Le Danemark vient de signer le premier contrat d’exportation du système de défense aérienne SAMP/T NG, développé par Thales et MBDA. Une victoire face au Patriot américain.
Pascal Bouchiat l’a annoncé lors de la publication des résultats trimestriels de Thales : le contrat danois est entré en vigueur. Le directeur financier du groupe a précisé que « la livraison interviendra fin 2027-début 2028 ». Six mois après que Copenhague a tranché en faveur de la solution franco-italienne, l’accord se concrétise.
Le ministère danois de la Défense a écarté le système américain Patriot au profit du SAMP/T NG dans le cadre d’un investissement global de 7,8 milliards d’euros destiné à refondre ses capacités terrestres de défense aérienne. Un arbitrage qui consacre l’autonomie européenne en matière d’armement, alors que plusieurs alliés atlantiques se détournent progressivement de leur dépendance technologique américaine.
Le Danemark avait déjà validé l’acquisition de deux systèmes VL-MICA auprès de MBDA France, complétés par une unité de tir IRIS-T SLM. Un accord avec Oslo pour la location d’une batterie NASAMS achève ce dispositif multicouches. Copenhague devient ainsi le troisième pays à rejoindre la communauté d’utilisateurs du SAMP/T NG, après la France et l’Italie[3].
Une architecture ouverte pour un radar à 400 kilomètres
La version retenue par le Danemark embarque le radar Ground Fire 300, conçu par Thales. Portée : 400 kilomètres. Couverture panoramique à 360°, élévation maximale de 90°. La production de ce radar a débuté début 2025, et il a déjà passé un tir de qualification dans le cadre du programme français[4].
L’architecture ME-NG, module de commandement nouvelle génération développé par Thales avec MBDA, constitue l’atout principal du système[2]. Cette conception ouverte facilite l’intégration avec d’autres systèmes européens de défense aérienne. Thales insiste sur ce point : le ME-NG est pensé pour l’interopérabilité, un argument qui pèse face aux défis technologiques émergents comme les essaims de drones.
Le système intègre les missiles intercepteurs Aster 30 B1 et Aster 30 B1NT, pour lesquels Thales fournit l’autodirecteur. Mobilité renforcée, temps d’installation et de désinstallation optimisés : autant d’atouts qui garantissent la survivabilité opérationnelle en cas de menace.
| Composant | Spécification |
|---|---|
| Radar | Ground Fire 300, portée 400 km, 360° |
| Missile | Aster 30 B1 / B1NT |
| Commande | ME-NG (architecture ouverte) |
| Livraison | Fin 2027, début 2028 |
| Prix unitaire | ~500 M€ par batterie (48 missiles) |
Source : Armees.com
SkyDefender, la nouvelle vitrine de Thales

Thales présente ce contrat danois comme le premier succès commercial de SkyDefender, son architecture intégrée de défense aérienne et antimissile multicouches, multi-domaines, dévoilée le 11 mars dernier[3]. Le groupe y intègre ses solutions de cybersécurité et d’intelligence artificielle, notamment celles propulsées par cortAIx, pour traiter les menaces aériennes dans les environnements terrestres, maritimes et spatiaux.
Hervé Dammann, vice-président exécutif des systèmes terrestres et aériens de Thales, a déclaré : « Thales, avec eurosam et MBDA, remercie sincèrement les autorités danoises pour leur confiance. Le SAMP/T NG est le système mobile sol-air le plus avancé pour garantir la protection de l’espace aérien danois et contribuer de manière décisive à la défense des nations européennes et de l’Otan. »[4]
Le programme SAMP/T NG est géré par l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR). Le maître d’œuvre du système global est Eurosam, coentreprise réunissant Thales et MBDA.
Pourquoi ce contrat change la donne européenne
Un signal financier pour Thales, un signal politique pour l’Europe
Bien que les détails financiers restent confidentiels à la demande du client, Thales indique qu’un système SAMP/T NG équipé d’une batterie de 48 missiles Aster avoisine les 500 millions d’euros[2]. Cette référence permet de mesurer l’ampleur de l’investissement consenti par Copenhague.
Côté performances, les résultats du premier trimestre 2026 témoignent de la dynamique du groupe : chiffre d’affaires de 5,3 milliards d’euros, prises de commandes atteignant 4,63 milliards d’euros, soit une progression de 23 % par rapport au premier trimestre 2025. Ce contrat danois s’inscrit dans cette trajectoire.
Sur le plan politique, cette victoire résonne au-delà du seul enjeu industriel. Dans un environnement sécuritaire européen profondément modifié par les tensions avec la Russie, le choix danois d’une solution européenne pour un investissement de 7,8 milliards d’euros illustre la volonté d’affranchissement technologique. Conformément aux plans initiaux du ministère danois, huit systèmes de défense aérienne de moyenne et longue portée devaient être acquis. La commande pourrait englober deux batteries SAMP/T, accompagnées d’autres systèmes pour composer un dispositif multicouches complet.
L’enjeu dépasse désormais le cadre strictement danois. Plusieurs pays européens scrutent l’évolution de ce programme. La capacité de Thales et MBDA à convaincre un premier client export ouvre une brèche commerciale sur un marché longtemps dominé par les États-Unis. La livraison prévue fin 2027 sera scrutée de près.
SAMP/T NG : les données du premier export
- Premier contrat export du SAMP/T NG signé par le Danemark en avril 2026
- Livraisons programmées fin 2027-début 2028
- Le Danemark préfère le SAMP/T NG au Patriot américain
- Prix unitaire estimé à 500 M€ par batterie de 48 missiles Aster
- Le radar Ground Fire 300 offre une portée de 400 km
- Thales affiche +23 % de prises de commandes au T1 2026
Sources
3 sources · 6 faits vérifiés

