Entalpic, spin-off de CentraleSupélec créée en 2024 à Palaiseau, a finalisé en mai 2025 une levée de 8,5 millions d’euros pour accélérer le développement de sa plateforme d’IA générative appliquée à la chimie industrielle.
La jeune pousse n’a pas vingt-quatre mois d’existence. Fondée en 2024, elle s’est rapidement positionnée sur un créneau précis : utiliser l’intelligence artificielle pour concevoir des catalyseurs chimiques moins énergivores. Le tour de table, bouclé au printemps 2025, a été mené par Breega, Cathay Innovation et Felicis. Plusieurs business angels ont accompagné l’opération : Jörg Weiser, ancien directeur chez Schrödinger, Gilles Wainrib, cofondateur d’Owkin, Thomas Wolfe de Hugging Face, Arnaud Robert, ex-cadre dirigeant chez Sanofi, Michal Valko, principal LLama engineer chez Meta, et Yoshua Bengio, prix Turing.
Le capital levé doit financer le recrutement de vingt experts, à mi-chemin entre la recherche en IA et la chimie appliquée. L’équipe compte sur ces profils pour faire passer la plateforme d’un stade de R&D à des déploiements pilotes dans l’industrie. Pas de calendrier annoncé pour les premiers déploiements commerciaux.
Une plateforme qui simule, teste et accélère la recherche de matériaux
La technologie d’Entalpic repose sur une architecture combinant grands modèles de langage, apprentissage actif et réseaux neuronaux de graphes. L’objectif : générer et évaluer rapidement des candidats matériaux susceptibles de remplacer des procédés chimiques obsolètes ou polluants. La plateforme intègre plusieurs sources de données : simulations quantiques, expériences physiques en laboratoire, littérature académique, brevets[1]. Elle formule des hypothèses chimiques, les teste par des expériences automatisées, puis enrichit sa base de connaissances avec les résultats.
L’entreprise cible des secteurs où les réactions chimiques représentent un enjeu climatique fort : stockage de l’énergie, production d’engrais, contrôle de la pollution. En optimisant les catalyseurs, elle vise à réduire la température ou la pression requises pour certaines réactions, donc la consommation énergétique.
Trois cofondateurs formés à l’INRIA, Mila et CentraleSupélec
Entalpic naît d’une collaboration entre des chercheurs de Mila, laboratoire montréalais de machine learning dédié à l’action climatique, et un ancien cadre d’Owkin, licorne française spécialisée dans l’IA pour la découverte de médicaments. Mathieu Galtier, PDG, est diplômé des Mines de Paris et titulaire d’un doctorat réalisé à l’INRIA, l’ENS et Oxford sur l’apprentissage automatique et les neurosciences. Il occupait jusqu’alors le poste de Chief Data & Platform Officer chez Owkin.
Victor Schmidt, directeur technique, sort de Polytechnique et d’UCL. Son doctorat à Mila portait sur le machine learning appliqué au changement climatique. Alexandre Duval, directeur scientifique, a mené sa thèse sur le machine learning pour les matériaux à CentraleSupélec[3].
Pourquoi la deeptech française mise sur Paris-Saclay
Paris-Saclay, pôle deeptech en pleine consolidation
Palaiseau n’est pas un cas isolé dans l’Essonne. La ville accueille plusieurs acteurs de la deeptech. PASQAL, spécialiste de l’informatique quantique, a cumulé 145 millions d’euros de levées de fonds à fin 2025. Quandela, qui travaille sur les qubits photoniques, est installée dans le secteur depuis 2017.
À Bruyères-le-Châtel, la Région Île-de-France a soutenu à hauteur de 3 millions d’euros l’ouverture du centre de calcul haute performance Open AI Infrastructure Factory d’Eclairion, inauguré début 2025. L’infrastructure est destinée à l’entraînement de modèles d’IA et reste accessible aux acteurs locaux.
Owkin a reçu 17 millions d’euros via France 2030 pour ses travaux en pathologie numérique. Optimistik a levé 4,6 millions pour l’optimisation industrielle. LumiSync, spin-off du CNRS et de l’université Paris-Saclay fondée en décembre 2024, préparait fin 2025 une levée de 3 millions d’euros pour ses oscillateurs photoniques, après avoir décroché le label i-Lab 2025.
| Entreprise | Montant (M€) | Domaine |
|---|---|---|
| Entalpic | 8,5 | IA pour la chimie |
| Owkin | 17 | Pathologie numérique |
| Optimistik | 4,6 | Optimisation industrielle |
| LumiSync | 3 (prévision) | Oscillateurs photoniques |
Source : info.fr
L’IA française encore portée par l’Île-de-France

Le financement d’Entalpic intervient dans un contexte national en léger ralentissement. La France comptait 1 114 startups IA en 2025, dont 63 % en Île-de-France. Les levées de fonds franciliennes dans le secteur ont dépassé 10 milliards d’euros sur l’année, soit l’essentiel du total national. Le pic de créations remonte à 2023, avec 130 nouvelles structures.
Prochaine étape : une formation « Chef de projet IA » à Télécom SudParis
L’écosystème regarde désormais vers octobre 2026. Télécom SudParis lance à cette date une formation dédiée aux chefs de projet IA. L’école d’ingénieurs souhaite répondre à la demande croissante de profils capables de piloter des déploiements industriels d’algorithmes. Sur le terrain commercial, Entalpic n’a pas communiqué de calendrier précis pour ses premiers contrats avec des groupes chimiques.
Entalpic et l'IA pour la chimie : les faits à retenir
- Entalpic fondée en 2024 à Palaiseau, issue de CentraleSupélec
- 8,5 millions d'euros levés en mai 2025 auprès de Breega, Cathay Innovation et Felicis
- Plateforme d'IA générative pour concevoir des catalyseurs chimiques moins énergivores
- Vingt experts à recruter, à mi-chemin entre IA et chimie appliquée
- Paris-Saclay : PASQAL (145 M€), Quandela, Owkin, Optimistik, LumiSync
- 1 114 startups IA en France en 2025, dont 63 % en Île-de-France
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

