Le 8 juillet 2026, un incendie de forêt a pénétré dans l’usine KNDS de La Chapelle-Saint-Ursin, site Seveso où sont fabriquées des munitions d’artillerie. Les pompiers ont écarté l’explosion à vingt minutes près.
Mercredi 8 juillet, en pleine canicule, un feu de chaume se déclare à Morthomiers, à une dizaine de kilomètres de Bourges. Les vents atteignent 40 km/h, changeants. Les flammes franchissent deux départementales, gagnent un massif boisé. En fin d’après-midi, elles atteignent le site industriel KNDS de La Chapelle-Saint-Ursin : 170 hectares, classement Seveso seuil haut, production de munitions d’artillerie du calibre 20 mm au 155 mm, notamment pour les canons Caesar.
Chez l’industriel, l’alerte tombe dès l’apparition du panache de fumée de l’autre côté de la route. La cellule de crise interne se met en place, en liaison radio permanente avec les pompiers industriels : dix-sept agents volontaires, formés en continu, disponibles 24 h/24. Ils arrivent sur place en huit minutes. Leur mission : reconnaissance, compte rendu à la cellule de crise. Sous la direction du chef de groupe du SDIS, l’équipe interne participe d’abord à l’extinction du feu de chaume. Puis le vent tourne. Vers 17h30, l’incendie pénètre sur le site.
Évacuation en quinze minutes, cent vingt-sept salariés recensés
Le plan d’opération interne (POI) est déclenché, sirènes actionnées. Les cent vingt-sept salariés présents sont évacués et recensés en quinze minutes. Côté préfecture, le dispositif Seveso seuil haut s’enclenche « en mode réflexe » : plan particulier d’intervention (PPI) à l’extérieur, POI à l’intérieur. Le maire de Morthomiers fait évacuer, avant même que le feu n’atteigne KNDS, la centaine d’habitants les plus proches du site. Ils sont mis à l’abri dans les locaux de la mairie. Le reste de la population est confiné.
Une fois le feu entré sur le site, l’enjeu devient d’écarter tout risque d’explosion. Le principal bâtiment sensible : un dépôt de munitions situé à environ quatre cents mètres du point d’entrée du feu. Il est identifié comme priorité absolue. La capitaine Candice S., ingénieur expertise sécurité pyrotechnique et responsable de la caserne des pompiers industriels, décide de déployer les rideaux d’eau « queue de paon » : trois rideaux de vingt-cinq mètres de long, en protection défensive du bâtiment, avant même que les équipes ne partent au contact du front de flammes pour une action offensive[1].
Vingt minutes de marge avant le dépôt sensible
Fait rare : les pompiers industriels ne se retirent pas à l’arrivée du SDIS. Ils combattent le feu à leurs côtés jusqu’à 22h30. Vers 20 heures, deux hélicoptères bombardiers d’eau arrivent en renfort. Ils réalisent dix-huit largages. « Ils ont pu, en appui massif des pompiers, casser et fixer le feu », souligne le préfet Philippe Le Moing Surzur. La marge avant que les flammes n’atteignent le bâtiment sensible : vingt minutes.
Au final, cent vingt hectares ont brûlé[2]dont une centaine de forêt, en partie sur l’emprise du site industriel. La production de nuit a été suspendue environ douze heures. Reprise normale dès le lendemain. « Douze heures d’arrêt de production, ça ne met pas en péril le chiffre d’affaires », précise Carine F., responsable de la prévention des risques chez KNDS.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Surface totale brûlée | 120 hectares |
| Dont forêt | 100 hectares |
| Dont terres agricoles | 20 hectares |
| Sapeurs-pompiers mobilisés | 125 |
| Hélicoptères bombardiers d’eau | 2 |
| Largages effectués | 18 |
| Salariés évacués | 127 |
| Durée d’arrêt de production | 12 heures |
Source : TF1 Info
Pourquoi la protection des sites Seveso face aux incendies inquiète
Un dispositif de planification qui a fonctionné
Le préfet du Cher résume : « Les outils de planification prévus ont parfaitement fonctionné. » Le dispositif de protection des sites Seveso seuil haut repose sur deux plans imbriqués : le POI, géré par l’industriel à l’intérieur du périmètre, et le PPI, orchestré par la préfecture à l’extérieur. Dans ce cas précis, la coordination entre KNDS, le SDIS et les autorités locales a permis d’éviter l’explosion. Le dépôt de munitions n’a pas été atteint.
KNDS se présente comme « un leader paneuropéen dans le domaine de la défense terrestre », rassemblant plus de onze mille collaborateurs, avec un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros et un carnet de commandes de 13,5 milliards d’euros en 2025[3]. Le site de La Chapelle-Saint-Ursin produit notamment les obus de 155 mm destinés aux canons Caesar, utilisés par l’armée française et plusieurs pays clients à l’export.
Des conditions météo exceptionnelles

Philippe Le Moing Surzur insiste sur le contexte : « On était avec des vents relativement forts et une sécheresse extrêmement forte. » Les vents jusqu’à 40 km/h, conjugués à la canicule, ont propulsé le feu de chaume initial sur plusieurs kilomètres en quelques heures. Le franchissement de deux routes départementales témoigne de la violence de la propagation. L’incendie n’a pas été maîtrisé avant la nuit, même si le risque d’explosion a été écarté en début de soirée.
Carine F., responsable de la prévention des risques chez KNDS, détaille l’organisation interne : « Nous avons été avertis d’un feu à l’extérieur du site. » La cellule de crise s’active immédiatement. Les pompiers industriels, dix-sept agents volontaires disponibles en permanence, sont formés tout au long de l’année pour ce type de scénario. Leur réactivité a été déterminante : huit minutes entre l’alerte et l’arrivée sur place.
L’incident relance la question de la protection des sites Seveso
L’incendie du 8 juillet remet sur la table la question de la protection des sites Seveso face aux risques naturels amplifiés par le changement climatique. Les sécheresses extrêmes et les vagues de chaleur se multiplient. Les zones boisées autour des sites industriels sensibles constituent des vecteurs de propagation rapides en cas de départ de feu. La marge de vingt minutes avant que les flammes n’atteignent le dépôt de munitions illustre l’étroitesse de la fenêtre d’intervention.
Le cas de La Chapelle-Saint-Ursin n’est pas isolé. Les incendies de forêt touchent désormais des zones du centre de la France traditionnellement épargnées. La combinaison vents violents, sécheresse prolongée et proximité de sites industriels classés crée de nouveaux points de vulnérabilité. Les dispositifs de planification, aussi rodés soient-ils, se heurtent à des conditions météo de plus en plus extrêmes.
La reprise de la production en douze heures témoigne de la résilience du site. Mais l’épisode pose une question stratégique : comment sécuriser les sites de production de munitions, dans un contexte où la demande européenne explose depuis la guerre en Ukraine, face à des risques climatiques qui s’intensifient ? Le carnet de commandes de KNDS, à 13,5 milliards d’euros, reflète la tension sur les capacités de production d’armement. Toute interruption prolongée, même de quelques jours, aurait des répercussions sur les livraisons en cours.
Incendie KNDS La Chapelle-Saint-Ursin : chiffres et déroulé
- Le 8 juillet 2026, un feu de forêt pénètre dans le site KNDS de La Chapelle-Saint-Ursin (Cher), classé Seveso seuil haut
- Les pompiers industriels protègent le dépôt de munitions par trois rideaux d'eau de 25 m, le feu est stoppé à 20 minutes de ce bâtiment sensible
- 127 salariés évacués en 15 minutes, 127 sapeurs-pompiers mobilisés, 2 hélicoptères bombardiers d'eau réalisent 18 largages
- 120 hectares brûlés, production suspendue 12 heures, reprise normale le lendemain
- Le préfet salue un dispositif de planification qui a « parfaitement fonctionné » pour éviter l'explosion
- L'incident relance la question de la vulnérabilité des sites Seveso face aux incendies amplifiés par le changement climatique
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

