Devant les locaux de la Caisse de Sécurité sociale de Mayotte, à Mamoudzou, les banderoles n’ont pas bougé. Pour le deuxième jour consécutif, les agents de la CSSM restent mobilisés, portés par FO et la CFDT. Leur message : tant qu’aucune réponse concrète ne viendra, la grève durera.
Les discussions engagées avec la direction n’ont, pour l’heure, débouché sur rien. Une nouvelle séance était prévue dans l’après-midi du 28 juillet, mais les syndicats ne se faisaient guère d’illusions. « Pour le moment, on est là, on maintient parce qu’on n’a pas été entendus. Les discussions ont brièvement commencé, mais elles n’ont pas vraiment donné de conclusions. On nous a promis une discussion cet après-midi, on verra », expliquait Arkaddine Abdoul-Wassion, secrétaire général de l’Union départementale Force ouvrière de Mayotte.
Derrière le piquet, une colère qui dépasse largement le simple calendrier d’une journée d’action.
Un licenciement contesté, le cœur du conflit
Le déclencheur, c’est le renvoi d’un salarié. Un licenciement que FO et la CFDT jugent injustifié[1]. « Le sujet majeur, c’est le licenciement d’un salarié. Quand on regarde vraiment le dossier, on ne voit rien qui justifie un licenciement de cette manière », affirme Arkaddine Abdoul-Wassion. Selon le syndicat, les faits reprochés (du travail dissimulé présumé) ne seraient pas établis. L’enquête serait toujours en cours, et les entreprises évoquées dans le dossier ne seraient même pas enregistrées au nom de l’intéressé.
Pour les grévistes, ce cas cristallise un malaise plus large : un manque de dialogue, des décisions prises de manière unilatérale, un management qui laisse peu de place à l’écoute. « Pour le moment, il y a surtout un mépris de la part de la direction, qui ne veut pas vraiment discuter mais qui essaye d’imposer ses décisions. Ce n’est pas comme cela que fonctionne le dialogue social : il faut être au moins deux pour discuter », regrette le responsable syndical.
Les retenues de salaire après Chido relancent la défiance
Mais le dossier ne s’arrête pas au licenciement. Les syndicats pointent aussi des retenues sur salaire intervenues après le passage du cyclone Chido, un épisode encore vif dans les mémoires locales. Des négociations ont eu lieu, concèdent-ils, mais « il y a eu du forcing ». Ce point, comme d’autres, devra être remis sur la table lors des discussions.
Et le mal-être ne concerne pas qu’un agent. « Il y a des problèmes de management, un mal-être chez les salariés », résume Force ouvrière.
Quatre revendications au long cours
Au-delà de ce cas individuel, FO et la CFDT portent un cahier plus large. Elles réclament l’alignement de l’indexation des salaires sur celle appliquée à la CGSS de La Réunion, soit une majoration DOM portée à 53 %[5]. Elles demandent aussi le renforcement des effectifs, avec une politique favorisant l’embauche de jeunes diplômés mahorais.
Troisième exigence : le retour à la CSSM des activités externalisées, et l’arrêt des nouvelles sous-traitances. Enfin, les syndicats veulent l’application généralisée du droit d’option en matière de retraite, un dispositif dont tous les agents locaux ne bénéficient pas encore.
Ils réclament également davantage de transparence dans les procédures de recrutement et de promotion, et une meilleure association du comité social et économique aux décisions stratégiques. « Tous ces sujets devront être mis sur la table lors des discussions », insiste Arkaddine Abdoul-Wassion.
La pression maintenue
En attendant, le mouvement continue. FO et la CFDT l’ont annoncé dès le dépôt du préavis de grève illimitée, qui couvre tous les salariés depuis le 26 juillet à minuit : tant qu’elles n’obtiendront pas de réponses satisfaisantes, elles ne lâcheront rien. Ce mardi 28 juillet, après deux jours de mobilisation, aucune issue n’était en vue. Les syndicats restaient devant les locaux de Mamoudzou, déterminés, vigilants, et de moins en moins patients.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

