Keir Starmer a dévoilé, dans l’un de ses derniers gestes de Premier ministre, le plan d’investissement défense britannique de 298 milliards de livres, la plus forte hausse durable du budget militaire depuis la guerre froide. Mais l’enveloppe reste sous les attentes des armées.
Le Defence Investment Plan (DIP) découle des conclusions de la revue stratégique de défense publiée un peu plus d’un an plus tôt, en 2025. Ce document qualifiait la Fédération de Russie de menace « immédiate et pressante » pour la souveraineté britannique et la sécurité de l’OTAN. Le DIP devait suivre de peu cette revue. Il aura fallu attendre.
La raison tient d’abord à l’argent. Comment financer l’expansion des forces armées face à Moscou et, plus tard, à l’instabilité croissante au Proche-Orient ? La question a paralysé le gouvernement pendant des mois. Plusieurs programmes annoncés dans la revue ont aussi buté sur des obstacles : le retour de la Royal Air Force dans la mission de frappe nucléaire, ou les déboires persistants du blindé de reconnaissance de nouvelle génération de l’armée de terre, l’Ajax.
Le départ de John Healey a fait vaciller le plan
Deux semaines avant la publication, le ministre de la Défense John Healey, qui avait participé à l’élaboration du DIP, a démissionné brutalement. Selon lui, le Premier ministre était « incapable » de trouver les fonds, le Trésor se montrant « peu disposé » à débloquer le moindre supplément.
Les chiffres qui ont ensuite filtré donnent la mesure de l’écart. Sur les 28 milliards de livres réclamés par les forces armées, le Trésor n’en aurait accordé que 13,5 milliards. Résultat : des coupes jugées intenables pour financer d’autres capacités. Traduit en effort de défense, cela plafonnait à 2,68 % du PIB consacré à la défense de base d’ici 2030, loin de la cible de 3 % fixée par l’OTAN.
Même après la démission de Healey et le regain d’attention sur le budget militaire, le Trésor n’a promis que 15 milliards de livres supplémentaires. Toujours en deçà des demandes des armées. Les critiques ont fusé, y compris à l’intérieur du Parti travailliste.
| Indicateur | Montant |
|---|---|
| Enveloppe totale du plan (DIP) | 298 milliards £ |
| Demande des forces armées | 28 milliards £ |
| Somme d’abord accordée par le Trésor | 13,5 milliards £ |
| Rallonge finalement promise | 15 milliards £ |
| Effort de défense de base visé en 2030 | 2,68 % du PIB |
| Cible OTAN | 3 % du PIB |
| Investissement sécurisé pour la RAF (GCAP) | 8 milliards £ |
Source : The Aviationist
Starmer défend un plan qui « va plus loin » que la revue
Dans son discours de présentation, Keir Starmer a assumé l’ambition affichée : « Ce plan tient les engagements de la revue de l’an dernier, mais à la lumière d’un monde qui change vite, de la nature changeante des conflits et des menaces imminentes et croissantes auxquelles nous faisons face, il va encore plus loin. »
Le chef d’état-major britannique, Sir Richard Knighton, a tenu un discours moins triomphal auprès des personnels militaires. Il a reconnu que des « choix difficiles » avaient été tranchés. Le DIP entérine donc une série de capacités et de programmes supprimés, avec des conséquences ressenties en profondeur par les armées.
La contradiction est là. D’un côté, un renfort budgétaire réel et une expansion des forces britanniques après des décennies de déclin continu depuis la fin de la guerre froide. De l’autre, des arbitrages qui amputent des programmes attendus.
Pourquoi le plan défense britannique divise Londres
8 milliards de livres pour le GCAP de la Royal Air Force
Le premier gagnant identifiable du plan est le programme aérien de la RAF. Le DIP sécurise 8 milliards de livres d’investissement pour le Global Combat Air Programme (GCAP), le chasseur de sixième génération que le Royaume-Uni développe avec ses partenaires. Cet engagement place l’aviation de combat au cœur de la modernisation, à l’heure où le pays doit aussi assumer le retour de la RAF dans la posture de frappe nucléaire.
Le GCAP britannique se pose en réponse européenne et indo-pacifique aux appareils de nouvelle génération développés outre-Atlantique. Mais la question du financement pèse sur l’ensemble : sécuriser 8 milliards pour un seul programme quand le Trésor rechigne à combler l’écart de 28 milliards demandé par les armées oblige à couper ailleurs.
Pour la filière industrielle britannique, l’enjeu dépasse la seule dépense affichée. Un plan crédible conditionne les commandes, la charge des bureaux d’études, l’emploi et la souveraineté sur les capacités jugées critiques. Un plan sous-financé fragilise ces mêmes chaînes.
Reste l’arithmétique du seuil OTAN. À 2,68 % du PIB pour la défense de base en 2030, Londres reste sous la barre des 3 % que ses alliés poussent à atteindre. La rallonge de 15 milliards ne referme pas complètement l’écart avec les 28 milliards réclamés. Le plan le plus lourd depuis la guerre froide se retrouve ainsi accusé, jusque dans les rangs travaillistes, de reposer autant sur l’ambition que sur l’habileté comptable.
Plan de défense britannique : les chiffres à retenir
- Le plan d'investissement défense britannique atteint 298 milliards de livres
- La RAF sécurise 8 milliards de livres pour le programme GCAP
- Le ministre John Healey a démissionné deux semaines avant la publication
- Le Trésor a promis 15 milliards de livres sur les 28 réclamés par les armées
- L'effort visé plafonne à 2,68 % du PIB en 2030, sous la cible OTAN de 3 %
