Un conteneur de 12 000 noix de coco en provenance d’Inde vient d’arriver à Mayotte. Objectif : reconstruire une filière que le cyclone Chido a réduite à néant.
Le cyclone Chido a emporté 90% de la production cocotière mahoraise. Pour tenter de rebâtir cette filière, le Grenier des producteurs solidaires de Mayotte (GPS), une association créée spécifiquement après la catastrophe, vient de réceptionner ce premier contingent de 12 000 noix, intégralement financé par la Fondation de France à hauteur de 80 000 euros.
“C’est une grande fierté, une immense joie, une fête”, déclare Ourfane Ali Mari, président du GPS. L’homme ne cache pas sa satisfaction d’avoir réussi là où des structures plus établies ont trébuché. “On a réussi là où des grands ont échoué, le Département et la chambre d’agriculture ont tenté de faire à peu près la même chose que nous.”
L’Inde plutôt que les Comores ou Madagascar : un choix sanitaire
Le choix de l’Inde comme pays fournisseur n’est pas anodin. Dader Oubeidi, ingénieur agronome détaché du lycée agricole de Coconi pour accompagner le GPS, a épluché les options sur toute la zone indo-pacifique. Les partenaires naturels de Mayotte, les Comores, Madagascar, la Côte d’Ivoire et l’est du continent africain, sont porteurs de deux maladies fongiques dévastatrices : le jaunissement mortel et le cadang-cadang. La Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie ne sont pas indemnes non plus. L’Inde, validée par le service sanitaire de la DAAF, reste la seule option fiable à distance raisonnable. Le conteneur a mis moins d’un mois et demi pour traverser l’océan Indien.
“Génétiquement parlant, ces noix de coco indiennes sont les mêmes que celles de nos autres partenaires principaux”, précise Oubeidi, qui travaille sur cette thématique depuis 23 ans. Quatre races ont été importées : trois variétés naines (jaune, rouge et vert) et un hybride. Les nains présentent un avantage en termes de précocité, ils produisent dès trois ans contre sept ou huit pour les variétés standard, et leurs premières noix apparaissent à seulement 40 centimètres du sol. Revers : ils sont adaptés à la consommation de boisson et à la noix fraîche, pas à la cuisine. L’hybride, aux fruits plus volumineux, comble ce manque.
Pour activer ce partenariat, le président du GPS s’est lui-même rendu en Inde pendant deux semaines, afin de nouer un accord durable avec les fournisseurs.
50 livraisons similaires nécessaires pour reconstituer la cocoteraie

Les 12 000 noix seront d’abord mises à germer pendant quatre à huit mois, avant d’être plantées sur une cinquantaine de parcelles pilotes. La production issue de ces parcelles servira ensuite de base pour diffuser les plants auprès d’autres producteurs de l’île.
“C’est très insuffisant, ce n’est que le début”, concède Oubeidi sans ambages. Le chiffre donne la mesure de l’effort restant : il faudra atteindre 500 000 noix de coco d’ici six ans pour reconstituer la cocoteraie mahoraise. Le plan prévoit deux livraisons de cette taille par an. Soit une cinquantaine de conteneurs supplémentaires avant d’approcher l’objectif.
La main-d’œuvre est déjà identifiée comme un goulot d’étranglement. “12 000 noix c’est énorme et on n’a pas non plus énormément de main d’œuvre”, admet Ali Mari, qui appelle à la mobilisation. Les adhérents du GPS sont convoqués ce dimanche pour une réunion de travail consacrée à la présentation du lot et à l’organisation des premières germinations.
| Indicateur | Données |
|---|---|
| Part de la production détruite par Chido | 90% |
| Noix de coco livrées (première livraison) | 12 000 |
| Financement (Fondation de France) | 80 000 € |
| Durée de germination prévue | 4 à 8 mois |
| Parcelles pilotes prévues | Environ 50 |
| Livraisons annuelles prévues | 2 par an |
| Objectif total sur 6 ans | 500 000 noix |
Source : Outre-mer La 1ère
Pourquoi relancer la filière noix de coco à Mayotte est si difficile
Un modèle associatif qui réussit là où les institutions ont buté
Le GPS est une jeune structure, créée après Chido pour pallier le vide laissé par les organismes publics. Sa réussite sur ce premier dossier, là où le Département et la chambre d’agriculture avaient échoué à monter une opération comparable, tient selon Ali Mari à sa capacité à mobiliser des compétences spécialisées rapidement. L’appui de Dader Oubeidi, agronomie et expertise phytosanitaire réunies, a été central.
Le financement intégral par la Fondation de France illustre aussi la dépendance de cette reconstruction à la générosité privée, faute de dispositifs publics opérationnels à court terme. La suite du plan, deux livraisons par an pendant six ans, suppose que cette chaîne de financement et de compétences tienne sur la durée, bien au-delà de l’élan post-catastrophe.
Reconstitution cocoteraie Mayotte : les chiffres clés
- 12 000 noix de coco importées d'Inde sont arrivées à Mayotte pour relancer la filière dévastée par le cyclone Chido.
- Le cyclone Chido a détruit 90% de la production cocotière de l'île.
- La livraison a été financée à hauteur de 80 000 euros par la Fondation de France.
- Quatre races ont été importées : trois variétés naines (jaune, rouge, vert) et un hybride à plus gros fruits.
- L'Inde a été choisie pour ses garanties sanitaires : les fournisseurs habituels (Comores, Madagascar) sont porteurs de maladies fongiques.
- L'objectif est d'atteindre 500 000 noix plantées d'ici six ans, via deux livraisons annuelles.
