L’étage supérieur d’une fusée Falcon 9 de SpaceX percute la Lune ce mercredi 5 août 2026 à 8h35. Un impact accidentel, sans danger pour la Terre, mais une aubaine pour la science.
Quatre tonnes de métal filant à 8 700 km/h. À 8h35 ce matin (6h35 GMT), l’étage supérieur d’une Falcon 9 lancée en janvier 2025 va percuter l’hémisphère nord lunaire, dans une zone proche du cratère Einstein. L’engin n’était pas censé finir là : après avoir propulsé deux alunisseurs, Blue Ghost de Firefly Aerospace et Resilience d’ispace –, il aurait dû dériver dans l’espace. Sauf qu’un mélange d’activité solaire et de forces gravitationnelles l’a dévié, malgré les précautions prises par SpaceX. C’est Julianna Scheiman, responsable chez SpaceX, qui l’a confirmé lundi lors d’une conférence de presse de la NASA.
Le choc va dégager une énergie équivalente à trois tonnes de TNT. Le cratère attendu : environ 30 mètres de diamètre pour 5 mètres de profondeur. Au moment de l’impact, un panache de poussière, de roches et de débris sera éjecté à plusieurs kilomètres de hauteur, éclairé par le Soleil. Mais personne ne verra rien à l’œil nu depuis la Terre. L’impact se produit à la frontière entre face visible et face cachée, en pleine lumière solaire : difficile de distinguer de la lumière sur de la lumière, surtout à 8h35 en France métropolitaine, en plein jour.
Reste l’option télescope. Benjamin Fernando, chercheur au Laboratoire national de Los Alamos (Nouveau-Mexique), auteur principal d’une étude récente sur cette collision, encourage quiconque dispose d’un télescope à tenter l’observation ou l’enregistrement[2]. « On ne sait pas encore à quel point cela sera lumineux, c’est l’une des raisons pour lesquelles nous souhaitons étudier cet événement », explique-t-il. Côté NASA, le porte-parole Jimi Russell a confirmé que l’agence suivra le propulseur « à des fins d’entraînement » puis observera le site d’impact « à des fins scientifiques »[1]. Aucun danger pour la Terre.
Pourquoi cet étage ne pouvait pas revenir
La Falcon 9 a décollé de Cap Canaveral en janvier 2025. Le premier étage (le propulseur) est revenu se poser sur Terre comme d’habitude. Mais l’étage supérieur, lui, a poursuivi sa mission : convoyer les deux alunisseurs jusqu’à leur orbite de transfert lunaire. Une fois le carburant épuisé, l’engin de 12 mètres de long et 4 tonnes (poids estimé sans carburant) aurait dû rester en orbite haute, hors de portée de la Lune.
Sauf que le Soleil et la gravité terrestre ont joué leur partition. L’activité solaire a exercé une pression de radiation sur la structure métallique, tandis que les forces gravitationnelles ont progressivement infléchi la trajectoire. Résultat : l’étage s’est retrouvé sur une route de collision avec la Lune, sans possibilité de correction de trajectoire faute de carburant. SpaceX avait pris des précautions pour éviter ce scénario, précise Julianna Scheiman, mais la mécanique céleste a eu le dernier mot.
Un cratère de plus parmi 800 débris humains
Plus de 800 objets fabriqués par l’Homme jonchent déjà la surface lunaire. Étages de fusées Saturn V, sondes soviétiques, modules d’atterrissage : la Lune sert de cimetière spatial depuis les années 1960. Mais les impacts accidentels restent rares. La plupart des cratères artificiels ont été créés volontairement, notamment dans les années 1970 lors du programme Apollo, quand la NASA précipitait des étages de fusée sur la Lune pour recueillir des données sismiques[1].
Face aux dizaines de milliers de nouveaux cratères naturels creusés chaque année par des météorites, un étage de Falcon 9 pèse peu. La Lune n’a ni atmosphère, ni vie, ni écosystème à perturber. Mais l’événement intéresse au premier chef les scientifiques : chaque impact artificiel documenté livre des informations sur la composition du sol lunaire, la dynamique des éjecta et les risques liés aux débris spatiaux. D’autant que la NASA prépare une présence humaine durable sur la Lune (mission Artemis oblige) et doit quantifier précisément ces risques.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Heure de l’impact (GMT) | 6h35 |
| Heure de l’impact (Paris) | 8h35 |
| Vitesse | 8 700 km/h |
| Masse estimée | 4 tonnes |
| Diamètre du cratère attendu | ~30 m |
| Profondeur du cratère attendu | ~5 m |
| Énergie dégagée | Équivalent 3 tonnes de TNT |
| Zone d’impact | Hémisphère nord, près du cratère Einstein |
Source : AFP / Boursorama, Instagram, Actu.fr
Pourquoi cet impact intéresse la communauté scientifique
Ce que les scientifiques vont chercher
Le panache de poussière projeté à plusieurs kilomètres d’altitude offrira une fenêtre d’observation unique. Les télescopes terrestres et orbitaux tenteront de mesurer la quantité de matière éjectée, sa composition minérale et la vitesse de retombée. Ces données alimenteront les modèles d’impact, essentiels pour anticiper les conséquences d’une collision avec un débris spatial (naturel ou artificiel) sur une base lunaire habitée.
Benjamin Fernando[2] insiste : l’intérêt n’est pas seulement académique. À mesure que l’orbite terrestre et l’espace circumlunaire se peuplent de satellites, d’étages de fusée et de fragments, le risque de collision involontaire augmente. Documenter chaque impact permet d’affiner les protocoles de sécurité et d’évaluer la résilience des infrastructures spatiales futures. La NASA observe d’ailleurs cet événement dans une logique d’entraînement : ses équipes testent leurs capacités de suivi et d’analyse en temps réel.
SpaceX face à la question des débris

Cet impact rappelle une réalité : même une entreprise aussi aguerrie que SpaceX ne maîtrise pas intégralement le devenir de ses étages supérieurs une fois leur mission achevée. Les Falcon 9 recyclent leur premier étage, mais l’étage supérieur, trop léger et trop haut pour revenir, termine souvent sa course en orbite cimetière ou en rentrée atmosphérique contrôlée. Cette fois, ni l’un ni l’autre. La trajectoire lunaire n’était pas prévue au plan de vol.
L’incident soulève la question de la responsabilité des opérateurs privés dans la gestion de leurs débris. SpaceX a pris des précautions, certes, mais la physique orbitale a ses propres lois. Alors que l’industrie spatiale se démocratise, cadences infernales, constellations par milliers –, la multiplication des lancements accroît mécaniquement le nombre d’étages qui dérivent. La Lune, sans atmosphère pour freiner les objets, devient un réceptacle passif. Pas un drame écologique, mais un signal : la congestion de l’espace proche ne concerne plus seulement l’orbite basse terrestre.
Impact Falcon 9 sur la Lune : ce qu'il faut retenir
- L'étage supérieur d'une Falcon 9 lancée en janvier 2025 percute la Lune le 5 août 2026 à 8h35 (heure française)
- Impact prévu à 8 700 km/h, cratère attendu de 30 m de diamètre et 5 m de profondeur
- L'activité solaire et la gravité ont dévié la trajectoire de l'engin malgré les précautions de SpaceX
- La NASA observe l'événement à des fins scientifiques et d'entraînement, aucun danger pour la Terre
- Plus de 800 objets humains jonchent déjà la surface lunaire, l'impact volontaire le plus récent date des années 1970
- Les scientifiques étudieront le panache de débris pour affiner les modèles d'impact et les protocoles de sécurité
Sources
2 sources · 4 faits vérifiés

