Thales franchit l’étape décisive du rachat d’Exail Technologies : l’accord de rapprochement a été signé le 30 juillet 2026 au prix de 134 euros par action.
L’opération porte sur l’acquisition de la participation de la famille Gorgé, soit 35,51 % du capital du spécialiste de la robotique maritime et de la navigation inertielle. Une fois cette acquisition finalisée, le groupe d’électronique et de défense déposera une offre publique obligatoire sur l’intégralité du capital d’Exail Technologies, valorisant l’entreprise à 3,9 milliards d’euros. Le prix proposé reste celui annoncé le 6 juillet : aucune révision à la baisse ni à la hausse.
Pour Exail, coté sur Euronext Paris, l’opération se solde par une prime de 9,4 % par rapport au cours de clôture du 26 juillet, à 122,50 euros. La prime grimpe à 44 % si l’on compare au cours du 25 juin 2026, veille de la parution des rumeurs d’intérêt de Safran pour l’acquisition d’Exail. Le marché avait alors poussé le titre à la hausse, anticipant une bataille d’acquéreurs qui n’a finalement pas eu lieu.
Un calendrier en deux temps, étalé jusqu’à début 2028
Thales a structuré l’opération en deux phases. D’abord, l’acquisition de la participation de la famille Gorgé, pour laquelle l’accord engageant a été formalisé le 30 juillet. Cette première étape, conditionnée aux autorisations réglementaires usuelles, notamment en matière de concurrence, devrait se boucler au troisième trimestre 2027[4]. Une fois cette acquisition finalisée, Thales déposera l’offre publique d’achat obligatoire auprès de l’Autorité des marchés financiers, portant sur 100 % des actions et des ODIRNANE émis par Exail Technologies.
L’AMF devra examiner la documentation avant tout dépôt officiel. Si le calendrier se déroule comme prévu, la finalisation de l’OPA interviendra au plus tard début 2028. Entre-temps, le conseil d’administration d’Exail a nommé le cabinet Ledouble, représenté par Olivier Cretté et Romain Delafont, expert indépendant chargé d’établir une attestation d’équité. Le conseil devra ensuite émettre un avis motivé après examen de ce rapport.
Exail, acteur européen de la lutte anti-mines et de la navigation inertielle

Exail Technologies emploie environ 2 200 collaborateurs et se positionne comme leader européen en robotique maritime, notamment pour la lutte contre les mines sous-marines. L’entreprise se classe également deuxième acteur mondial dans les systèmes de navigation inertielle navale. Ses marchés se répartissent entre clients civils et militaires dans près de 80 pays. Le groupe couvre quatre segments : navigation et robotique maritime, aérospatial, photonique et technologies avancées.
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Son chiffre d’affaires 2025 se ventilait géographiquement à 47 % en France, 23 % en Europe, 21 % dans les Amériques et 9 % en Asie. La robotique maritime et la navigation représentaient 76 % des revenus, le reste se partageant entre les technologies avancées. Exail développe également des capteurs quantiques, domaine sur lequel Thales souhaite accélérer une feuille de route commune[2].
| Zone | Part du CA |
|---|---|
| France | 47 % |
| Europe (hors France) | 23 % |
| Amériques | 21 % |
| Asie | 9 % |
Source : Thales Group
Pourquoi Thales met 3,9 milliards sur Exail Technologies
Thales mise sur des synergies de plus de 90 millions d’euros d’ici 2032
La valorisation d’Exail fait ressortir un multiple valeur d’entreprise sur résultat opérationnel de 24 fois sur les résultats anticipés de 2027, après prise en compte des synergies de coûts. Le multiple tombe à 20 fois si l’on intègre également les synergies de revenus. Thales anticipe un impact cumulé des synergies de revenus et de coûts supérieur à 90 millions d’euros sur le résultat opérationnel ajusté d’ici 2032[3].
Le groupe table sur une opération relutive dès la première année pour le bénéfice par action ajusté, ainsi que sur un retour sur capitaux employés ajusté supérieur au coût moyen pondéré du capital dès la cinquième année après la clôture. Les synergies proviendront de la mutualisation des réseaux commerciaux, de l’accélération des développements produits, de gains en recherche et développement, et de réductions de frais généraux et de coûts d’achats.
Thales, qui a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 22,1 milliards d’euros et emploie plus de 85 000 collaborateurs dans 65 pays, consacre 4,5 milliards d’euros par an à la R&D, notamment dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le quantique et les technologies du cloud. L’acquisition d’Exail s’inscrit dans la stratégie du groupe visant à renforcer sa masse critique dans la guerre sous-marine et à élargir son portefeuille en navigation inertielle, deux segments en forte croissance.
Un ratio d’endettement net maîtrisé à 0,7 fois l’Ebitda

La structure financière de l’opération a été calibrée pour préserver la solidité bilancielle de Thales. Le ratio d’endettement net pro forma 2027 devrait atteindre environ 0,7 fois l’Ebitda, permettant au groupe de conserver son profil investment grade. L’opération s’inscrit dans la politique d’allocation du capital de Thales et n’aura aucun impact sur la politique de dividende existante, a précisé le groupe.
Le 30 juillet, à l’annonce de la signature, le titre Exail a progressé de 3 % pour s’établir à 126,20 euros en séance. L’action Thales gagnait dans le même temps 1,5 % à 241,70 euros, le marché saluant la clarification du calendrier et la confirmation du prix d’offre[3].
Une valorisation jugée généreuse par les analystes
Les analystes d’Invest Securities ont qualifié la valorisation de “très généreuse”, soulignant le multiple de 24 fois le résultat opérationnel 2027 après synergies de coûts. Pour autant, l’acquisition ouvre à Thales un accès direct à un marché de niche en forte croissance, la lutte contre les mines sous-marines et les systèmes de navigation inertielle pour les sous-marins et les navires de combat.
L’opération permet également de contrer toute tentative d’acquisition par un concurrent. Les rumeurs de juin 2026 sur un intérêt de Safran avaient contribué à tendre le marché. En signant avec la famille Gorgé, Thales sécurise une participation de blocage avant d’étendre son contrôle à l’ensemble du capital via l’OPA obligatoire.
La participation de la famille Gorgé, calculée sur la base de 17 044 747 actions composant le capital social et 23 056 746 droits de vote théoriques au 13 mai 2026, représente un verrou stratégique. L’accord engageant prévoit l’acquisition de cette participation comme condition préalable indispensable au lancement de l’offre publique. Les modalités de l’accord définissent les termes de cette cession, avec un prix de 134 euros par action, identique à celui de l’OPA à venir.
Rachat d'Exail par Thales : les étapes et montants clés
- Thales signe le 30 juillet 2026 l'accord d'acquisition de 35,51 % d'Exail Technologies au prix de 134 euros par action
- Valorisation totale de 3,9 milliards d'euros, prime de 44 % sur le cours d'Exail avant les rumeurs d'acquisition en juin 2026
- Finalisation de l'achat de la participation de la famille Gorgé attendue au T3 2027, OPA obligatoire ensuite
- Synergies de revenus et de coûts supérieures à 90 millions d'euros sur l'EBIT ajusté d'ici 2032
- Exail emploie 2 200 personnes, leader européen en robotique maritime et 2ᵉ acteur mondial en navigation inertielle navale
- Opération relutive dès la première année sur le BPA ajusté de Thales, ratio d'endettement net de 0,7x en 2027
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

