Thales affiche un carnet de commandes de 12,47 milliards d’euros au premier semestre 2026, en hausse de 21 % sur un an. La défense porte l’essentiel de la progression.
Le bond dépasse largement les attentes des analystes, qui tablaient sur une progression d’à peine 1 %. Le groupe dépasse pour la première fois la barre des 12 milliards d’euros de nouvelles commandes en six mois. Dix-huit contrats dépassent chacun 100 millions d’euros, contre une poignée un an plus tôt. La montée en puissance reflète une bascule nette : les budgets militaires européens, australiens et moyen-orientaux se déversent sur les équipementiers français.
Le chiffre d’affaires progresse de 7,8 % à taux et périmètre constants, pour atteindre 10,95 milliards d’euros. Le résultat d’exploitation ajusté grimpe de 11,4 %, à 1,37 milliard. Les comptes intègrent une charge exceptionnelle de 450 millions d’euros, liée à l’annulation par Berlin du programme de frégates F126, annoncée en début d’année. Cette charge pèse sur le bénéfice net publié, mais reste essentiellement comptable, sans effet équivalent sur la trésorerie opérationnelle.
La défense bondit de 28 %, l’aéronautique marque le pas
Le secteur défense représente désormais 58 % du chiffre d’affaires global. Ses commandes bondissent de 28 % sur un an[1]. Les contrats portent sur des radars, des systèmes de mission navals, des équipements optroniques et des communications sécurisées. Patrice Caine, directeur général du groupe, le résume sans détour : « La défense y contribue beaucoup, pas uniquement, mais largement. » L’activité défense affiche une croissance organique de 13,1 % au premier semestre, deux fois supérieure à celle de l’aéronautique.
Parmi les contrats emblématiques figurent un satellite de nouvelle génération pour Es’hailSat, opérateur de communication qatarien, et 268 véhicules blindés Bushmaster de nouvelle génération pour l’Australie. Le Luxembourg a commandé un satellite de télécommunications de défense. Ces signatures illustrent la montée en gamme des programmes : les États ne se contentent plus de rafraîchir leurs équipements, ils basculent sur des architectures complètes.
| Secteur | Montant (Mds €) | Évolution organique |
|---|---|---|
| Défense | Non communiqué | +28 % |
| Aérospatial | Non communiqué | +23 % |
| Cyber et numérique | Non communiqué | -4 % |
| Total groupe | 12,47 | +21 % |
Source : La Tribune
La cybersécurité et le numérique, en revanche, reculent de 4 %. Ce repli traduit un arbitrage net des budgets publics : les équipements militaires classiques l’emportent sur les briques logicielles et la protection des données. La recomposition du portefeuille de Thales s’accélère, au profit des segments où la menace est immédiate et visible.
Dette nette effacée de 3 milliards en un an
La dette nette du groupe est tombée à 0,5 milliard d’euros au 30 juin 2026, contre 3,4 milliards un an plus tôt. Cette réduction de 3 milliards d’euros en douze mois intervient malgré la charge de 450 millions liée aux F126. Elle repose sur l’amélioration des marges et sur l’encaissement rapide de plusieurs contrats, dans un contexte où les États accélèrent leurs règlements pour sécuriser leurs capacités.
Ce désendettement éclair ne se fait pas au prix d’un gel des investissements. Thales prévoit entre 830 et 850 millions d’euros de dépenses d’investissement industriels en 2026, soit environ 40 % de plus qu’en 2024[1]. L’objectif : accélérer la production de roquettes, munitions, radars et équipements de communication dans ses usines européennes. Le groupe annonce 9 000 recrutements, dont environ 70 % en Europe, ce qui place la filière défense au cÅ“ur de la recomposition de l’emploi industriel français et européen.
Pourquoi la défense porte la croissance de Thales
Un cycle porté par la guerre au Moyen-Orient et la montée des budgets
Interrogé en mars dernier sur les leçons à tirer des frappes israélo-américaines sur l’Iran et de la riposte de Téhéran contre les pays du Golfe abritant les bases américaines, Patrice Caine a répondu que cette situation « confirmait, consolidait et crédibilisait » les dépenses militaires, y compris en Europe[3]. La guerre, ouverte depuis février 2026, a durci le ton des budgets de défense partout en Occident. Les achats d’équipements de surveillance et de défense aérienne, ainsi que de systèmes de guerre des mines sous-marines, se sont multipliés dès le premier trimestre.
Le groupe estime bénéficier d’un cycle favorable « long d’une génération ». Cette formule, employée à plusieurs reprises par la direction, traduit une conviction : la remontée des budgets militaires n’est pas un accident conjoncturel. Elle s’inscrit dans une réorganisation stratégique des États occidentaux face à la multiplication des théâtres de tension. Thales anticipe une croissance organique comprise entre 6 et 7 % pour l’année 2026, soit un chiffre d’affaires annuel attendu entre 23,3 et 23,6 milliards d’euros[3].
Risques fiscaux et arbitrages de portefeuille

Le groupe s’attend à une charge fiscale supplémentaire due à la contribution exceptionnelle des grandes entreprises, comprise entre 90 et 100 millions d’euros en 2026, après 75 millions versés en 2025. Cette taxe pèse sur la rentabilité nette, mais n’inverse pas la dynamique : les marges continuent de progresser, portées par l’effet volume et par l’amélioration du mix produits.
Le conseil d’administration a proposé la distribution d’un dividende de 3,9 euros par action, contre 3,7 un an plus tôt. La hausse reflète la confiance dans la trajectoire à moyen terme. Thales recompose son profil de risque en l’arrimant plus aux trajectoires budgétaires militaires qu’aux cycles civils. Ce mouvement se lit dans les chiffres : la défense bondit, l’aéronautique progresse modérément, la cybersécurité recule. La combinaison de carnets record, de marges en progression et d’un effort d’investissement renforcé desserre rapidement l’étau de la dette tout en ancrant le modèle sur la défense plutôt que sur les activités civiles.
Pascal Bouchiat, directeur général finances et systèmes d’information de Thales, souligne que « la dynamique de croissance dans la défense est forte », et ajoute : « Nous bénéficions de nos investissements et de la hausse de nos capacités de production[5]. » Cette montée en cadence intervient alors que plusieurs pays européens, à commencer par l’Allemagne, affichent des budgets militaires en hausse de 150 % sur cinq ans. Le carnet de commandes de Thales, rempli pour plusieurs années, reflète cette nouvelle donne.
Thales S1 2026 : les chiffres du carnet de commandes
- Thales enregistre 12,47 milliards d'euros de commandes au S1 2026, +21 % sur un an
- 18 contrats dépassent 100 millions d'euros chacun, contre une poignée en 2025
- La défense bondit de 28 %, l'aéronautique progresse de 23 %, la cyber recule de 4 %
- Dette nette réduite de 3 milliards en un an, malgré 450 M€ de charge sur les F126
- 9 000 recrutements prévus en 2026, dont 70 % en Europe
- Investissements industriels en hausse de 40 % pour accélérer la production en Europe
Sources
3 sources · 5 faits vérifiés

