Depuis juin 2026, le Japon autorise la prescription médicale d’EndeavorRide, un jeu vidéo thérapeutique destiné aux enfants souffrant de TDAH, pris en charge par l’assurance maladie.
Le Japon vient de franchir une étape inédite dans le traitement des troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez l’enfant. Depuis le 5 juin 2026, EndeavorRide, un jeu vidéo développé par la firme américaine Akili et distribué par le laboratoire pharmaceutique japonais Shionogi, peut être prescrit sur ordonnance. Il s’agit de la première application thérapeutique numérique remboursée par l’assurance maladie nippone dans cette indication. Le logiciel, qui ressemble à une version simplifiée de Mario Kart, a été homologué après des essais cliniques jugés probants par les autorités sanitaires japonaises.
Le principe repose sur une stimulation ciblée du cortex préfrontal à travers une série d’exercices ludiques. L’enfant guide un personnage sur un parcours parsemé d’obstacles et doit appuyer sur une touche uniquement lorsqu’un personnage perturbateur d’une couleur prédéfinie apparaît à l’écran. Bleu, par exemple. L’exercice impose de suivre deux tâches simultanées : la navigation et la détection sélective. Cette sollicitation de l’attention divisée vise à améliorer progressivement la capacité à traiter plusieurs informations en parallèle.
Trente minutes par jour pendant six semaines
Le traitement se déroule sur une période fixe. Trente minutes de jeu par jour, pendant six semaines. Selon Ryohei Niwa, pédopsychiatre et directeur de la clinique Meieki Sako à Nagoya, on peut espérer une amélioration mesurable de la capacité d’attention simultanée au terme du protocole[1]. Le médecin note un accueil enthousiaste des familles japonaises, bien plus favorable qu’une prise en charge médicamenteuse classique.
« Certains enfants sont rétifs aux médicaments, opposent une grande réticence », relève Ryohei Niwa. « Alors qu’une thérapie par le jeu vidéo est facilement acceptée. Les enfants et parents japonais sont très enthousiastes lorsqu’il s’agit du jeu vidéo et ont envie d’essayer. » Il précise néanmoins que l’application ne peut pas totalement remplacer les traitements chimiques pour les patients qui en ont besoin.
La technologie sous-jacente n’est pas nouvelle. Elle a été utilisée à l’international depuis 2020 sous le nom d’EndeavorRx, après une autorisation de la Food and Drug Administration américaine. Celle-ci s’était appuyée sur une étude menée pendant sept ans sur 600 enfants âgés de 8 à 12 ans atteints de TDAH. À l’issue d’un protocole de 25 minutes par jour, cinq fois par semaine pendant un mois, un tiers des participants ne présentaient plus aucun signe de trouble de l’attention[2]. Seuls quelques maux de tête ont été rapportés comme effets indésirables, jugés plus supportables que les effets secondaires des médicaments habituels.
Une communication plus fluide avec les parents

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Au-delà des résultats cliniques, Ryohei Niwa observe un bénéfice collatéral. « Je ressens aussi chez les enfants qui ont commencé une communication plus fluide avec leurs parents », confie-t-il. La progression visible dans le jeu (l’enfant réussit, accumule des points, débloque des niveaux) devient un support de dialogue et de valorisation au sein de la famille. Une dynamique que le médecin juge précieuse dans la prise en charge globale du TDAH.
Reste la question du temps d’écran. Prescrire un jeu vidéo à des enfants dont l’exposition aux écrans est souvent déjà excessive peut sembler paradoxal. Ryohei Niwa en est conscient. « Moi aussi je suis attentif au temps d’écran, je fais promettre à ceux à qui je prescris l’usage de ce jeu de réduire d’autant par ailleurs l’usage des écrans », assure-t-il. Il considère que le rôle du médecin est d’utiliser ces applications comme des outils supplémentaires, en veillant à en faire ressortir avant tout les avantages.
Pourquoi ce virage thérapeutique fait débat
Des applications pour adultes déjà prescrites
Le Japon n’en est pas à sa première incursion dans la santé numérique sur ordonnance. Des applications thérapeutiques destinées aux adultes sont déjà prescrites pour lutter contre les insomnies ou l’addiction au tabac. L’arrivée d’EndeavorRide dans le cadre pédiatrique élargit le champ des thérapies numériques reconnues par le système de santé nippon. Le logiciel s’adresse aux enfants âgés de 6 à 17 ans et constitue un adjuvant ou une alternative aux prises en charge classiques, selon le profil du patient[2].
Cette légitimation par les autorités sanitaires japonaises marque un tournant dans la pratique clinique. Elle fait du jeu vidéo un dispositif médical à part entière, soumis à prescription, encadré par un protocole strict et pris en charge financièrement. Une approche qui contraste avec la méfiance croissante exprimée dans d’autres pays, où les écrans sont souvent perçus comme une menace pour le développement cognitif des enfants. Au Japon, en tout cas, la thérapie numérique s’impose comme une voie possible, sous contrôle médical.
EndeavorRide au Japon : les faits à retenir
- EndeavorRide prescrit sur ordonnance au Japon depuis le 5 juin 2026, distribué par Shionogi
- Application remboursée par l'assurance maladie nippone, première dans cette indication
- Protocole : 30 minutes par jour, 6 semaines, pour enfants de 6 à 17 ans atteints de TDAH
- Un tiers des enfants guéris dans l'étude américaine de 7 ans sur 600 participants
- Technologie utilisée depuis 2020 aux États-Unis sous le nom EndeavorRx, développée par Akili
- Le Japon prescrit déjà des applis numériques pour insomnie et addiction au tabac chez l'adulte
Sources
2 sources · 3 faits vérifiés


Cette nuance sur le rôle complémentaire du dispositif est essentielle pour éviter d’en faire une solution miracle simpliste. L’entraînement ciblé de l’attention par des outils numériques offre une perspective intéressante, en particulier pour les patients réticents aux traitements pharmacologiques. Il sera instructif d’observer si ce cadre de prescription médicale s’étendra à terme vers des prises en charge similaires en Europe.