Depuis quelques jours, une information circule dans les mairies, les associations et les écoles bilingues d’Alsace : la Région Grand Est envisagerait de couper les vivres à l’Office public de la langue régionale d’Alsace. 260 000 euros par an, retirés d’un coup. C’est la Collectivité européenne d’Alsace, département du Bas-Rhin, qui a rendu l’affaire publique à la fin du mois de juin. Et depuis, c’est la consternation.
L’OPLA, tout le monde le connaît ici. C’est l’organisme qui accompagne les communes dans leurs projets de signalétique bilingue, qui forme les animateurs, qui soutient les assos qui transmettent l’alsacien aux enfants. Sans lui, chacun se débrouille dans son coin, et tout ce qui tient encore la langue debout risque de s’effilocher.
Ce n’est pas la première fois que la Région réduit son engagement. Déjà, sur le terrain du bilinguisme scolaire, la participation régionale à la convention quadripartite a été divisée par deux ces derniers mois : elle est passée de 1 million à 500 000 euros. Le schéma est toujours le même, selon la Collectivité d’Alsace : on signe un engagement, puis on coupe le budget sans prévenir, unilatéralement. Les Alsaciens, eux, se retrouvent face au fait accompli.
Un organisme central pour l’identité alsacienne
L’OPLA a été créé pour coordonner tout ce qui relève de la langue régionale[1]. Ce n’est pas un bureau qui fait des études théoriques : c’est un outil de terrain, qui travaille avec les communes, les écoles, les artistes, les associations familiales, les acteurs transfrontaliers. La langue alsacienne, c’est tout un tissu vivant, qui relie les générations, qui donne une épaisseur culturelle aux territoires rhénans, qui permet de dialoguer avec les voisins allemands et suisses.
Retirer 260 000 euros, c’est fragiliser toute cette chaîne. Sans financement stable, comment accompagner les communes qui veulent poser de la signalétique bilingue ? Comment former les gens qui veulent transmettre l’alsacien aux enfants dans les centres de loisirs ou les crèches ? Comment soutenir les artistes qui créent en dialecte ? La logique de l’OPLA, c’est la continuité, le temps long. Une langue ne se relance pas à coups de dossiers ponctuels : elle a besoin d’un engagement constant, année après année.
D’autres régions assument leur langue régionale
La Collectivité d’Alsace rappelle que d’autres régions françaises, ailleurs, n’ont pas ce réflexe de retrait. La Région Bretagne finance l’Office public de la langue bretonne. La Région Nouvelle-Aquitaine abonde le budget de l’Office public de la langue basque. Il y a des modèles qui fonctionnent, et qui montrent qu’une région peut assumer pleinement son identité linguistique sans que cela fasse débat. Que le Grand Est se désengage apparaît d’autant plus incohérent au regard de ces exemples.
Une contradiction avec les discours de Franck Leroy
Dans son communiqué, la Collectivité européenne d’Alsace interpelle directement Franck Leroy, président de la Région Grand Est. Elle lui rappelle ses propres mots, prononcés en novembre 2023 : le Grand Est, affirmait-il alors, n’avait pas été construit « pour briser les identités ». Confirmer le retrait du financement de l’OPLA reviendrait, selon la Collectivité, à contredire frontalement cet engagement public. Les mots ne suffisent pas, il faut des actes. Et retirer 260 000 euros à l’office de la langue alsacienne, c’est un acte qui dit le contraire de ce qui a été promis.
Aujourd’hui, les Alsaciens attendent de voir si la Région confirmera ou non cette décision. L’affaire n’est pas close : la suite dépend de choix politiques qui se feront dans les prochaines semaines. Mais une chose est sûre : la langue alsacienne, elle, ne peut pas attendre indéfiniment que les institutions se décident à la soutenir.
Sources
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