Dimanche soir, au Théâtre de Lorient, le gars de Santec va ressortir ce qu’il a gardé dans un coin depuis l’adolescence. Denez Prigent, figure du chant breton, monte sur scène ce 2 août pour présenter « Toenn-Vor », son dernier album, un répertoire de chants de mer qu’il traîne en lui depuis l’enfance mais qu’il n’avait jamais mis en valeur.
« Je suis né à Santec. En face, il y a l’Île de Batz. J’ai passé toute mon enfance à jouer dans les rochers, à aller à la pêche », raconte-t-il. Adolescent, il chantait déjà beaucoup de chants de mer, de bord, de port, en breton ou en français. « C’était tellement évident, ça fait partie de moi-même. Mais en fait, peut-être parce que c’était une évidence, je ne l’ai jamais mis en valeur. Jusqu’à cet album. »
Le déclic est venu récemment. Il a ressorti des tiroirs tous ces chants appris jeune, les a regroupés, sélectionnés, et a réussi à constituer rapidement un répertoire complet. Le chant de mer, il le définit comme « ce trésor patrimonial de Bretagne », un répertoire souvent délaissé ou galvaudé, qu’il veut remettre à sa juste place.
Un répertoire qu’il veut réhabiliter
Parce que le chant de mer, selon lui, a souffert d’une dévalorisation. « Le chant de mer a été très souvent un répertoire assez facile pour les gens qui ne sont pas forcément musiciens. Ils jouent trois accords d’accordéon, puis ils sont une dizaine, ils mettent une vareuse et vont chanter pour la fête de la moule ou de l’huître du patronage laïque du coin », explique Denez Prigent. Une sorte de folklore de patronage qui a abîmé l’image de ces chants pourtant riches.
Mais le chanteur reconnaît que le répertoire a retrouvé ses lettres de noblesse grâce à certains groupes. Cabestan dans les chants de bord, les chants à cadencer. Djiboudjep avec Mikaël Yaouank dans le chant de port, avec toute cette vie maritime, les matelots, les marins à terre. « J’ai beaucoup de leurs disques, mais je n’avais pas envie de refaire ce qui avait déjà été très bien fait de leur côté. »
Électro et équipage prestigieux
Alors pour ce spectacle au Festival Interceltique de Lorient, qui court jusqu’au 9 août, Denez Prigent a cherché à apporter quelque chose de nouveau. Il s’est entouré d’un « équipage » mêlant spécialistes et outsiders. Mathieu Hamon, Roland Brou et Charles Quimbert, trois chanteurs déjà ancrés dans ce répertoire. Mais aussi Robin Foster, qui vient d’ailleurs, et apporte une couleur neuve.
Et puis il y a l’électronique. Une première pour ces chants traditionnels. « Les chants à ramer, à hisser, à virer… Cela se prêtait bien à ce côté trans », explique le chanteur. Beaucoup de ces chants sont des chants à répondre, pas très éloignés du Kan ha Diskan. Contrairement à ce dernier, resté préservé parce qu’en breton, les chants de bord ont été galvaudés. Denez Prigent veut leur redonner leur puissance.
La gwerz et la mer, une évidence bretonne
Dans son parcours, la gwerz, ce chant breton qui raconte les drames et les tragédies, a toujours occupé une place centrale. La première qu’il a apprise, transmise par sa grand-mère, racontait le naufrage d’un navire entre Morlaix et Saint-Jean-du-Doigt. « C’était déjà une gwerz qui parlait de la mer. » Il y en a une autre, peut-être plus connue encore, qui raconte un naufrage au large de Penmarc’h.
Le naufrage fait partie de ces événements dramatiques que la gwerz relate, au même titre que les épidémies, les famines, les meurtres, les guerres, l’infanticide. « La Bretagne, c’est presque une île. Donc des gwerz, sur des événements qui sont arrivés en Argoat ou en Arvor, c’est vrai qu’il y en a… »
Denez Prigent se définit-il comme un passeur ? « Oui, en fait, je ne me pose pas la question, mais certainement, oui. On m’a transmis ces chants. Et moi, naturellement, j’ai envie de les transmettre aux générations futures. »
Le Festival Interceltique de Lorient se déroule jusqu’au 9 août. Au programme : concerts, festoù-noz, défilés, marchés celtiques, artisanat et spectacles de rue. Cette année, la Cornouailles est à l’honneur comme nation invitée[4], avec le thème « La Cornouailles, au cœur de la Mer Celtique ».
Sources
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