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En Bretagne, l’ESS perd des milliers d’emplois : « un plan social à bas bruit »

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Première région de France pour le poids de l’ESS, la Bretagne voit le secteur perdre des milliers d’emplois depuis deux ans sous l’effet des coupes budgétaires publiques.

Les chiffres sont nets. Avec 140 000 équivalents temps plein, la Bretagne reste championne nationale de l’économie sociale et solidaire : 17,8 % de l’emploi privé, 13,7 % de l’emploi total, 12 561 établissements répartis sur une trentaine de branches. Mais la dynamique s’est inversée. Les restrictions budgétaires de l’État et des collectivités en 2024 et 2025 ont frappé les associations, coopératives, mutuelles et fondations de plein fouet.

Michel Pier Jézéquel, président de la chambre régionale de l’ESS Bretagne, ne mâche pas ses mots. Lors de l’assemblée générale tenue jeudi 21 mai 2026 à Brest, il a parlé de « plan social à bas bruit ». Les fermetures de services dans le social et le médico-social s’accumulent, en silence, sans que l’emploi perdu soit compensé par de nouvelles créations.

En chiffres
140 000
emplois ESS en Bretagne
17,8 % de l'emploi privé régional
12 500
emplois associatifs perdus en France
depuis les coupes budgétaires 2024-2025
7 %
part des aides publiques captée par l'ESS
pour 13,7 % des emplois
2,5 M€
budget annuel de la Région Bretagne pour l'ESS
en plus des aides sur projets

Des milliers d’emplois disparus sans bilan précis

À l’échelle nationale, les chiffres de l’ESS France sont parlants : 12 500 emplois associatifs et 2 500 emplois mutualistes ont été supprimés. En Bretagne, « on parle de milliers d’emplois, sans pouvoir être plus précis », précise Michel Pier Jézéquel[1]. Des établissements ferment, des services du quotidien reculent. Les usagers paient le prix de cette contraction.

Le secteur représente pourtant une part considérable de l’économie régionale. Mais ses activités, souvent dépendantes des financements publics, subissent de plein fouet la rigueur budgétaire. Là où les entreprises privées classiques peuvent ajuster leurs marges, les structures de l’ESS voient leurs recettes fondre sans capacité immédiate de substitution.

7 % des aides pour 13,7 % des emplois

L’équation budgétaire est déséquilibrée. La Cour des comptes a chiffré le déséquilibre : l’ESS capte 7 % des aides publiques aux entreprises alors qu’elle abrite 13,7 % des emplois. Michel Pier Jézéquel réclame une « grosse bataille budgétaire ». Benoît Hamon, président d’ESS France, a enfoncé le clou en vidéo lors de l’assemblée générale : « On ne peut pas compenser la baisse des financements publics. Il nous faut une vraie stratégie nationale, avec un cap et des moyens, pour inverser la tendance des destructions d’emplois[1]. »

Parmi les pistes explorées, une taxe parafiscale sur les grandes coopératives, qui viendrait alimenter les chambres régionales de l’ESS. Actuellement, ces coopératives cotisent aux chambres consulaires, CCI, agriculture, métiers et artisanat. « On pourrait imaginer qu’une partie soit orientée vers le financement des Cress », soutient le président breton.

L’ESS en Bretagne : poids et emploi
Indicateur Chiffre
Emplois équivalents temps plein 140 000
Part de l’emploi privé 17,8 %
Part de l’emploi total 13,7 %
Nombre d’établissements 12 561

Source : Le Télégramme

Pourquoi l'ESS bretonne perd des emplois

Emplois en chute libre
Les baisses budgétaires publiques 2024-2025 ont détruit des milliers d'emplois dans l'ESS bretonne, sans compensation par de nouvelles créations d'activité.
Inégalité de financement
L'ESS reçoit 7 % des aides publiques aux entreprises alors qu'elle pèse 13,7 % de l'emploi total, selon la Cour des comptes.
Stratégie de survie
Le secteur lance une marque et une politique de « préférence ESS » pour développer les flux économiques entre structures et réduire la dépendance aux subventions.
Piste de financement
Une taxe parafiscale sur les grandes coopératives pourrait venir abonder les chambres régionales de l'ESS, actuellement sous-dotées.

Marque ESS et préférence interne pour sauver les flux

Le mouvement ne compte pas uniquement sur les subventions. Une marque nationale sera lancée la semaine prochaine, assortie d’une politique de « préférence ESS ». L’objectif : développer les échanges économiques entre structures du secteur, favoriser l’achat interne, renforcer les circuits courts de la solidarité. « Nous avons des marges de progrès », juge Michel Pier Jézéquel.

La Région Bretagne affiche de son côté un soutien politique, même si ses aides économiques à l’ESS ont baissé de 15 % en un an. L’élu Goulven Oillic rappelle que 20 % des achats publics régionaux sont désormais dirigés vers l’ESS, et que 2,5 millions d’euros annuels y sont consacrés « car nous partageons ses valeurs ».

Une économie de transformation, pas seulement de réparation

Michel Pier Jézéquel refuse de cantonner l’ESS au rôle de rustine sociale. « L’ESS ne se cantonne pas à la réparation des effets dévastateurs de l’économie de marché ou capitaliste. C’est aussi une économie de la transformation, de la solidarité, qui ambitionne de changer les modes de vivre ensemble », martèle-t-il[1]. Démocratie, développement durable, ancrage territorial : les valeurs défendues s’opposent frontalement à la logique du rendement maximal.

Reste que sans moyens, les valeurs se transforment en mots creux. La dynamique actuelle met le mouvement dos au mur : d’un côté, une demande sociale qui ne faiblit pas ; de l’autre, des financeurs publics qui coupent les robinets. L’heure est à l’invention de nouvelles recettes, sans garantie de succès.

ESS en Bretagne : les chiffres du recul

  • La Bretagne est la première région de France pour le poids de l'ESS dans l'emploi
  • Des milliers d'emplois perdus en Bretagne depuis 2024, chiffre exact non déterminé
  • L'ESS capte 7 % des aides publiques aux entreprises pour 13,7 % des emplois
  • Une marque ESS nationale sera lancée pour favoriser les flux économiques internes
  • La Région Bretagne consacre 20 % de ses achats publics à l'ESS
  • Michel Pier Jézéquel parle de « plan social à bas bruit » pour qualifier la situation
Antoine Rives
Antoine Rives
Antoine Rives scrute tout ce qui pèse ou allège le budget des ménages français. Prix des courses, énergie, carburant, banque, assurances, abonnements, salaires, impôts et taxes : il part toujours d'un fait daté et chiffré pour dire qui est concerné, de combien et ce qu'on peut concrètement faire — économiser, changer, réclamer. Direct et sans jargon, il remet les montants en perspective à partir de sources françaises.

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