La Gironde suffoque. Depuis mercredi, deux incendies d’une violence inédite ravagent le département et les Landes voisines. Ce vendredi 24 juillet au matin, 140 000 personnes ont déjà quitté leur domicile, évacuées à titre préventif face à des flammes qu’aucun dispositif ne parvient à freiner. Sur la presqu’île du Cap-Ferret, l’ordre d’évacuation totale est tombé vers une heure du matin, après que le feu a franchi la ligne de défense mise en place par les pompiers. Les habitants et les touristes ont fui par la route, engorgée pendant des heures, et par bateau depuis les jetées d’Arcachon.
À Andernos, autre commune du bassin, c’est la même scène : des colonnes de voitures, des familles chargées de bagages, des enfants qui ne comprennent pas pourquoi on abandonne la maison. « On nous a dit : il faut évacuer. On a vu des colonnes de fumée, comme un volcan qui allait exploser », raconte Frédéric Tavitian, 70 ans, réfugié au parc des expositions de Bordeaux avec 5 000 à 6 000 autres personnes. Des lits de camp, des tapis de sol, un silence abattu.
Les chiffres donnent le vertige. En Gironde, le feu a déjà parcouru 8 700 hectares. Dans les Landes, 2 500 hectares partis en fumée. Plus de 40 000 personnes évacuées dans chacun des deux départements. Et ce vendredi soir, la préfète de Gironde a annoncé l’évacuation préventive de sept communes supplémentaires, soit 70 000 habitants de plus, alors que l’incendie progresse vers la métropole bordelaise. « Une ampleur inédite », dit-elle simplement.
Un feu qui crée son propre vent
Les pompiers girondins, joints par l’Agence France-Presse, parlent d’un phénomène qu’ils n’avaient jamais vu à cette échelle : un pyrocumulonimbus[1]. Le feu crée son propre vent, génère des tourbillons, devient erratique, impossible à anticiper. « Ingérable », résume l’un d’eux. Les 800 sapeurs déployés sur le terrain ne peuvent que contenir, ralentir, protéger. Éteindre semble hors de portée.
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Face à cette situation « sous très forte tension », Emmanuel Macron a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne. Des renforts européens sont attendus dans les prochaines heures : avions bombardiers d’eau, équipes au sol, matériel spécialisé. La France n’est pas seule touchée, et ses moyens ne suffisent plus.
Madrid sous le même brasier
En Espagne, la situation est tout aussi dramatique. Le gouvernement a décrété ce vendredi « l’état d’urgence d’intérêt national » dans la région de Madrid et la province d’Ávila, confiant la gestion de la crise à l’Unité militaire d’urgence. C’est seulement la deuxième fois dans l’histoire du pays qu’un tel niveau d’urgence est activé, après la panne électrique nationale de 2025[2].
Quatre feux actifs brûlent simultanément aux portes de la capitale espagnole, dans trois communautés autonomes différentes. Deux d’entre eux ont fusionné vendredi, formant un brasier géant de 25 000 hectares. Un troisième menace de les rejoindre. Au total, 75 000 personnes ont été déplacées dans la région de Madrid, Castille-et-León et Valence. En soirée, huit nouvelles communes de la province de Tolède ont reçu l’ordre d’évacuation.
« La chaleur extrême qui frappe le sud de l’Europe » a contraint environ 300 000 personnes à fuir les incendies en France et en Espagne, rapporte The Guardian[3]. Les centres d’accueil ne désemplissent pas. À Bordeaux, le parc des expositions a été transformé en refuge. Les réfugiés du feu affluent, désorientés, sans savoir quand ils pourront rentrer.
Pendant ce temps, les États-Unis imposent de nouveaux droits de douane
L’actualité internationale ne s’arrête pas aux flammes. Ce vendredi, une soixantaine d’économies se retrouvent visées par de nouveaux droits de douane américains, au moment où les surtaxes temporaires imposées en février par Donald Trump arrivent à échéance. À partir de minuit, des droits de 10 % ou 12,5 % s’appliquent à un certain nombre de produits entrant aux États-Unis, prenant le relais des tarifs précédents. Après le Canada et le Brésil, c’est une vague bien plus large qui est touchée.
L’avenir du procureur de la CPI en jeu
Autre dossier sous tension ce vendredi soir : les États membres de la Cour pénale internationale voteront pour déterminer si Karim Khan, procureur général depuis 2021, doit être démis de ses fonctions. Suspendu depuis juin à la suite d’allégations d’agressions sexuelles formulées par deux anciennes subalternes, cet ancien avocat britannique a déjà été jugé coupable d’une conduite « gravement fautive » par le bureau de l’Assemblée des États parties. Son sort réside désormais entre les mains des 125 membres de la Cour, dans un moment éminemment politique qui risque d’ébranler un peu plus la confiance en cette institution.
Le Tour de France arrive à l’Alpe d’Huez
Enfin, pour ceux qui cherchent une échappée hors de l’urgence, le Tour de France atteint ce vendredi l’Alpe d’Huez, station mythique où deux arrivées consécutives sont prévues. Après dix-huit étapes hautes en rebondissements, le maillot jaune slovène Tadej Pogacar va sans doute vouloir asseoir encore un peu plus sa domination. À moins qu’Evenepoel ou Seixas ne trouvent des ressources inespérées après trois semaines de course.
Mais pour les milliers de Girondins et de Landais réfugiés loin de chez eux, le sommet à gravir est ailleurs. Il porte un nom simple : rentrer.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

