La région Centre-Val de Loire vient de dévoiler sa feuille de route régionale pour la souveraineté alimentaire, un document qui dessine l’agriculture du territoire pour les huit prochaines années. L’enjeu n’est pas qu’une question de principe : il s’agit de déterminer ce que les exploitations d’ici produiront demain, comment elles vivront de leur travail, et ce que l’on trouvera dans les assiettes locales.
Cette feuille de route s’inscrit dans un mouvement national lancé en décembre 2025 par Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Les Conférences de la souveraineté alimentaire, prévues par la loi d’orientation agricole de mars 2025, ont réuni l’ensemble de la filière à Rungis et donné lieu à une consultation citoyenne close en janvier 2026. Les premières conclusions nationales sur les ambitions de production pour la décennie ont été présentées le 24 février 2026 au Salon international de l’agriculture.
Pour Centre-Val de Loire, la stratégie régionale 2026-2034 trace une voie concrète : faire en sorte que les agriculteurs du territoire vivent de leur métier, que les jeunes reprennent des exploitations, que les produits locaux trouvent leur place dans les commerces, les cantines et les restaurants du coin. Pas de grandes envolées : des leviers identifiés sur le terrain, des moyens à mobiliser, des partenaires à coordonner.
Cinq axes pour huit ans de travail
La feuille de route régionale s’articule autour de cinq orientations. D’abord, soutenir la rentabilité et la viabilité économique des entreprises bioalimentaires et stimuler l’innovation. Cela passe par l’appui à l’investissement agricole, l’offre de financement accessible aux exploitations, et l’accompagnement des entreprises de transformation alimentaire dans leurs projets. L’idée : que les agriculteurs puissent moderniser leur outil de travail, que les petites unités de transformation trouvent leur place à côté des grosses structures[1].
Deuxième priorité : assurer le renouvellement des générations. Le sujet est connu de tous ceux qui fréquentent les marchés ou les exploitations du Loiret, d’Indre-et-Loire ou du Loir-et-Cher : beaucoup de départs à la retraite, peu de reprises. La stratégie veut renforcer l’offre d’accompagnement et de formation pour les jeunes qui s’installent, faciliter l’accès au foncier, faire connaître les opportunités financières.
Troisième axe : veiller au bien-être des producteurs et des agrotransformateurs, et valoriser leur rôle. Le terme peut sembler flou, mais il recouvre des réalités concrètes : la charge mentale des exploitants, l’isolement, la reconnaissance du métier dans l’espace public. La région veut soutenir les initiatives qui permettent aux agriculteurs de souffler, de se former, de travailler ensemble.
Circuits courts et gouvernance locale
Quatrième orientation : valoriser les aliments et produits régionaux. Cela passe par le développement des circuits courts, la promotion de l’offre locale dans les commerces, les marchés, la restauration collective. L’objectif est que les produits du territoire trouvent leur débouché ici même, sans dépendre uniquement des filières nationales ou de l’exportation.
Enfin, cinquième axe : renforcer la gouvernance et la concertation territoriale. Concrètement, il s’agit de coordonner les acteurs (chambres d’agriculture, intercommunalités, services de l’État, associations) pour éviter que chacun travaille dans son coin. La stratégie prévoit des instances de suivi, des indicateurs, un pilotage partagé entre les partenaires régionaux.
Chaque orientation s’accompagne d’objectifs et d’actions concrètes, laissées volontairement ouvertes pour permettre aux acteurs locaux de préciser les projets selon les particularités de leur territoire. Une même mesure ne se déploiera pas de la même manière dans la Beauce chartraine, dans les bocages du Berry ou dans le vignoble tourangeau.
Un cadre national, des déclinaisons locales
La démarche régionale s’inspire de stratégies similaires déployées ailleurs, notamment au Québec où plusieurs régions ont adopté des feuilles de route bioalimentaires pour la période 2026-2034. Ces documents partagent une même logique : partir des besoins du terrain, mobiliser les acteurs locaux, tracer des priorités claires sans imposer un modèle uniforme[4].
Pour Centre-Val de Loire, l’enjeu est aussi une question de cohérence : la stratégie régionale doit s’articuler avec les objectifs nationaux fixés par les Conférences de la souveraineté alimentaire, tout en tenant compte des spécificités du territoire. La région dispose d’une agriculture diversifiée, de grandes cultures céréalières, d’élevages, de vignobles, de maraîchage. La feuille de route doit permettre à chacune de ces filières de trouver sa place.
Reste maintenant à passer des orientations aux actes : mobiliser les financements, coordonner les partenaires, suivre les indicateurs, ajuster les actions en fonction des résultats. La feuille de route ne sera efficace que si elle devient un outil de travail partagé, pas un document qui prend la poussière dans un tiroir. Les prochains mois diront si la volonté affichée se traduit dans les exploitations, les ateliers de transformation et les assiettes du territoire.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

