Pierre-Henri Chuet, 39 ans, ancien pilote de Rafale et star YouTube de l’aéronautique, a été mis en examen le 23 juillet pour intelligence avec la Chine et divulgation de secret de défense nationale.
L’affaire commence par un signalement du ministère des Armées au parquet de Paris, le 19 février 2025, sur un ancien effectif suspecté de relations avec une puissance étrangère. Les griefs portent sur de l’intelligence avec une puissance étrangère, la collecte et la livraison d’informations touchant aux intérêts fondamentaux de la nation, la divulgation de secret de défense et la violation de consignes. Pierre-Henri Chuet a été placé sous contrôle judiciaire, l’enquête étant désormais confiée à un juge d’instruction.
Le dossier est piloté par la Direction générale de la sécurité intérieure. Les faits encourus peuvent aller jusqu’à trente ans de réclusion criminelle.
Deux séjours en Chine payés 20 000 euros pour quatre jours
Au cÅ“ur de l’enquête figurent deux déplacements en Chine, en septembre 2018 et en août 2019[1]. Ces voyages se sont déroulés alors que Pierre-Henri Chuet était encore en activité au sein de l’aéronavale, sans qu’il en informe sa hiérarchie comme l’exigent les règles internes des Armées. Cette omission constitue une violation de consignes, l’un des motifs de la procédure.
D’après les éléments révélés par Le Canard enchaîné, ces séjours lui auraient rapporté 20 000 euros pour quatre jours de prestation, versés par une société sud-africaine. L’intéressé a déclaré au journal satirique s’être contenté d’animer deux séminaires de trois jours chacun. Il a également précisé que son voyage de 2019 ne s’était pas bien passé et qu’il n’était jamais retourné en Chine depuis.
Les enquêteurs cherchent à établir la nature exacte des échanges qui ont eu lieu lors de ces déplacements et à déterminer si des informations sensibles ont été communiquées aux autorités chinoises.
Un parcours exemplaire, de l’US Navy au porte-avions Charles de Gaulle

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Pierre-Henri Chuet a grandi dans une famille baignée par l’aéronautique. Son père, pilote de chasse dans l’armée de l’Air, était affecté sur une base militaire du nord de l’Angleterre. Très tôt attiré par l’aviation, il prend les commandes d’un appareil dès l’âge de 14 ans.
En 2006, à 19 ans, il intègre la Marine nationale comme élève officier de l’aéronautique navale. Au cours de sa formation, il est retenu pour un programme d’échange avec l’US Navy, aux États-Unis, où il perfectionne son apprentissage pendant deux ans et demi avant de revenir en France.
De retour au sein de la Marine, il participe à plusieurs opérations extérieures, notamment en Irak après les attentats de novembre 2015[2]. Après sept années passées dans une unité de combat, il quitte les forces armées en 2021 pour rejoindre l’aviation civile et devient pilote chez Air Canada.
Surnommé “Até Chuet” en raison de ses fréquents éternuements liés à son allergie au pollen, il se fait également connaître sur Internet. En février 2020, quelques semaines avant le premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, il lance une chaîne YouTube.
Pourquoi cette mise en examen inquiète la défense française
566 000 abonnés et une audience fidèle
Suivie aujourd’hui par près de 566 000 abonnés, sa chaîne YouTube lui permet de partager son expérience et de vulgariser les enjeux du secteur aérien. Il y traite de sujets techniques, de géopolitique de l’aviation et d’histoire militaire. Son ton pédagogique et son parcours atypique lui ont valu une popularité importante auprès du public francophone.
Cette activité de vulgarisation pose désormais question dans le cadre de l’enquête. Les autorités cherchent à savoir si certaines informations partagées publiquement ou en dehors de la plateforme ont pu servir d’appui à des échanges avec des acteurs étrangers.
Un signalement tardif, une enquête toujours en cours
Le parquet de Paris avait reçu le 19 février 2025 un signalement portant sur un ancien effectif du ministère des Armées, soupçonné d’intelligence avec une puissance étrangère, de divulgation de secret de défense nationale, de violation de consignes, de cumul d’activités et de blanchiment de fraude fiscale.
Ce signalement a déclenché l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée à la DGSI. Pierre-Henri Chuet a été présenté à un juge d’instruction la semaine passée après une garde à vue au siège de la DGSI à Levallois-Perret.
Le ministère des Armées a signalé les faits à la justice au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, qui impose à toute autorité constituée de signaler les infractions dont elle a connaissance dans l’exercice de ses fonctions.
Un cas qui rappelle d’autres affaires de formation de pilotes chinois
L’affaire Pierre-Henri Chuet intervient dans un contexte plus large de vigilance accrue sur les formations dispensées à des pilotes chinois par des instructeurs occidentaux. Le site Intelligence Online avait révélé en 2019 l’existence d’un système organisé par l’armée chinoise pour se former auprès de pilotes occidentaux[4].
Un pilote de chasse engagé comme instructeur chez Dassault Aviation fin 2019 avait précédemment formé des pilotes de l’Armée populaire de libération chinoise. Une “vulnérabilité” sanctionnée par le ministère français des Armées près de trois ans après lui avoir délivré une habilitation “Très secret”.
Ces affaires ont conduit à un durcissement des procédures d’habilitation et de contrôle des déplacements des personnels ayant accès à des informations classifiées. Les autorités françaises ont également renforcé la sensibilisation des personnels militaires et civils de la défense aux tentatives d’approche de puissances étrangères.
La mise en examen de Pierre-Henri Chuet marque une étape supplémentaire dans cette prise de conscience des risques liés à la captation d’expertise par des États concurrents.
Ex-pilote de Rafale et espionnage : les faits à retenir
- Pierre-Henri Chuet, 39 ans, ancien pilote de Rafale et YouTubeur à 566 000 abonnés, mis en examen le 23 juillet 2026
- Deux voyages en Chine (2018 et 2019) non déclarés à sa hiérarchie, rémunérés 20 000 euros pour quatre jours
- Poursuivi pour intelligence avec une puissance étrangère, divulgation de secret de défense et violation de consignes
- Signalement du ministère des Armées au parquet de Paris le 19 février 2025, enquête confiée à la DGSI
- Peine encourue pouvant aller jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

