L’École militaire accueillait en juin le premier salon « Wargaming à Paris », organisé par l’Académie de défense et le CICDE pour anticiper les conflits de 2040.
Soldats augmentés, missiles hypersoniques, extension des conflits dans l’espace, maîtrise du quantique. Depuis le conflit en Ukraine et l’accélération sans précédent des bouleversements technologiques sur le terrain, l’armée de Terre française se trouve face à un double défi : intégrer rapidement les enseignements des guerres actuelles tout en préparant les formes de combat susceptibles d’émerger d’ici quinze à vingt ans. La question n’est plus seulement de se préparer au pire, mais de déterminer ce que signifie « gagner » dans un environnement de plus en plus hybride.
Les 23 et 24 juin, le pavillon Joffre de l’École militaire, fondée en 1751 par Louis XV, a accueilli une série de tables de jeu. Pas de ludothèque pour enfants : l’édifice situé en plein cœur de Paris hébergeait la première édition de « Wargaming à Paris » (WAP), organisée par l’Académie de défense de l’École militaire (Academ) et le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE), l’organisme chargé de faire évoluer la pensée militaire française. Sur les tables, des dizaines de jeux de plateau déployés dans une petite salle en sous-sol. Objectif : simuler et tester des scénarios prospectifs.
Un bureau dédié au jeu de guerre depuis 2022
Deux morts dans un fourgon à l’Eskape festival : la piste accidentelle privilégiée
Depuis 2022, la France renforce l’usage du wargaming au sein de l’OTAN. Cet outil, à la fois ancien et innovant, permet de former, d’anticiper et de mieux comprendre les opérations militaires. L’armée de Terre a structuré cette pratique en créant un bureau dédié, rattaché au Commandement du combat futur (CCF)[4]. Le CCF dispose également d’un bureau d’observation des conflits, chargé de suivre l’ensemble des théâtres actuels, Ukraine, Arménie, Gaza, pour en tirer des enseignements prospectifs[3].
Le wargaming n’est pas qu’un exercice tactique de court terme. L’armée française travaille sur des scénarios alternatifs parce qu’elle doit se préparer au pire, comme l’explique Antoine Bourguillot, référent jeu de guerre de l’armée de Terre. Ces simulations permettent de tester des hypothèses stratégiques sans engager de moyens réels : quel rôle joue l’artillerie dans une guerre longue ? Comment anticiper un conflit où deux grandes puissances soutiennent deux camps opposés, sur le modèle de la guerre froide ?[2]
En parallèle, l’armée a mené en 2024 l’opération Orient, son plus grand exercice de jeu de guerre de la décennie. Le scénario imaginait l’invasion d’un pays fictif, Handland, par un adversaire anonyme. Sur la carte, la situation ressemblait fortement à une attaque russe sur les pays baltes[2]. Les généraux refusaient alors de confirmer l’analogie, mais l’exercice portait bien sur une montée en puissance rapide face à une menace conventionnelle de grande ampleur.
Définir la victoire en 2040 : une commande du CCF
L’une des études présentées lors du wargaming de juin portait sur la notion de victoire pour la France à l’horizon 2040. Commandée par le Commandement du combat futur, cette réflexion visait à dégager des invariants de la victoire et à identifier comment protéger les intérêts vitaux du pays[3]. « On parle beaucoup de faire la guerre, mais on ne parle pas assez de la gagner », résumait un intervenant lors de la présentation.
Le constat est net : il y a de plus en plus de montée en puissance des guerres hybrides, mêlant influence informationnelle, cyberattaques et affrontements conventionnels. Ces étudiants et chercheurs ont apporté une vision différente des propres études de l’état-major[3]. Le travail prospectif ne cherche pas à désigner des ennemis, mais à modéliser des rapports de force plausibles et à tester la résilience des forces françaises face à des scénarios extrêmes.
L’exercice porte aussi sur les capacités d’engagement de grande ampleur, intense et inscrit dans la durée. L’armée de Terre veut renforcer son artillerie pour être plus létale, et ses capacités logistiques pour durer[5]. En 2026, le mot d’ordre du chef d’état-major de l’armée de Terre est « être prêt et le faire savoir ». L’objectif : disposer d’une armée solide, équipée, létale, bien entraînée, capable de jouer un rôle de nation cadre dans une opération de coalition[5].
Pourquoi la France structure le wargaming prospectif
Drones, IA et détection radio au menu de VivaTech
La transformation de l’armée repose sur une complémentarité entre grands industriels, PME, startups, étudiants et ingénieurs. Mais elle repose aussi et surtout sur sa capacité à anticiper les conflits de demain. Au salon VivaTech, le ministère des Armées présentait plusieurs innovations, dont un outil de détection radio permettant de visualiser l’ensemble du spectre électromagnétique[3]. Les batailles électroniques, avec systèmes de brouillage, deviennent centrales dans un monde où les guerres conventionnelles ne font plus légion.
Les spectres multichamps poussent les armées à être en alerte constante dans tous les domaines. Produire tous azimuts n’est pas une solution. L’aspect stratégique doit rester essentiel en matière d’innovation. Le Commandement du combat futur a pour mission de conjuguer un savoir-faire éprouvé par des décennies d’engagement opérationnel avec les nouvelles potentialités offertes par les drones, les robots et l’intelligence artificielle[5].
Les chances de survie d’un soldat détecté par un drone se comptent désormais en minutes. Le combat du futur impose de repenser les doctrines, les équipements et les modes d’action. L’armée de Terre se prépare à des engagements de grande ampleur, en coalition, avec des adversaires potentiels équipés de technologies comparables. La question n’est plus seulement d’être prêt dès ce soir, mais de savoir ce que signifie « gagner » face à un adversaire capable de mener une guerre hybride, longue, et inscrite dans tous les champs.
Ancré dans l’histoire militaire mais résolument tourné vers l’avenir, le jeu de guerre s’impose comme un outil essentiel pour préparer l’armée de Terre aux défis opérationnels de demain. Par son accessibilité et sa polyvalence, il contribue pleinement à l’efficacité et à l’adaptation des forces[4].
Jeux de guerre 2026 : ce que teste l'armée française
- Premier salon « Wargaming à Paris » organisé les 23 et 24 juin à l'École militaire par l'Academ et le CICDE
- Depuis 2022, la France promeut le jeu de guerre au sein de l'OTAN et dispose d'un bureau dédié au sein du Commandement du combat futur
- L'armée travaille sur des scénarios prospectifs à horizon 2040 : soldats augmentés, missiles hypersoniques, conflit dans l'espace, maîtrise du quantique
- L'opération Orient en 2024 a simulé l'invasion d'un pays fictif par un adversaire, sur un scénario rappelant les pays baltes
- Le CCF a commandé une étude sur la notion de victoire en 2040 et sur la protection des intérêts vitaux de la France
- L'armée de Terre renforce en 2026 son artillerie et ses capacités logistiques pour des engagements de grande ampleur et de longue durée
Sources
4 sources · 11 faits vérifiés

