Quand on cherche du travail au fenua, deux secteurs tirent le marché : le tourisme et le BTP. Derrière chaque hôtel de Papeete, chaque chantier de Moorea, chaque commerce de Bora-Bora, ce sont des milliers d’emplois qui font vivre les familles polynésiennes. Un double moteur qui structure l’économie locale, mais qui peine parfois à trouver les profils dont il a besoin.
Le tableau d’ensemble reste favorable. L’indicateur du climat des affaires se maintient au-dessus de sa moyenne de longue période, porté par une fréquentation touristique proche de records. L’hôtellerie-restauration et les services comptent parmi les secteurs les plus actifs en matière d’embauche. La construction suit, mais avec des tensions plus marquées : les programmes liés aux projets hôteliers et aux infrastructures publiques maintiennent une demande soutenue, sans toujours parvenir à remplir les rangs.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le tourisme représente à lui seul près de 14 000 emplois directs au fenua, selon les données du Service de l’emploi, de la formation et de l’insertion professionnelle. Les profils les plus recherchés ? Hôtesses de réception, serveurs, cuisiniers, employés d’étage, guides touristiques. Des métiers qui nécessitent souvent une formation courte, mais une disponibilité immédiate et une maîtrise du contact client.
Le BTP recrute, mais les profils manquent
Le bâtiment, lui, affiche des besoins tout aussi pressants. Les programmes de construction, qu’ils soient publics ou privés, continuent de soutenir l’activité. Mais ici, la tension sur les compétences est réelle. Les entreprises peinent à trouver des maçons, des électriciens, des chefs de chantier. Les carnets de commandes se remplissent, mais les équipes ne suivent pas toujours le rythme.
Un paradoxe pourrait aggraver la situation : en métropole, les recrutements dans le bâtiment devraient reculer fortement en 2026. Si ce mouvement se confirme, les profils formés en France hexagonale, qui constituaient parfois un vivier de recrutement pour le fenua, seront moins disponibles à l’export. Les entreprises polynésiennes devront donc composer avec un marché local déjà tendu, sans le renfort habituel des travailleurs venus d’ailleurs.
Un marché du travail structurellement fragile
Le fenua n’a pas attendu les grandes déclarations pour confirmer ce que les données de l’ISPF et de l’IEOM dessinent depuis plusieurs trimestres : l’emploi tient, mais il reste fragile sur certains métiers. Le tourisme accélère, le BTP recrute sans toujours remplir ses rangs. Résultat : un marché du travail globalement bien orienté, mais structurellement vulnérable dès qu’on regarde de près les métiers en tension.
Les emplois indirects, eux, ne sont pas comptabilisés dans ces 14 000 postes du tourisme. Pourtant, chaque hôtel fait vivre des fournisseurs, des transporteurs, des artisans. Le commerce en profite, les services aussi. C’est toute une économie qui tourne autour de l’accueil des visiteurs, bien au-delà des seuls effectifs salariés des établissements touristiques.
Pour les acteurs économiques installés au fenua, ou qui envisagent de s’y implanter, la question de la main-d’Å“uvre devient aussi stratégique que celle du financement ou de la fiscalité. Dans un territoire où les deux tiers de l’emploi dépendent de deux secteurs, la capacité à recruter et à former détermine la capacité à croître. Et dans une île, on ne fait pas venir des équipes d’un département voisin en une heure de route. La ressource humaine locale, c’est l’essentiel de ce qu’on a sous la main. Autant dire qu’elle compte double.

