Mardi 14 juillet 2026, après la défaite de la France face à l’Espagne en demi-finale du Mondial (2-0), une partie de Bastia a transformé l’élimination des Bleus en scène de liesse.
Concert de klaxons, drapeaux espagnols aux fenêtres des voitures, fumigènes : le journaliste Julien Pernici a filmé ces scènes dans les rues corses et les a publiées sur son compte X. On y entend des slogans hostiles à l’Hexagone, dont « Puta Francia » (« Putain de France » en corse) et « Français de merde ». Le tout s’est déroulé pendant que le feu d’artifice de la fête nationale illuminait le ciel bastiais.
Ces célébrations interviennent dans un contexte politique sensible. Le 23 juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, par 271 voix contre 202, le projet de loi « pour une Corse autonome au sein de la République ». Le texte, issu d’un accord du 11 mars 2024 entre l’État et des élus corses, doit désormais passer devant le Sénat. Il prévoit un statut d’autonomie inédit pour l’île, avec des pouvoirs d’adaptation et d’édiction de normes propres.
Un désamour qui ne date pas d’hier
Ce n’est pas la première fois que l’île célèbre une défaite française. En 2022, après l’échec des Bleus en finale de Coupe du monde contre l’Argentine (défaite aux tirs au but), des scènes similaires avaient éclaté dans les rues corses[1]. La Corse est rattachée à la France depuis 1768, mais une partie significative de sa population continue de revendiquer soit l’indépendance, soit une large autonomie vis-à-vis du pouvoir centralisé parisien.
Ce sentiment se traduit dans les urnes. Michel Castellani, du parti autonomiste Femu a Corsica, a été réélu député en Haute-Corse lors des élections législatives de 2024. Pour beaucoup d’insulaires, soutenir l’adversaire des Bleus n’a rien d’anecdotique : c’est une manière de marquer leur distance avec l’exécutif national, un signal politique qui confirme l’ancrage de ce courant sur le territoire.
Le match du 14 juillet, timing symbolique
La date de la demi-finale n’était pas anodine. Pendant que la France tricolore commémorait sa fête nationale, Bastia affichait sa différence. Des supporters corses ont arboré des drapeaux espagnols, scandé des insultes et allumé des fumigènes, sous le regard perplexe de touristes de passage[3]. Cette scène, presque surréaliste, a pris place alors que le pays tout entier célébrait officiellement l’unité républicaine.
Toute la France n’a donc pas pleuré cette élimination face à l’Espagne. La défaite 2-0 des Bleus a provoqué une réaction inverse dans certaines zones de l’île, où le lien historique compliqué avec Paris continue de nourrir un rejet affiché du symbole national que représente l’équipe de France.
Ce que révèle la célébration bastaise
Un projet d’autonomie en pleine négociation
Les célébrations bastaises interviennent alors que le gouvernement français et les élus corses négocient depuis plusieurs mois un statut d’autonomie inédit pour l’île. Selon le site gouvernemental Vie Publique, ce projet de loi constitutionnelle ouvre la voie à un statut d’autonomie « en relation avec ses spécificités », avec des pouvoirs d’adaptation et d’édiction de normes propres à l’île.
Concrètement, une future loi organique devra préciser les conditions d’exercice de ces nouveaux pouvoirs normatifs et les domaines concernés. Le texte, adopté en première lecture le 23 juin 2026 par 271 voix contre 202 à l’Assemblée nationale, doit désormais franchir l’étape du Sénat pour poursuivre son parcours législatif. De quoi donner un cadre légal à ce désir d’autonomie qui traverse régulièrement les débats politiques insulaires.
Bastia, vitrine d’une fracture persistante
Pour qui suit l’actualité insulaire, ces scènes de liesse hostile ne surprennent pas. La question de l’autonomie corse traverse régulièrement les sujets de politique nationale, et le sport n’échappe pas à cette défiance historique. On se souvient de fumigènes lors d’autres polémiques qui ont enflammé les réseaux sociaux ces derniers mois.
Ce contexte historique prend une résonance particulière en ce moment. Le rattachement de 1768 n’a jamais totalement effacé un sentiment de différence, que certains expriment par le bulletin de vote, d’autres par des manifestations symboliques comme celles de mardi soir. Supporter contre les Bleus, c’est, pour une partie des insulaires, marquer une distance avec l’État central, un peu comme certains territoires ultramarins ou régionaux affichent parfois leurs distances avec l’exécutif national sur d’autres dossiers sensibles.
L’Espagne, victorieuse mardi soir, affrontera le vainqueur de la seconde demi-finale en finale du Mondial 2026. Pendant ce temps, Bastia a déjà tranché : la victoire, c’était ailleurs que dans le camp tricolore.
Bastia célèbre l’élimination des Bleus : les faits
- France battue 2-0 par l’Espagne en demi-finale du Mondial 2026, mardi 14 juillet
- Des Bastiais ont fêté cette défaite avec klaxons, drapeaux espagnols et chants hostiles
- Le projet de loi d’autonomie corse adopté en première lecture le 23 juin 2026, par 271 voix contre 202
- Michel Castellani, député autonomiste, réélu en Haute-Corse lors des législatives 2024
- Des scènes similaires avaient éclaté en Corse après la défaite des Bleus en finale 2022
Ce que révèle la célébration bastaise
Une fracture politique persistante
Le rattachement de la Corse à la France en 1768 n’a jamais totalement effacé un sentiment de différence. Ces scènes de liesse hostile illustrent une défiance qui traverse régulièrement les débats politiques insulaires.
Un projet d’autonomie en cours d’adoption
Le texte adopté le 23 juin 2026 à l’Assemblée prévoit un statut d’autonomie inédit pour l’île, avec des pouvoirs d’adaptation et d’édiction de normes propres. Le Sénat doit désormais se prononcer.
Le sport comme terrain d’expression politique
Soutenir l’adversaire des Bleus n’a rien d’anecdotique pour une partie des insulaires : c’est une manière de marquer leur distance avec l’exécutif national et d’affirmer leur identité.
Un ancrage électoral confirmé
La réélection de Michel Castellani, député autonomiste en Haute-Corse lors des législatives 2024, confirme l’ancrage du courant autonomiste sur le territoire, loin des célébrations tricolores observées ailleurs.
Célébrations hostiles à Bastia : les faits clés
- France battue 2-0 par l'Espagne en demi-finale du Mondial 2026, mardi 14 juillet
- Des Bastiais ont fêté cette défaite avec klaxons, drapeaux espagnols et chants hostiles
- Le projet de loi d'autonomie corse adopté en première lecture le 23 juin 2026, par 271 voix contre 202
- Michel Castellani, député autonomiste, réélu en Haute-Corse lors des législatives 2024
- Des scènes similaires avaient éclaté en Corse après la défaite des Bleus en finale 2022
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés
