À Saint-Barthélemy comme ailleurs, l’application Canal+ s’apprête à changer de moteur. À partir de juin 2026, le groupe déploie les technologies d’intelligence artificielle de Google Cloud sur l’ensemble des marchés européens et africains où son application est disponible. L’objectif est double : mieux cibler ce que chacun veut voir, et offrir aux créateurs des outils de production vidéo jusqu’ici inaccessibles.
L’annonce, officialisée en mars 2026, s’inscrit dans un partenariat pluriannuel entre Canal+ et Google Cloud. Le groupe français, qui opère désormais de l’Afrique à l’Asie après son rachat de MultiChoice, mise sur l’intelligence artificielle pour indexer l’intégralité de sa bibliothèque de contenus. Son directeur technique, Stéphane Baumier, le dit sans détour : cette capacité d’analyse à grande échelle donne au groupe un avantage décisif pour affiner les recommandations et adapter l’expérience au profil de chaque abonné.
Le système repose sur une base de données multimodale qui combine son, image et texte. Chaque scène, chaque dialogue, chaque séquence visuelle est désormais décrite et catégorisée par l’IA. Fini les mots-clés classiques : dès juin 2026, l’abonné pourra formuler une demande en langage naturel et recevoir des suggestions taillées sur mesure, en fonction de son historique de visionnage. Canal+ s’appuie également sur une collaboration avec OpenAI pour enrichir son moteur de recherche et de recommandation, les deux technologies étant décrites par le PDG Maxime Saada comme complémentaires : Google pour l’extraction de données, OpenAI pour la proposition intelligente.
Des scènes impossibles à tourner deviennent possibles
L’ambition ne se limite pas à la recommandation. Canal+ met entre les mains de ses équipes de production Veo 3, le modèle de génération vidéo de Google. L’usage envisagé est précis : prévisualiser des scènes avant le tournage, ou recréer des moments historiques à partir de photos d’archives. Stéphane Baumier insiste : la créativité reste au cœur du projet, et l’IA doit permettre de réaliser des séquences qu’aucune méthode traditionnelle ne pourrait produire. Le message du groupe est clair : l’intelligence artificielle est un outil au service de l’imagination, pas un substitut.
Le partenariat est accompagné de garanties sur la propriété intellectuelle. Canal+ assure que ses droits et ses contenus sont protégés dans l’environnement sécurisé de Google Cloud. Le déploiement concerne aussi bien l’Europe que l’Afrique, où le groupe poursuit son intégration de MultiChoice et vise 250 millions d’euros d’économies d’exploitation en 2026 grâce aux synergies accélérées. La plateforme Showmax doit fermer le 30 avril 2026, ses contenus migrant vers DStv.
Une vision française de l’IA appliquée au divertissement
Pour Canal+, l’intelligence artificielle n’est pas un sujet de pure communication. Le groupe a lancé en juin 2025 une campagne de marque baptisée R0_B0+, dans laquelle il affirme que l’humain reste au centre de la création, l’IA n’étant qu’un amplificateur. La collaboration avec le collectif Obvious, qui avait fait vendre la première œuvre d’art générée par IA chez Christie’s en 2018, illustre cette approche : utiliser la machine pour étendre le champ des possibles, sans prétendre qu’elle remplace l’acte créatif.
Le déploiement de juin 2026 marquera donc une étape concrète, observable par tout abonné. À Saint-Barthélemy, sur l’application Canal+, la recommandation ne sera plus guidée par des catégories figées, mais par une compréhension fine de ce qui a été vu, aimé, abandonné. Et quelque part, dans les studios de production du groupe, des scènes commenceront à naître d’une combinaison inédite entre imagination humaine et génération algorithmique. La promesse est technologique, mais l’enjeu reste celui du récit : ce que l’on regarde, et pourquoi on le regarde.

