La France compte 234 startups de cybersécurité en 2026, dont 105 créées en un an. Mais le nombre de scale-ups recule à 43, contre 46 un an plus tôt.
Wavestone et Bpifrance ont publié le 19 juin la huitième édition de leur Radar des startups cybersécurité françaises, couvrant la période de juin 2025 à mai 2026. Le constat est double : une explosion de créations, portée par l’intelligence artificielle et le « vibe coding », et un ralentissement du passage à l’échelle. L’écosystème gonfle, mais peine à transformer ses jeunes pousses en acteurs structurés.
En un an, 105 nouvelles startups ont rejoint le radar, contre 44 l’année précédente. C’est une hausse de 138 %. Cette accélération s’explique par la démocratisation des outils d’IA générative, qui réduisent les délais de mise sur le marché et abaissent les barrières techniques. Un fondateur peut désormais prototyper une solution en quelques semaines, là où il fallait plusieurs mois. Les nouveaux entrants se concentrent sur cinq domaines : gouvernance et conformité, gestion des vulnérabilités, protection des données, gestion des identités et sensibilisation.
Une masse de très petites entreprises
Le radar recense désormais 234 startups et 43 scale-ups, soit 277 acteurs au total (hors les deux licornes, Zama et Ledger)[1]. Mais la dynamique de croissance s’enraye. Entre 2020 et 2025, le nombre de scale-ups augmentait en moyenne de six unités par an. Cette année, il recule de trois. Les auteurs du rapport pointent la multiplication des acteurs, qui rend la différenciation commerciale plus complexe. Il ne suffit plus d’avoir une technologie prometteuse : il faut des références clients solides, une capacité à se démarquer dans un marché dense, et un avantage durable.
Plus de la moitié des startups comptent moins de cinq employés. La proportion atteint 52 %, contre 32 % l’an dernier. À l’inverse, seules 3 % dépassent vingt salariés, contre 7 % en 2024/2025 et 14 % en 2023/2024. Cette fragilisation des effectifs traduit une frilosité au recrutement. Le nombre total d’emplois portés par les startups et scale-ups reste stable, autour de 6 000. Ce sont les scale-ups qui tirent l’emploi ; les startups, elles, marquent le pas.
| Indicateur | 2026 | 2025 |
|---|---|---|
| Nombre de startups | 234 | 180 |
| Nouvelles entrantes | 105 | 44 |
| Nombre de scale-ups | 43 | 46 |
| Emplois totaux (startups + scale-ups) | ~6 000 | ~6 000 |
Source : Bpifrance
304 millions levés, mais en plus petits tickets

Les levées de fonds totalisent 304 millions d’euros entre juin 2025 et mai 2026, contre 289 millions l’année précédente. Une stabilité en valeur, mais un changement de structure : 36 levées cette année contre 19 l’an dernier[2]. Le trio de tête reste élevé, avec des tours de table de 50, 49 et 42 millions d’euros. Mais les tickets de plus petite taille se multiplient : 27 cette année, contre 9 en 2024/2025. Le marché ne concentre plus les financements sur quelques acteurs.
Aucune entreprise n’a levé plus de 100 millions d’euros depuis Ledger en 2023. Zama fait exception : après 67 millions d’euros en 2024 et 49 millions en 2025, la société atteint le milliard d’euros de valorisation et devient la deuxième licorne française de la cybersécurité. Elle développe des technologies open-source basées sur le chiffrement entièrement homomorphe, compatible post-quantique, permettant de traiter des données sans jamais les déchiffrer. Zama rejoint Ledger, spécialisée dans les portefeuilles matériels sécurisés pour cryptomonnaies, et renforce la position française dans la deeptech.
Paul-François Fournier, directeur exécutif en charge de l’Innovation chez Bpifrance, déclare : « Cette 8ème édition du radar startups cyber révèle une accélération spectaculaire de notre écosystème sur une large partie du territoire, avec plus du double de créations de startups en un an. Cette dynamique est fortement portée par l’essor de l’intelligence artificielle, tant dans les usages que dans la sécurisation de son cycle de vie. »
Pourquoi les startups cyber peinent à passer scale-up
L’Île-de-France reste le centre de gravité, trois régions émergent
L’Île-de-France concentre toujours la majorité des nouvelles entrantes, mais la décentralisation progresse. Trois pôles se détachent : Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France et Bretagne. Ces régions hébergent des écosystèmes dynamiques, soutenus par des dispositifs de maturation et d’accompagnement. La répartition territoriale s’équilibre lentement.
L’internationalisation, deuxième levier de croissance, se maintient : 61 % des structures exportent leur solution hors de France, une proportion stable par rapport à 2025. Pour les scale-ups seules, le taux atteint 95 %. Les marchés nord-américains et asiatiques progressent légèrement, avec une hausse de 4 points pour l’Amérique et de 3 points pour l’Asie-Pacifique. L’exportation hors Europe devient un passage obligé pour les acteurs qui veulent passer à l’échelle.
Certifications et brevets, signaux de maturité

La crédibilité devient un enjeu central. 67 % des scale-ups possèdent au moins une certification de cybersécurité (ISO 27001, SOC 2 type 1 et 2, CPSN, France Cybersecurity), contre 14 % des startups[3]. C’est une hausse de 18 points en un an pour les scale-ups. Les certifications rassurent les clients et ouvrent des marchés réglementés. Sans elles, difficile de convaincre un grand compte ou une administration.
Côté propriété industrielle, 31 startups ont déposé au moins un brevet, dont 8 nouvelles entrantes. 9 scale-ups détiennent également des brevets. Cette stratégie renforce la crédibilité technique et protège l’innovation face à la concurrence.
Enfin, la consolidation s’accélère : 8 startups ont été rachetées par des acteurs français cette année, autant qu’en 2024/2025. Ces opérations permettent aux acquéreurs d’élargir leur offre, aux fondateurs de trouver une sortie, et à l’écosystème de se structurer. Mais elles reflètent aussi la difficulté pour certaines jeunes entreprises à franchir seules les étapes de croissance.
L’écosystème français de cybersécurité connaît une effervescence de création remarquable. Mais le chemin jusqu’à la scale-up reste semé d’embûches. Les jeunes entreprises doivent démontrer leur valeur ajoutée dans un marché dense, décrocher des références clients, s’internationaliser rapidement et obtenir les certifications exigées. L’IA a ouvert les vannes de la création. Reste à transformer cette masse en champions européens.
Startups cyber françaises 2026 : les chiffres du radar Wavestone
- 105 nouvelles startups cybersécurité créées en un an, contre 44 en 2025
- Le nombre de scale-ups recule de 46 à 43 entre 2025 et 2026
- 304 millions d'euros levés entre juin 2025 et mai 2026, répartis sur 36 opérations contre 19 l'an dernier
- Zama devient la 2e licorne française de cybersécurité après Ledger
- 52 % des startups comptent moins de 5 employés, contre 32 % en 2024/2025
- 61 % des structures exportent hors de France, 95 % pour les scale-ups
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

