Ce samedi 1er août, la chasse au gibier d’eau doit ouvrir sur le domaine public maritime normand. Mais trois associations environnementales demandent aux préfets de décaler cette date. Leur argument : la faune locale est déjà trop affaiblie par les chaleurs et la sécheresse pour supporter une pression supplémentaire.
La Ligue de protection des oiseaux Normandie, SOS Estuaire et France Nature Environnement Normandie ont adressé une lettre commune aux cinq préfets de la région le 29 juillet. Elles y décrivent un tableau alarmant : les zones humides et les marais, asséchés par les canicules de juin et juillet, ne permettent plus aux oiseaux de se nourrir correctement. Les limicoles, qui fouillent la vase pour trouver à manger, ne trouvent qu’un sol dur et brûlant.
« Dans ce contexte mortifère, il paraît en effet irresponsable d’ajouter une nouvelle cause de mortalité pour ces oiseaux affaiblis par ces sécheresses et dont les populations ont fortement diminué », écrivent les trois organisations dans leur courrier. Elles rappellent que de nombreux oiseaux sous-alimentés et souffrant de stress thermique ont été recueillis ces dernières semaines dans les centres de soins. Parmi eux, des espèces chassables : canards, oies, limicoles.
Richard Grège, porte-parole de la LPO Normandie, enfonce le clou : les oiseaux qui survivent sont des proies faciles, trop faibles pour se défendre. Ouvrir la chasse maintenant reviendrait à ajouter une nouvelle menace à des animaux déjà à bout[1].
Les chasseurs rétorquent : le littoral est épargné
Du côté des fédérations de chasse, on rejette l’inquiétude. David Guérin, directeur de la Fédération des chasseurs de la Manche, estime que la sécheresse n’affecte pas les zones visées par la chasse du 1er août. « Sur le littoral, nous avons toujours de l’air et les espèces chassables sont des migrateurs qui arrivent de l’Europe du Nord. Il n’y a pas de reproduction sur notre domaine public maritime », explique-t-il[2].
Mais les fédérations de chasseurs expriment elles aussi une préoccupation pour la suite. L’ouverture de la chasse en marais d’eau douce, prévue le 20 août, risque d’être compromise. Dans la Manche, un arrêté préfectoral interdit le remplissage des mares et le pompage dans les rivières et les fossés jusqu’à nouvel ordre. Ces mares, pourtant essentielles pour la biodiversité, ne pourront donc pas être préparées. « L’eau que nous pourrions pomper est vouée à se jeter dans la mer », regrette David Guérin.
Les zones humides, réservoirs en danger
La LPO Normandie souhaite que la chasse soit suspendue durant toute cette période de stress climatique. L’argument avancé : les zones humides, réservoirs de biodiversité, sont fréquentées toute l’année par les oiseaux. Les tirs et la présence des chiens les dérangent, alors qu’ils devraient pouvoir s’y reposer et s’y alimenter sans pression supplémentaire[4].
La demande est désormais entre les mains des cinq préfets normands. La décision, quelle qu’elle soit, devra être prise rapidement : la chasse ouvre ce samedi matin à 6 heures.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

