Dixième édition, surface doublée, invité d’honneur allemand : VivaTech 2026 place la souveraineté numérique au centre, dans un contexte de tensions transatlantiques qui durcissent les arbitrages tech européens.
Le salon a ouvert sur les Champs-Élysées dimanche avant d’investir Paris Expo porte de Versailles du mercredi 18 au vendredi 20 juin. L’événement, coorganisé par le Groupe Les Echos-Le Parisien, se déroule sur 70 000 m², contre 50 000 m² lors de la précédente édition. Cent soixante-dix pays sont représentés, 60 pavillons nationaux installés. En 2025, le salon avait réuni 180 000 visiteurs, 14 000 start-up et 3 500 exposants venus de 171 pays.
Le thème officiel de cette édition : « Intelligence artificielle, impact, pas illusion. » Le mot d’ordre résume une ambition affichée depuis plusieurs mois : sortir des démonstrations spectaculaires pour mettre l’IA au service de cas d’usage concrets, de la cybersécurité à la santé en passant par les technologies vertes.
L’Allemagne comme miroir de l’ambition européenne
L’invité d’honneur, cette année, n’est pas américain. C’est l’Allemagne, avec une délégation de près de 200 start-up couvrant des domaines allant de l’IA à la greentech. Le ministre allemand du Numérique Karsten Wilderger est présent, aux côtés de dirigeants de Siemens et SAP. Ce choix n’est pas anodin : il traduit la volonté franco-allemande de peser collectivement face aux hyperscalers américains et aux géants chinois, dans un climat de relations tendues avec Washington. [1]
La Caisse des Dépôts, institution publique dont la mission centrale est de faire progresser l’intérêt général depuis plus de 200 ans, met justement la souveraineté au cÅ“ur de sa feuille de route stratégique numérique présentée à VivaTech. « L’action collective a plus d’impact que les efforts individuels : l’innovation n’arrive jamais de manière isolée », résume l’institution. [2]
| Indicateur | 2025 (édition précédente) | 2026 |
|---|---|---|
| Surface d’exposition | 50 000 m² | 70 000 m² |
| Visiteurs | 180 000 | n.c. |
| Start-up présentes | 14 000 | n.c. |
| Exposants | 3 500 | n.c. |
| Pays représentés | 171 | 170 |
| Pavillons nationaux | n.c. | 60 |
Oreus, Vocast, Sharing Worker : la tech régionale monte au créneau
Loin des seuls grands comptes parisiens, des acteurs régionaux s’imposent à cette édition. Le cas Oreus est le plus frappant. Porté par un consortium 100 % marseillais, ce projet se positionne comme l’alternative française aux hyperscalers mondiaux, avec un investissement initial de 800 millions d’euros soutenu par des capitaux émiratis. La plateforme combine puissance de calcul souveraine et outils de conception d’agents IA. Des « campus IA » sont prévus à Marseille et Aix-en-Provence pour former et incuber les talents locaux. [4]
Même logique de proximité chez Vocast, start-up marseillaise qui intègre le message vocal au cÅ“ur des interfaces client. L’idée : réhumaniser des parcours utilisateur jugés trop froids, en faisant de l’audio le vecteur d’une relation client repensée.
À Meyreuil, Sharing Worker mise sur l’IoT pour protéger les travailleurs sur les chantiers. Ses capteurs détectent en temps réel les risques de collision et de chute. Trois entreprises, trois approches différentes, mais une même ligne directrice : l’innovation ancrée dans un territoire, concrète et opérationnelle.
La Nouvelle-Aquitaine, de son côté, présente une délégation renouvelée à 80 % par rapport à l’édition précédente. [5]
Pourquoi VivaTech 2026 redéfinit la tech souveraine
La Poste, GE Vernova, Capgemini : les grands groupes aussi jouent la carte souveraineté
Les grands groupes ne sont pas en reste. La Poste met en avant à VivaTech ses innovations industrielles destinées à sécuriser le travail de ses collaborateurs, ses services de confiance numérique et une expérience immersive sur les enjeux écologiques. « Innover à La Poste, c’est s’adapter en permanence, c’est poursuivre notre transformation pour rester au service de tous, utile à chacun », indique le groupe.
GE Vernova joue, lui, la convergence entre énergie et technologie. « Notre partenariat avec VivaTech reflète la convergence croissante entre l’énergie et la technologie », résume Philippe Piron, son représentant. Capgemini, de son côté, articule sa stratégie autour des partenariats avec les start-up : agilité des jeunes pousses combinée à la capacité de déploiement à grande échelle du groupe. « Je vois VivaTech comme un point de convergence, un lieu où nous partageons tous une passion pour la technologie », confie le directeur de l’Innovation Mondial du groupe.
Safia Limousin, d’Envision, résume sans doute le mieux l’état d’esprit de cette édition : « L’innovation ne consiste plus à améliorer des composants, mais à rendre l’ensemble des systèmes énergétiques plus intelligents, autonomes et adaptatifs. »
Scientifiques contre ingénieurs-entrepreneurs : la French Tech change de visage
Un signal plus structurel traverse cette édition. Selon Les Echos, matheux, physiciens et chimistes incarnent le renouveau de la French Tech. Ils défrichent des territoires nouveaux dans l’IA, le quantique et l’énergie, et portent un message : l’Europe peut être un haut lieu de l’innovation de fond, pas seulement d’usage. « Nous sommes dans une phase d’innovation beaucoup plus technologique que la précédente », résume ce mouvement. [3]
Le contexte international renforce cette lecture. Donald Trump a interdit l’accès des modèles d’IA avancés d’Anthropic aux non-Américains, selon Les Echos, une décision qui pourrait favoriser les géants technologiques chinois en position de combler le vide. Pour la France, l’enjeu est clair : VivaTech 2026 n’est pas seulement un salon, c’est une vitrine de ce que l’Europe peut opposer à cette redistribution des cartes.
VivaTech 2026 : les chiffres et acteurs à retenir
- VivaTech 2026 se tient du 17 au 20 juin à Paris Expo porte de Versailles sur 70 000 m².
- L'Allemagne est l'invité d'honneur avec près de 200 start-up et le ministre du Numérique Karsten Wilderger.
- Le thème officiel est « IA, impact, pas illusion », avec la souveraineté numérique comme fil conducteur.
- Oreus, consortium 100 % marseillais, annonce 800 millions d'euros d'investissement pour un cloud souverain.
- En 2025, l'édition précédente avait réuni 180 000 visiteurs et 14 000 start-up de 171 pays.
- La Nouvelle-Aquitaine renouvelle 80 % de sa délégation par rapport à l'année précédente.
Sources
5 sources · 5 faits sourcés
