Les start-up deeptech françaises ont levé 4,1 milliards d’euros en 2025, retrouvant leur niveau de 2023 après un trou d’air en 2024, portées par l’IA et la souveraineté technologique.
Les chiffres sont tombés mi-mars. 4,1 milliards d’euros : c’est ce qu’ont capté les jeunes pousses deeptech de l’Hexagone en 2025, selon le bilan annuel de Bpifrance. Un montant qui représente environ la moitié de ce qu’a levé l’ensemble de la French Tech sur la même période. Le secteur efface ainsi la chute de 2024 (2,8 milliards) et retrouve l’étiage élevé de 2023.
Derrière ces montants, une dynamique portée par l’intelligence artificielle et les technologies jugées stratégiques. Cybersécurité, spatial, défense, semi-conducteurs, cloud, quantique : 72 % des fonds levés concernent des secteurs où la souveraineté est devenue un argument. Les investisseurs y sont sensibles. Mistral AI incarne à elle seule cette bascule : la pépite parisienne a bouclé une levée de 1,7 milliard d’euros en 2025, expliquant à elle seule la résilience du marché français.
Le nombre de créations suit. 410 start-up deeptech ont vu le jour en 2025, contre 207 en 2019, année du lancement du plan Deeptech. L’écosystème grossit : 2 830 start-up deeptech actives génèrent 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 50 000 emplois directs. Bpifrance rappelle que Paris est désormais « le 3e écosystème deeptech mondial en montants levés ». La France se classe deuxième en Europe, derrière le Royaume-Uni[3].
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Mistral, Alice & Bob, Wandercraft : les tours qui marquent
La méga-levée de Mistral AI domine le paysage 2025. Mais elle n’est pas seule. Dans le quantique, Alice & Bob a levé 100 millions d’euros, Quobly 115 millions. Wandercraft, spécialiste de l’exosquelette de marche, a bouclé 66 millions. Dans le spatial, Loft Orbital figure parmi les tours notables. En santé, Adcytherix, Nabla et Wandercraft incarnent la diversité du secteur deeptech français[3].
Le mouvement s’est amplifié début 2026. AMI Labs, fondée par Yann LeCun, a levé 890 millions d’euros en mars, le plus gros tour seed jamais enregistré en Europe, valorisant la société 3,5 milliards de dollars. Cette seule opération représente plus d’un tiers des montants levés au premier trimestre[4].
| Année | Montant levé | Créations deeptech |
|---|---|---|
| 2019 | 207 | |
| 2023 | 4,1 Md€ | |
| 2024 | 2,8 Md€ | |
| 2025 | 4,1 Md€ | 410 |
Source : La Tribune
L’IA générative déplace le centre de gravité du financement. Le logiciel reste le premier secteur avec 3,3 milliards levés en 2025, en hausse de 9 %. Mais la simple présence d’une brique IA ne suffit plus : il faut traduire la technologie en valeur métier concrète. Dust, plateforme française d’agents IA, a bouclé en juin 2026 une série B de 40 millions de dollars, portant le total levé à plus de 60 millions, et s’appuie désormais sur plus de 1 000 clients dont Mirakl, Spendesk et Pennylane[4].
Cette dernière, fintech devenue licorne, a elle-même levé 175 millions début 2026, confirmant l’appétit des fonds internationaux pour les éditeurs européens qui combinent croissance rapide et adoption industrielle[4].
France 2030 et plan Deeptech : la politique publique en appui

Cette dynamique n’est pas spontanée. Lancé en 2019, le plan Deeptech a ensuite été intégré à France 2030, le grand programme d’investissement voulu par l’État pour soutenir les technologies stratégiques. L’objectif : faire émerger davantage d’entreprises issues de la recherche française et mieux financer leur passage à l’échelle industrielle.
Le plan cible des secteurs précis : énergie, semi-conducteurs, santé, défense, spatial. Plusieurs années de soutien public ont créé un terreau favorable. Les écosystèmes locaux se renforcent, partout en France, autour de laboratoires publics et de pôles de compétitivité. Le bilan de Bpifrance souligne que la deeptech s’ancre désormais dans l’économie, au-delà des seuls hubs parisiens[3].
Pourquoi la France reste distancée par les États-Unis
L’écart avec les États-Unis reste considérable
Malgré ces résultats, l’Europe accuse son retard. Les montants levés côté américain écrasent les performances françaises. AMI Labs, valorisée 3,5 milliards de dollars avant même son premier produit, illustre l’appétit des fonds américains pour l’IA. Mistral AI, malgré son statut d’emblème français, reste modeste face aux tours de table de ses concurrents d’outre-Atlantique.
La fragmentation juridique et fiscale de l’UE freine toujours les flux de capitaux. Bpifrance et plusieurs acteurs du secteur plaident pour un renforcement de l’écosystème européen : harmonisation des règles, davantage de fonds transnationaux, soutien public prolongé. Le défi reste entier : transformer les avancées de la recherche française en champions capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
La deeptech française a retrouvé des couleurs en 2025, mais la course est loin d’être gagnée. L’IA et la souveraineté technologique ont rebattu les cartes du financement. Reste à savoir si les acteurs français sauront franchir la prochaine étape : celle de l’industrialisation et de la conquête de marchés globaux, sans dépendre des fonds américains ni des infrastructures chinoises.
Deeptech française 2025 : les chiffres du rebond
- 4,1 milliards d'euros levés par la deeptech française en 2025, contre 2,8 en 2024
- Mistral AI a capté 1,7 milliard d'euros à elle seule, plus gros tour de l'année
- 410 créations de start-up deeptech en 2025, contre 207 en 2019
- 72 % des fonds vont vers l'IA, le spatial, la défense, les semi-conducteurs, la cybersécurité
- Paris, 3e écosystème deeptech mondial en montants levés ; France 2e en Europe
- AMI Labs de Yann LeCun a levé 890 millions en mars 2026, record européen pour un seed
Sources
2 sources · 6 faits vérifiés

