L’Agence régionale de santé de Mayotte tire la sonnette d’alarme. Les chiffres de l’étude Epimay, conduite en 2025 auprès de 1 000 ménages mahorais, montrent une augmentation préoccupante de la prévalence du VIH sur l’île. Le constat est double : le virus circule davantage, et une part importante de la population ignore son statut sérologique ou pense, à tort, ne pas être concernée. Mayotte reste le deuxième département français le plus touché, avec 80 à 100 nouvelles personnes séropositives détectées chaque année, pour 310 000 habitants.
À Mamoudzou, comme dans les autres communes de l’île, le dépistage reste faible. Pourtant, l’ARS le martèle : c’est l’outil le plus efficace. Un test précoce permet d’accéder rapidement au traitement, d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH et de réduire fortement le risque de transmission. Actuellement, 540 patients sont suivis au Centre hospitalier de Mayotte pour leur séropositivité, adressés pour l’annonce du diagnostic, la prise en charge et le suivi.
Face à cette situation, un Comité opérationnel de lutte contre le VIH, le COLVIHM, a été installé en 2026. Sa mission : faire le lien entre l’ensemble des acteurs engagés dans la lutte contre le virus, décloisonner les interventions et assurer un suivi partagé des actions de prévention, de dépistage et de prise en charge sur le territoire. Un outil de coordination indispensable dans un département où les obstacles à l’accès aux soins restent nombreux.
100 000 habitants sans couverture sociale
Car le tableau sanitaire mahorais ne se résume pas aux chiffres du VIH[1]. Mayotte est le seul département français où l’Aide Médicale d’État (AME), qui permet aux personnes en situation irrégulière d’accéder aux soins, n’existe pas. Le Défenseur des droits recommande son extension au territoire, mais pour l’heure, environ 100 000 habitants ne sont affiliés à aucune caisse de sécurité sociale et doivent payer leurs consultations de leur poche[4].
Cette réalité entraîne un renoncement aux soins massif. Selon une étude de l’ARS, 30 % des femmes étrangères sans titre de séjour renoncent aux soins, un taux particulièrement préoccupant dans le cadre de la lutte contre le VIH. Ces femmes, souvent isolées, sans ressources et sans droits, sont les premières victimes d’un système qui les exclut.
Le dépistage, seul rempart efficace
L’Agence régionale de santé insiste : le dépistage précoce reste le meilleur rempart. Il permet non seulement une prise en charge rapide, mais aussi de casser les chaînes de transmission. À Mayotte, plusieurs structures proposent le test, dans les centres de santé, les dispensaires et le CHM. Mais encore faut-il que les habitants franchissent la porte, sans crainte administrative ni financière.
Le COLVIHM aura pour tâche de renforcer la sensibilisation, de coordonner les campagnes et de lever les freins à l’accès au dépistage. Un combat plus que jamais d’actualité, comme le rappelait le Sidaction lors de sa collecte de mars dernier. Sur cette île de l’océan Indien, où la précarité côtoie l’absence de droits, la lutte contre le VIH est aussi une question de justice et de dignité.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

