Cinq responsables politiques et syndicaux demandent à Emmanuel Macron d’organiser une table ronde dès la semaine prochaine pour débloquer la reprise de Fibre Excellence.
L’appel est venu ce vendredi. Les présidents des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, Carole Delga et Renaud Muselier, ainsi que les secrétaires généraux de la CGT Sophie Binet, de la CFDT Marylise Léon et de FO Frédéric Souillot, ont adressé un courrier à l’Élysée. Ils réclament qu’Emmanuel Macron organise dès la semaine prochaine une table ronde pour lever les dernières clauses suspensives qui bloquent la reprise du papetier Fibre Excellence par Matthieu Pigasse.
Le tribunal de commerce de Toulouse a reporté au 27 juillet l’examen de l’offre déposée par le financier pour les deux usines de Saint-Gaudens en Haute-Garonne et de Tarascon dans les Bouches-du-Rhône. En redressement judiciaire, le groupe emploie 670 personnes directement. Les signataires parlent de 10 000 emplois menacés si l’on compte l’ensemble de la filière.
Trois leviers entre les mains de l’État
Les dernières clauses suspensives portent toutes sur des sujets où l’État peut agir directement[1]. Première demande : la réintégration de l’usine de Saint-Gaudens dans le système européen des quotas carbone. Le site en avait été sorti, ce qui pénalise aujourd’hui sa compétitivité face aux concurrents qui bénéficient de ce dispositif pour valoriser leurs efforts de réduction d’émissions.
Deuxième point : la valorisation de l’électricité produite par les deux usines. Fibre Excellence génère de l’énergie à partir de biomasse, mais les conditions de rachat de cette électricité ne permettent pas au groupe de rentabiliser cette production.
Troisième blocage, et non le moindre : la sécurisation de l’approvisionnement en bois. Le cours de la matière première a grimpé, mettant les finances du papetier sous tension. Matthieu Pigasse demande à l’Office national des forêts de garantir 10 % de l’approvisionnement. Sans cet engagement, l’équilibre financier du plan de reprise vacille.
| Point de blocage | Demande au gouvernement |
|---|---|
| Quotas carbone | Réintégration de Saint-Gaudens dans le système européen |
| Électricité biomasse | Revalorisation du rachat de l’énergie produite |
| Approvisionnement bois | Garantie ONF pour 10 % des volumes |
Source : La Dépêche du Midi
« Un test majeur de la politique de réindustrialisation »
Dans leur courrier commun, les cinq signataires écrivent que le dossier Fibre Excellence constitue un « test majeur de la politique de réindustrialisation française »[2]. Ils rappellent que toutes les conditions posées par le gouvernement ont été remplies : un investisseur français de premier plan s’est engagé, un plan d’affaires jugé crédible a été construit, les régions injectent des fonds publics, les syndicats soutiennent le projet.
« Toutes les parties prenantes ont pris leurs responsabilités. Les dernières décisions permettant la réussite du projet relèvent désormais principalement de la puissance publique »[3], insistent-ils. Le ton est ferme. L’appel à Macron intervient après plusieurs semaines de réunions avec le ministère de l’Industrie et Matignon, qui n’ont pas permis d’obtenir les engagements financiers ou réglementaires attendus.
Matthieu Pigasse, membre du conseil de surveillance du groupe Le Monde, porte ce projet via sa structure Combat Holding. L’offre a été déposée jeudi 2 juillet, juste avant la clôture fixée à minuit. Elle avait été précédée d’une course contre la montre de plusieurs jours, marquée par une visioconférence le 1er juillet avec le ministère de l’Industrie qui n’avait débouché sur rien de concret.
Fibre Excellence : pourquoi l'État détient les clés
Les régions et les syndicats disent avoir des solutions
Les signataires affirment que des solutions crédibles ont été évoquées avec les conseillers de l’Élysée lors d’échanges préalables. Ils demandent maintenant une table ronde formelle, sous l’autorité du président de la République, pour formaliser ces pistes. « Nous voulons croire que l’État prendra pleinement les siennes, en corrigeant les déséquilibres qu’il a lui-même créés », écrivent-ils.
Carole Delga avait déjà durci le ton après le report de lundi. « J’attends désormais que l’État s’engage davantage à nos côtés, y compris financièrement »[4], avait-elle déclaré. La présidente de Région Occitanie rappelle que le gouvernement avait promis 5 millions d’euros au plan de financement, une somme jugée insuffisante pour conforter l’ensemble de l’édifice. Les deux usines sont à l’arrêt depuis plusieurs semaines.
Un précédent qui pèse pour l’industrie française
Le dossier Fibre Excellence ne concerne pas que deux usines. Il porte aussi sur la capacité de l’État à tenir ses engagements de réindustrialisation face à des secteurs stratégiques fragilisés. Le papetier produit de la pâte à papier à partir de bois français, un débouché essentiel pour la filière forestière nationale.
La décision du tribunal de commerce est attendue le 27 juillet. D’ici là, les signataires misent sur une intervention présidentielle pour débloquer les trois clauses suspensives. Sans cela, l’offre Pigasse risque de ne pas être jugée assez solide pour emporter la décision du tribunal. Les salariés de Saint-Gaudens et de Tarascon, eux, attendent depuis des mois.
Fibre Excellence : pourquoi l’État détient les clés
Quotas carbone retirés
L’usine de Saint-Gaudens a été sortie du système européen de quotas carbone. Cette exclusion la prive d’un levier de valorisation de ses efforts environnementaux et dégrade sa compétitivité face aux concurrents.
Électricité non valorisée
Les deux sites produisent de l’électricité à partir de biomasse, mais les conditions de rachat ne permettent pas au groupe de rentabiliser cette production. Une revalorisation est demandée pour équilibrer le modèle économique.
Approvisionnement bois fragilisé
La hausse du cours du bois a mis Fibre Excellence en difficulté. Matthieu Pigasse demande à l’Office national des forêts de garantir 10 % des volumes nécessaires, condition jugée indispensable pour sécuriser la trésorerie.
670 emplois directs menacés
Les deux usines de Saint-Gaudens et Tarascon emploient 670 salariés. En comptant les sous-traitants et la filière forestière, les signataires estiment à 10 000 le nombre d’emplois en jeu si la reprise échoue.
Échéance fixée au 27 juillet
Le tribunal de commerce de Toulouse a reporté l’examen de l’offre au 27 juillet. C’est le dernier délai pour lever les clauses suspensives et obtenir l’engagement de l’État sur les trois points bloquants.
Fibre Excellence, l’offre Pigasse en chiffres
- Matthieu Pigasse porte l’offre de reprise via Combat Holding
- Deux usines concernées : Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône)
- 670 emplois directs, jusqu’à 10 000 emplois indirects dans la filière
- Trois clauses suspensives à lever : quotas carbone, valorisation électricité biomasse, approvisionnement bois
- Le tribunal de commerce de Toulouse statue le 27 juillet
- Cinq signataires : Carole Delga, Renaud Muselier, Sophie Binet, Marylise Léon, Frédéric Souillot
Fibre Excellence : les enjeux de la table ronde demandée à Macron
- Matthieu Pigasse porte l'offre de reprise via Combat Holding
- Deux usines concernées : Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône)
- 670 emplois directs, jusqu'à 10 000 emplois indirects dans la filière
- Trois clauses suspensives à lever : quotas carbone, valorisation électricité biomasse, approvisionnement bois
- Le tribunal de commerce de Toulouse statue le 27 juillet
- Cinq signataires : Carole Delga, Renaud Muselier, Sophie Binet, Marylise Léon, Frédéric Souillot
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés
