Un an après sa reprise par Europlasma, la Fonderie de Bretagne demande son placement en redressement judiciaire : l’usine est en cessation de paiement et les salaires de fin juin restent incertains.
Le 30 juin 2026, un comité économique extraordinaire acte ce que les représentants du personnel dénonçaient depuis des mois. L’ex-fonderie automobile de Caudan, dans le Morbihan, replonge dans la crise, quatorze mois seulement après avoir été sauvée de la liquidation par le groupe landais. Les 284 salariés attendent de savoir si leur paie tombera en fin de semaine. Franck Carpentier, l’avocat du CSE, résume l’urgence : « L’enjeu, c’est de savoir si les salaires vont bien être payés. »
La confiance est rompue. Les représentants du personnel demandent que Jérôme Garnache, le dirigeant d’Europlasma, soit dessaisi de ses pouvoirs. Ils veulent sauver l’usine, mais avec un nouveau repreneur. Les promesses de mai 2025 (relance de la production, diversification dans l’armement) n’ont pas été tenues.
Production stoppée depuis novembre 2025
Maël Le Goff, délégué CGT, dresse un tableau sans appel[2]. La production est arrêtée depuis le 27 novembre 2025. Un incendie s’est déclaré sur un four dans la nuit du 19 au 20 janvier 2026, juste après la reprise par Europlasma. Depuis, la remise en marche de la production a été repoussée plusieurs fois. Selon la CGT, l’outil industriel est quasiment à l’arrêt : une seule journée de moulage réalisée depuis le début de l’année.
Le projet de fabrication d’obus, présenté comme le pilier du sauvetage, reste lettre morte. Europlasma promettait 250 000 obus en 2025, puis 700 000 en 2026. Résultat : aucune commande ferme connue, aucun obus produit. L’investissement initial de 7,5 millions d’euros annoncé n’a été réalisé qu’à hauteur de 4,5 millions.
35,6 millions d’euros de pertes pour Europlasma
Le groupe Europlasma a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025[4], plus de deux fois supérieure à celle de l’exercice précédent. Ces chiffres illustrent l’échec de la stratégie industrielle mise en avant lors de la reprise. Aujourd’hui, Europlasma annonce son intention de céder son pôle Défense à un nouveau repreneur, mais les salariés n’ont reçu aucun élément concret sur l’identité de ce candidat ni sur le calendrier.
La situation sociale se dégrade rapidement. La CGT évoque une montée des risques psychosociaux et une inquiétude permanente quant à l’avenir professionnel des salariés. Le 26 juin, le syndicat dénonçait publiquement : « Malgré les alertes successives, nous n’avons jamais été pris au sérieux, pourtant les faits sont là[3]. »
| Date | Événement |
|---|---|
| Mai 2025 | Reprise par Europlasma |
| 19-20 janvier 2026 | Incendie sur un four, arrêt de la production |
| 27 novembre 2025 | Production stoppée |
| 26 juin 2026 | Annonce de la demande de redressement judiciaire |
| 30 juin 2026 | Comité économique extraordinaire |
Source : La Vie Ouvrière
Pourquoi Europlasma n'a pas tenu ses promesses
L’État, acteur silencieux d’un sauvetage raté
Le 18 juin 2026, la députée LFI Aurélie Trouvé s’est rendue à Caudan à l’invitation des représentants du personnel[2]. Devant les salariés, elle a rappelé que les millions d’euros d’argent public mobilisés pour soutenir la reprise du site imposaient de rendre des comptes. Elle a appelé à une transparence totale sur les discussions en cours autour d’une éventuelle cession et estimé que l’État ne pouvait rester spectateur.
« Les salariés ne doivent pas devenir les victimes d’une stratégie financière qui ferait passer les intérêts des actionnaires avant ceux de l’emploi, de l’industrie et des territoires », a-t-elle assuré. Trois jours plus tôt, un rapport parlementaire avait déjà pointé les défaillances de la reprise par Europlasma. Maël Le Goff a salué les résultats de cette commission parlementaire, mais regrette que les alertes n’aient pas été prises en compte plus tôt.
Un comité de suivi sous tension
Le 20 février 2026, un comité de suivi de la Fonderie de Bretagne s’était tenu à Lorient[1]. Élus locaux et nationaux, aux côtés de la CGT, avaient déjà exprimé leurs inquiétudes face à Jérôme Garnache. Le dirigeant d’Europlasma n’avait alors pas dissipé les doutes. Qualifié de « pas bon communicant » par certains participants, il n’avait fourni aucune garantie solide sur la relance de la production ni sur les commandes d’obus.
Aujourd’hui, les salariés et leurs représentants demandent « la protection de l’État ». Ils souhaitent éviter une liquidation judiciaire et plaident pour un nouveau repreneur capable de redresser l’outil industriel. Mais le temps presse : la cessation de paiement est actée, et l’incertitude pèse sur chaque journée qui passe.
L’avenir de la Fonderie de Bretagne se joue dans les prochaines semaines. Le tribunal de commerce devra décider d’une procédure de redressement ou, au pire, d’une liquidation. Pour les 284 salariés de Caudan, la priorité reste la même : sauver l’usine, mais sans Europlasma.
Fonderie de Bretagne : les dates clés de la crise
- La Fonderie de Bretagne demande son redressement judiciaire le 30 juin 2026, 14 mois après sa reprise par Europlasma
- Aucun obus n'a été produit depuis la reprise, malgré des promesses de 250 000 unités en 2025 et 700 000 en 2026
- Europlasma a enregistré une perte nette de 35,6 millions d'euros en 2025, plus du double de l'année précédente
- La production est à l'arrêt depuis le 27 novembre 2025 et un incendie sur un four a aggravé la situation en janvier 2026
- Les 284 salariés attendent de savoir si leurs salaires de fin juin seront versés
- Le CSE demande que Jérôme Garnache, dirigeant d'Europlasma, soit dessaisi de ses pouvoirs
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
