La Roumanie a signé le 17 juillet deux contrats d’armement d’un milliard d’euros avec Airbus et Thales pour douze hélicoptères et douze radars, dans le cadre du programme européen SAFE.
Bucarest fait face à une multiplication d’incidents depuis le début de la guerre en Ukraine. Les violations de l’espace aérien roumain se comptent par dizaines, et des débris de drones se sont écrasés sur le territoire. Le 17 juillet, le ministère roumain de la Défense a officialisé l’acquisition de douze hélicoptères militaires H225M Caracal auprès d’Airbus, pour 757 millions d’euros, et de douze radars de surveillance aérienne Ground Master 200 MM/A auprès de Thales, pour 247 millions d’euros.
Les deux contrats s’inscrivent dans le programme européen SAFE, un dispositif de prêt à taux préférentiel dédié au réarmement du continent. Le ministre roumain de la Défense, Radu Miruță, a présenté ces acquisitions comme une réponse directe aux menaces aériennes à basse altitude, particulièrement les drones.
Premier radar livré avant juin 2027
Radu Miruță a indiqué lors d’une conférence de presse que le premier radar Ground Master 200 MM/A sera livré dans les onze mois[1]. Ce système est jugé « indispensable pour faire face aux drones volant à basse altitude », a-t-il précisé. L’ensemble des équipements (hélicoptères comme radars) doit être déployé d’ici 2030.
Le Ground Master 200 MM/A de Thales est un radar de surveillance mobile capable de détecter des aéronefs évoluant à très basse altitude, une capacité critique face aux incursions récurrentes de drones. Le H225M Caracal d’Airbus, déjà en service dans plusieurs forces armées européennes, est un hélicoptère multirôle capable d’assurer des missions de transport tactique, de recherche et sauvetage, et d’appui-feu.
| Équipement | Fournisseur | Quantité | Montant (M€) |
|---|---|---|---|
| Hélicoptères H225M Caracal | Airbus | 12 | 757 |
| Radars Ground Master 200 MM/A | Thales | 12 | 247 |
| Total | 1 004 |
Source : BFM Business
Centaines d’emplois promis en Roumanie

Une source au sein du ministère de la Défense roumain a confirmé que ces deux contrats devraient générer des centaines d’emplois sur le territoire national[2]. Bucarest négocie généralement des clauses de compensation industrielle (offsets) dans ses achats d’armement, incluant transferts de technologie, sous-traitance locale ou maintenance sur place.
Le ministre Miruță a par ailleurs annoncé que la Roumanie prévoit d’investir 2,2 milliards d’euros au total dans des systèmes antidrones via le programme SAFE. Le milliard d’euros signé avec Airbus et Thales représente donc moins de la moitié de l’enveloppe globale consacrée à ce volet capacitaire.
Pourquoi la Roumanie accélère son réarmement aérien
Un réarmement européen accéléré
Le programme SAFE (Support to the Ammunition and Defence industry through common Procurement) a été lancé par la Commission européenne pour faciliter les achats groupés d’équipements militaires par les États membres. Il propose des conditions de financement avantageuses et vise à renforcer la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE).
La Roumanie n’est pas un cas isolé. Plusieurs pays d’Europe centrale et orientale ont accéléré leurs programmes de modernisation militaire depuis février 2022. La Pologne a annoncé un plan d’équipement de plus de 130 milliards d’euros sur dix ans. Les pays baltes ont augmenté leurs budgets de défense de plus de 50 % en deux ans. L’Allemagne a créé un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour rééquiper la Bundeswehr.
Membre de l’OTAN depuis 2004, la Roumanie a accru ses dépenses militaires pour atteindre environ 2,5 % de son PIB en 2025, dépassant l’objectif de 2 % fixé par l’Alliance atlantique. Le pays accueille sur son sol des forces de l’OTAN en posture avancée renforcée, notamment dans le cadre du dispositif eFP (enhanced Forward Presence).
Airbus et Thales : positions renforcées en Europe de l’Est

Pour Airbus Helicopters, ce contrat de 757 millions d’euros constitue une prise de commande significative sur un marché où la concurrence est vive. Le H225M Caracal a déjà été vendu à la France, au Brésil, au Mexique, à la Malaisie, à la Thaïlande, à l’Indonésie, au Koweït et à Singapour. La Roumanie devient le premier acquéreur est-européen du modèle.
Thales, de son côté, consolide sa présence dans les systèmes de surveillance aérienne. Le Ground Master 200 équipe déjà plusieurs forces armées en Europe, notamment en France, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Finlande. Le radar est conçu pour être déployé rapidement et peut fonctionner en réseau avec d’autres capteurs pour améliorer la couverture d’une zone.
Les Échos ont révélé en avril 2026 que le Parlement roumain avait approuvé une enveloppe globale de 8,33 milliards d’euros pour des achats d’équipements militaires, financée par un emprunt européen commun[3]. Outre les contrats Airbus et Thales, ce paquet comprend notamment des acquisitions auprès d’industriels allemands, dont des navires et des véhicules blindés.
Quelle protection contre les drones de longue portée ?
Le ministre Miruță a mis l’accent sur la menace des drones à basse altitude, mais la Roumanie reste exposée à d’autres types de vecteurs aériens. Les missiles de croisière et les drones kamikazes de longue portée, comme ceux utilisés par la Russie contre l’Ukraine, peuvent survoler le territoire roumain lorsqu’ils visent des cibles ukrainiennes proches de la frontière.
Les radars Ground Master 200 MM/A apportent une capacité de détection, mais pas d’interception. Bucarest devra compléter ce dispositif par des systèmes d’armes antiaériennes pour neutraliser les menaces détectées. Le pays dispose actuellement de systèmes Patriot américains et de défense aérienne héritée de l’ère soviétique, en cours de remplacement.
La doctrine roumaine de défense aérienne repose sur une combinaison de moyens fixes et mobiles, intégrés dans le système OTAN de commandement et contrôle aérien (ACCS). Les nouveaux radars Thales doivent permettre d’améliorer la détection en zone frontalière et d’alimenter en données temps réel les centres de commandement nationaux et alliés.
Contrats roumains de défense : les montants et échéances
- La Roumanie a signé deux contrats le 17 juillet 2026 pour 12 hélicoptères Airbus (757 M€) et 12 radars Thales (247 M€)
- Le premier radar sera livré dans les onze mois, l'ensemble des équipements d'ici 2030
- Les acquisitions s'inscrivent dans le programme européen SAFE, doté de 2,2 Md€ pour l'antidrone roumain
- Ces contrats doivent créer des centaines d'emplois en Roumanie selon le ministère de la Défense
- Le H225M Caracal devient le premier hélicoptère militaire occidental moderne acheté par Bucarest
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

