La France consacre 2,18 % de son PIB à la défense en 2026, contre 4,3 % pour la Pologne et 7,1 % pour la Russie. Un écart qui reflète trente ans de désarmement budgétaire.
François Lenglet a posé la question au 20 Heures de TF1 : les efforts budgétaires récents suffisent-ils pour garantir la sécurité de la France face au retour de la menace en Europe ? Sa réponse est nette. Non. Le budget de la défense a doublé en dix ans sous Emmanuel Macron, mais cet effort reste modeste au regard de l’histoire française et des investissements des partenaires européens.
En 1953, l’armée française disposait d’un budget équivalent à 225 milliards d’euros actuels, contre 50 milliards dépensés en 2025, hors retraites des militaires. Soit un écart d’un facteur quatre. L’explication tient en deux mots : Indochine, Algérie. La France menait alors deux guerres coloniales qui mobilisaient la moitié de son budget. Elle construisait dans le même temps sa dissuasion nucléaire, patrimoine stratégique dont le pays profite encore.
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Le tournant s’amorce au début des années 1970. L’armée cesse d’absorber une part croissante de la richesse nationale. La détente entre Washington et Moscou, puis surtout la chute du mur de Berlin en 1989, font disparaître la menace soviétique et redessinent les priorités budgétaires. L’argent libéré est réorienté vers le modèle social français : protection sociale, retraites, réduction du temps de travail. Des priorités de temps de paix.
Le décrochage se mesure en chiffres. La part des dépenses militaires dans le PIB est passée de 7,6 % en 1953 à 1,85 % en 2013, avant de se stabiliser autour de 2 %[5]. En volume, à valeur de monnaie constante, les crédits de défense n’ont progressé que d’un peu moins de 10 % entre 1986 et 2021, tandis que le coût des équipements augmentait beaucoup plus vite en raison de leur sophistication technologique croissante.
Ce déséquilibre a conduit à une réduction marquée du format des armées. Entre 1991 et 2021, le nombre de chars de combat est passé de 1 349 à 222, celui des avions de chasse de 686 à 254, et celui des grands bâtiments de surface de 41 à 19. Ce mouvement traduit la tension entre ressources budgétaires contraintes et exigences capacitaires toujours plus élevées.
L’Europe du Nord passe à la vitesse supérieure

Les dangers reviennent. La guerre en Ukraine dure, la Russie menace les frontières orientales de l’OTAN, et les États-Unis affichent moins d’empressement à jouer les garants de la sécurité européenne. Washington demande désormais à ses alliés d’assumer davantage leur défense. Donald Trump a même réclamé cette année que les membres de l’Alliance consacrent 5 % de leur PIB à leurs armées, un objectif hors de portée pour Paris.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Tous les pays d’Europe du Nord dépassent le seuil français. La Pologne consacre 4,3 % de sa richesse nationale à sa défense, soit 35 milliards de dollars en 2026[4]. Varsovie a fait le choix d’une montée en puissance rapide, portée par la proximité géographique avec l’Ukraine et la crainte d’une extension du conflit. Les Baltes, la Roumanie, la Finlande suivent la même logique. La Lituanie atteint 4 % du PIB, la Lettonie 3,74 %, l’Estonie 3,42 %, la Norvège 3,2 %. Ces cinq pays devancent même les États-Unis en la matière (3,19 %).
Le ministre polonais des Finances a annoncé en 2026 que son pays consacrerait 200 milliards de zlotys (46,87 milliards d’euros) à la défense, soit plus de 4,8 % du PIB prévu pour l’année[2]. Cette année, l’effort s’était élevé à 4,7 % de son produit intérieur brut. Craignant la menace russe, Varsovie s’est lancée depuis plusieurs années dans un programme de modernisation rapide de son armée, avec des contrats d’achat d’armements, à coups de milliards de zlotys, principalement auprès des États-Unis et de la Corée du Sud.
| Pays | % du PIB |
|---|---|
| Pologne | 4,3 % |
| Lituanie | 4,0 % |
| Lettonie | 3,74 % |
| Estonie | 3,42 % |
| Norvège | 3,2 % |
| États-Unis | 3,19 % |
| Allemagne | 2,39 % |
| Royaume-Uni | 2,31 % |
| France | 2,05 % |
Source : Touteleurope.eu
Pourquoi la France décroche face à ses voisins
L’Allemagne, longtemps en retrait, accélère
L’Allemagne, longtemps en retrait, change de braquet. Berlin a décidé de porter ses dépenses de défense et de sécurité à 167,8 milliards d’euros en 2029, contre 66,8 milliards en 2024. Soit une hausse de 150 % en cinq ans. En 2026, le budget du ministère allemand de la Défense a été annoncé à 82,7 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 25,5 milliards prélevés sur le Fonds spécial de la Bundeswehr, institué en 2022. Au total, Berlin dépensera 108,2 milliards d’euros pour moderniser et renforcer ses forces armées.
La France, elle, prévoit d’atteindre 2,3 % du PIB en 2027 et 2,5 % à l’horizon 2030, grâce à une loi de programmation militaire (LPM) de 413 milliards d’euros pour la période 2024-2030, puis une révision en 2026 ajoutant 36 milliards à ce montant sur la période 2026-2030[1]. Par rapport à 2017, dernière année avant la remontée des budgets de défense, la hausse des dépenses militaires de la France atteindrait 40 % en 2027, en pourcentage du PIB (hors pensions), et 54 % en 2030.
Selon le Sénat français, en 2024, seul un pays (la Pologne) atteignait l’objectif de 3,5 % du PIB, tandis que neuf États n’atteignaient pas encore les 2 %, la France ne le respectant que de justesse[3]. Les capacités budgétaires et le consensus politique pour parvenir à cet effort varient fortement entre pays. Des divergences stratégiques persistent sur les menaces, le soutien à l’Ukraine et la position des États-Unis au sein de l’OTAN.
3,5 % du PIB en 2035 : l’objectif de l’Alliance

Ainsi que l’ont souligné successivement les deux derniers chefs d’état-major des armées, la France doit désormais faire face à des crises qui s’additionnent et non plus à des crises qui se succèdent. Il faut, en outre, se préparer à un éventuel choc stratégique d’ici à trois ou quatre ans. En réponse, les nations de l’OTAN ont décidé en juin 2025 de porter leur effort de défense de 2 % à 3,5 % du PIB d’ici à 2035. Ce relèvement historique de l’objectif est le reflet d’une tendance mondiale à la hausse des dépenses militaires.
Dans un environnement stratégique très dégradé, la France et ses alliés ont engagé, en 2025, une réévaluation de leurs doctrines et de leurs engagements stratégiques, y compris budgétaires. Deux événements ont marqué cette inflexion : d’une part, en France, la publication, en juillet 2025, d’une Revue nationale stratégique (RNS) actualisée, qui constate l’entrée dans une ère stratégique nouvelle, caractérisée par un risque accru de guerre de haute intensité sur le continent ; d’autre part, le sommet de l’OTAN de La Haye (juin 2025), au cours duquel les Alliés ont décidé de porter leur objectif de dépenses militaires de 2 % à 3,5 % du PIB d’ici 2035.
Avec 1 581 milliards de dollars, les dépenses militaires totales des pays de l’OTAN représentaient en 2025 55 % des dépenses militaires mondiales, dont environ 60 % dépensés par les États-Unis et 40 % par les autres pays de l’OTAN (Europe, Canada, Turquie). Selon le SIPRI, 9 des 32 pays membres de l’OTAN n’atteignaient toujours pas en 2025 le seuil requis de 2 % de dépenses militaires sur PIB, à savoir le Canada, la Turquie, l’Italie, la Tchéquie, le Portugal, la Slovénie, le Luxembourg et deux autres pays européens.
Budget de défense français 2026 : les chiffres à retenir
- La France consacre 2,18 % de son PIB à la défense en 2026, contre 4,3 % pour la Pologne et 7,1 % pour la Russie
- En 1953, l'armée française disposait d'un budget équivalent à 225 milliards d'euros actuels, contre 50 milliards en 2025
- La Pologne consacrera 200 milliards de zlotys (46,87 milliards d'euros) à la défense en 2026, soit 4,8 % de son PIB
- L'Allemagne prévoit de porter ses dépenses de défense à 167,8 milliards d'euros en 2029, contre 66,8 milliards en 2024
- Les pays de l'OTAN ont décidé en juin 2025 de porter leur effort de défense à 3,5 % du PIB d'ici 2035
- Entre 1991 et 2021, le nombre de chars de combat français est passé de 1 349 à 222, celui des avions de chasse de 686 à 254
Sources
5 sources · 5 faits vérifiés

