Manuel Valls, ministre des Outre-mer, relance le débat sur l’exploration pétrolière au large de la Guyane, interdite en France métropolitaine depuis 2017.
La question divise. D’un côté, les élus locaux pointent le Guyana et le Suriname, qui vivent un boom pétrolier à quelques centaines de kilomètres. De l’autre, le bilan technique est sans appel : toutes les campagnes d’exploration menées depuis les années 1970 ont échoué. En 2011, un forage avait suscité l’espoir. Les puits suivants n’ont jamais confirmé le potentiel. En 2019, TotalEnergies a quitté la zone. Patrick Pouyanné, son PDG, tranche : « Il n’y a pas d’hydrocarbures accessibles en Guyane. » Rien de comparable aux découvertes du Guyana voisin.
Pourquoi rouvrir un dossier clos par TotalEnergies en 2019
La pression politique monte. Les élus locaux dénoncent une hypocrisie : la France interdit l’exploration sur son sol tout en investissant dans le pétrole surinamais. Localement, certains estiment qu’une nouvelle campagne pourrait révéler ce que les précédentes ont manqué. Surtout, il y a la réalité économique. Pendant que le Guyana s’enrichit grâce à l’or noir, les Guyanais français vivent des dotations publiques. Difficile à justifier sur un territoire qui réclame des leviers de développement.
Relancer l’exploration suppose de modifier la loi Hulot de 2017, qui interdit tout nouveau permis de recherche d’hydrocarbures en France. Manuel Valls dit « vouloir ouvrir le débat ». Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, s’y oppose frontalement : revenir en arrière serait « incompréhensible », selon elle.
L’ombre du récif corallien et du projet Montagne d’or
Le pétrole guyanais traîne un passé lourd. En 2018, un projet de TotalEnergies avait mobilisé contre lui, notamment à cause des risques pour le récif corallien de l’Amazone. La question environnementale reste centrale. Si des hydrocarbures étaient découverts, ils offriraient un levier économique à un territoire qui en manque. Mais l’impact sur la biodiversité marine et les écosystèmes locaux reste difficile à mesurer avant toute campagne d’exploration.
Le temps politique n’est pas le temps économique. Entre un éventuel feu vert et une production effective, il faudrait plusieurs années. La France produit actuellement environ 1 % du pétrole qu’elle consomme, principalement grâce à quelques champs exploités dans le sud-ouest. Même si la Guyane devenait productive, elle resterait un producteur marginal à l’échelle nationale.
Pourquoi le pétrole guyanais ne décolle pas
Le Guyana et le Suriname, miroirs d’un eldorado manqué
Le contraste avec les voisins est saisissant. Le Guyana vit une transformation économique massive grâce aux découvertes offshore d’ExxonMobil, qui a lancé la production en 2019. Le Suriname, dans une moindre mesure, attire lui aussi les investissements des majors pétrolières. La Guyane française, elle, reste en marge de ce boom, faute de gisements accessibles identifiés.
Manuel Valls ouvre un débat qui risque de rester sans issue technique à court terme. TotalEnergies a quitté la zone après des années d’investissements infructueux. Les élus locaux réclament une nouvelle chance. Agnès Pannier-Runacher défend la cohérence climatique de la France. Entre les deux, la géologie guyanaise reste, pour l’instant, silencieuse.
Pétrole en Guyane : les dates clés de l'exploration
- Toutes les campagnes d'exploration pétrolière en Guyane ont échoué depuis 1970
- TotalEnergies a quitté la zone en 2019 : « Il n'y a pas d'hydrocarbures accessibles »
- Le Guyana et le Suriname vivent un boom pétrolier à quelques centaines de kilomètres
- Relancer l'exploration suppose de modifier la loi Hulot de 2017
- La France produit environ 1 % du pétrole qu'elle consomme, principalement dans le sud-ouest
