Une soupe en plein mois d’août, sous le soleil de Basse-Pointe. Le samedi 8 août, le centre culturel Tangamen a retrouvé l’odeur du pâté en pot et le velouté des fruits à pain. Après deux ans d’absence, le Festival des Soupes de Martinique était de retour pour sa quatrième édition, et le public a répondu présent. Autour des marmites, la Caraïbe tout entière : Martinique, Dominique, Sainte-Lucie. Un rendez-vous qui mêle les générations, entre ceux qui ont grandi avec la soupe du dimanche et ceux pour qui le plat reste un mystère.
Sophie, 25 ans, fait partie de la première catégorie. Elle a toujours aimé la soupe, depuis petite, et ce samedi-là, elle est venue pour retrouver les odeurs et les goûts de son enfance. Elle écoute attentivement les cuisiniers expliquer leurs gestes, leurs dosages, leurs secrets. Pour elle, perpétuer ces traditions, c’est découvrir ou redécouvrir les différents types de soupes que compte l’île. L’odeur du pâté en pot, le velouté de fruits à pain qui lui rappelle bizarrement le boudin blanc : ces détails la font sourire. Et puis il y a ce souvenir, deux ans plus tôt, d’une soupe qu’elle ne connaissait pas, la soupe lapo senyen. Elle s’était régalée.
Ne lui dites surtout pas que c’est ringard, pour une jeune, d’aimer la soupe. Elle rétorque sans hésiter : ce n’est pas de la ringardise, c’est une question de transmission. Si beaucoup ne cuisinent plus de soupe, c’est parce qu’ils n’ont jamais appris. Ce n’est pas seulement mettre des légumes et de la viande à mijoter. Ce n’est pas tout le monde qui sait faire de la soupe, insiste-t-elle. Il n’y a pas eu la transmission, pas eu l’intérêt au bon moment. Pour elle, il n’y a pas de ringardise avec la nourriture.
Baptiste, 17 ans : pas vraiment d’avis sur la soupe
Tous les jeunes ne sont pas Sophie. Baptiste, 17 ans, accompagne sa famille. Quand on lui demande ce qu’il pense de la soupe, il répond sans détour : il n’a pas vraiment d’avis dessus. S’il faut qu’il goûte, il goûte. Pas d’enthousiasme, pas de rejet non plus. Juste une indifférence polie, celle d’une génération qui n’a pas grandi avec ce plat et qui ne sait pas toujours quoi en faire.
C’est justement pour des jeunes comme Baptiste que les organisateurs du festival veulent mettre des actions en place. L’objectif : leur permettre de redécouvrir ce plat, de se l’approprier. Car l’intérêt vient avec l’appropriation, expliquent-ils. Cette année, de nouvelles personnes ont amené une vision différente de la soupe. L’idée, pour les prochaines éditions, c’est d’accentuer sur ce côté réinventer la soupe. Peut-être qu’en sortant du cadre strict de la tradition, en jouant sur de nouvelles associations, les jeunes s’y retrouveront. Le pari est posé. Rendez-vous à la prochaine édition pour voir si la recette prend.

