est la deuxième levée en un an pour l’entreprise. En 2025, elle avait déjà fermé un tour d’amorçage de 3 millions : 2 millions en capital apportés par Critical Path, 1 million de financement public via France 2030. Cet argent avait servi à finaliser le prototype de la plateforme technologique. Le nouveau tour multiplie par six la mise initiale et pousse la jeune pousse en phase industrielle.
Sonomind ne cible pas la dépression en général, mais la dépression résistante : celle qui touche 30 à 50 % des personnes dépressives dans le monde et pour laquelle les traitements actuels (antidépresseurs, psychothérapie, électroconvulsivothérapie) échouent. Les chiffres sont têtus : un patient sur trois ne répond à aucun protocole disponible. La startup propose une alternative radicalement différente : des ultrasons focalisés de faible intensité, dirigés vers les structures cérébrales profondes impliquées dans les troubles psychiatriques[1].
Une lentille sur mesure pour atteindre les zones profondes du cerveau
Le dispositif repose sur une lentille acoustique personnalisée. Chaque patient se voit fabriquer une lentille adaptée à l’anatomie de son crâne, permettant de focaliser les ondes ultrasonores avec une précision millimétrique. Pas de chirurgie, pas d’implant, pas d’hospitalisation. Les séances se déroulent en ambulatoire. Les ultrasons traversent l’os et la peau sans léser les tissus, stimulent les neurones ciblés, modulent l’activité des circuits dysfonctionnels.
La technologie n’est pas née dans un garage. Elle s’appuie sur vingt-cinq ans de travaux menés à l’Institut Physique pour la Médecine Paris, unité commune à l’Inserm, l’ESPCI Paris, PSL et au CNRS, sous la direction des professeurs Mickael Tanter et Jean-François Aubry. Les deux chercheurs ont passé deux décennies à affiner la physique des ultrasons thérapeutiques, à cartographier les limites du crâne, à modéliser la propagation des ondes dans le cerveau. Sonomind industrialise ce savoir.
Des résultats publiés : 60 % de réduction des symptômes en cinq jours

Les premiers essais cliniques ont eu lieu à l’hôpital Sainte-Anne, au sein du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences. Les résultats, publiés en 2025 dans la revue Brain Stimulation, font état d’une réduction de plus de 60 % de la sévérité des symptômes dépressifs après cinq jours de traitement consécutifs[2]. Aucun effet indésirable significatif n’a été rapporté. Le protocole reste limité en taille d’échantillon, on parle d’une étude de faisabilité, pas d’un essai pivot —, mais les données ouvrent une voie.
La même année, la Fondation FondaMental et le Groupe Dassault décernent à Sonomind le Prix Marcel Dassault pour l’innovation en santé mentale. Le jury salue l’approche non invasive et la rigueur scientifique. C’est un signal pour les investisseurs, un label pour les cliniciens, une caution pour le régulateur.
| Date | Événement |
|---|---|
| Septembre 2025 | Création de la société |
| 2025 | Levée d’amorçage : 3 M€ |
| 2025 | Publication des résultats cliniques dans Brain Stimulation |
| 2025 | Prix Marcel Dassault de l’innovation en santé mentale |
| Mai 2026 | Série A : 20 M€ |
| 2029 (horizon) | Autorisation de mise sur le marché visée |
Source : Bpifrance
Pourquoi cette levée marque un tournant pour la santé mentale
Des essais multicentriques dès cette année
Les 20 millions de la série A financent la prochaine étape : des essais randomisés, contrôlés en double aveugle, répartis sur plusieurs centres hospitaliers français et potentiellement européens. Sonomind doit prouver que l’effet observé à Sainte-Anne se reproduit à plus grande échelle, avec des cohortes plus larges, dans des protocoles conformes aux standards des agences du médicament. L’enjeu est double : valider l’efficacité, documenter l’innocuité.
Le dispositif médical devra passer sous la loupe de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé en France, puis sous celle de l’Agence européenne des médicaments pour un marquage CE de classe III, le niveau le plus élevé, réservé aux dispositifs à risque élevé impliquant une interaction directe avec le cerveau. L’horizon 2029 pour l’AMM suppose un déroulement sans accroc des phases II et III. C’est court pour un dispositif médical de cette ambition, mais le cadre réglementaire européen offre des procédures accélérées pour les technologies à besoin médical non couvert.
Un potentiel d’extension à d’autres pathologies neurologiques

Au-delà de la dépression résistante, Sonomind voit plus large. La plateforme technologique peut, en théorie, cibler d’autres structures cérébrales et traiter d’autres pathologies : anxiété, addictions, maladie de Parkinson, tremblements essentiels, récupération post-AVC, douleurs chroniques[3]. Chaque indication nécessitera ses propres essais cliniques, ses propres autorisations, mais la brique technologique reste la même : des ultrasons focalisés, une lentille personnalisée, une neuromodulation non invasive.
C’est un pari sur la convergence entre physique, imagerie médicale et psychiatrie. Sonomind ne promet pas de guérir la dépression en une séance, les résultats actuels montrent une amélioration, pas une rémission complète —, mais elle ouvre une troisième voie entre les molécules et la stimulation électrique. Une voie où la précision spatiale prime sur la diffusion systémique, où le patient reste éveillé, où le dispositif se prête à des séances répétées sans risque cumulatif.
Critical Path et Bpifrance parient sur la deeptech médicale française
Critical Path Ventures n’en est pas à son coup d’essai sur Sonomind : le fonds a mené les deux tours successifs, amorçage et série A. Sa spécialité : les technologies scientifiques de rupture en phase précoce, là où le risque technique est maximal mais où la barrière à l’entrée protège des concurrents. Côté français, Bpifrance mobilise deux véhicules d’État (French Tech Seed et Deep Tech 2030) pour accompagner la montée en puissance. C’est un signal politique autant qu’économique : la santé mentale devient une priorité industrielle, la deeptech médicale française cherche ses champions[4].
Le montant de 20 millions reste modeste à l’échelle des biotechs américaines, où les séries A dépassent souvent les 50 millions de dollars —, mais il place Sonomind dans le haut du panier français pour un dispositif médical en phase préclinique avancée. L’entreprise devra démontrer que l’argent sert à produire des données, pas à financer des années de R&D sans horizon réglementaire. La pression est sur les essais : si les résultats multicentriques confirment ceux de Sainte-Anne, une série B viendra probablement financer le déploiement commercial. Sinon, la deeptech médicale aura ajouté un échec de plus à sa liste.
Sonomind et les ultrasons contre la dépression : les faits
- Sonomind lève 20 M€ en série A menée par Critical Path Ventures et Bpifrance, mai 2026
- La startup industrialise un traitement par ultrasons focalisés contre la dépression résistante
- Premiers résultats cliniques publiés en 2025 : 60 % de réduction des symptômes en 5 jours
- Essais multicentriques randomisés en double aveugle prévus dès 2026
- AMM visée en 2029 pour un dispositif médical de classe III
- Technologie issue de 25 ans de recherche à l'Inserm, l'ESPCI Paris et au CNRS
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

