Les pelleteuses qui s’attaquent à la place de Verdun de Luçay-le-Mâle n’ont pas remué que du gravier. Sous les pavés du village, à dix kilomètres de Valençay et quarante de Châteauroux, dix-sept sépultures médiévales viennent de ressurgir. Le réaménagement de la place, autour de l’église, a déclenché un diagnostic d’archéologie préventive mené par l’Inrap. Et ce diagnostic a parlé : le cimetière paroissial qui entourait l’église s’étendait bien plus loin qu’on ne le pensait.
Trois sarcophages en calcaire du haut Moyen Âge figurent parmi les vestiges les plus anciens. De forme trapézoïdale, comme on en fabriquait à cette époque, ils ont été en partie détruits, probablement lors d’aménagements récents de la place. Il ne subsiste aujourd’hui que le fond des cuves. Mais leur présence atteste d’une occupation funéraire très précoce, dès les premiers siècles du Moyen Âge.
Un cimetière actif du IXe au XIIIe siècle
Les autres tombes étudiées racontent l’évolution du site sur plusieurs siècles. La plus ancienne, datée par analyse au radiocarbone, remonte aux années 780-990. Elle se trouve à la limite orientale de la place de Verdun, signe que le cimetière occupait déjà un vaste espace autour de l’édifice religieux dès le IXe ou Xe siècle. La plus récente des sépultures fouillées date des années 1050-1225, mais les documents d’archives montrent que l’usage funéraire du lieu s’est poursuivi jusqu’à l’époque moderne.
Les défunts ont été inhumés dans des coffrages, des assemblages de pierres et de bois ou de planches seules, directement déposés dans la fosse. Rien d’exceptionnel pour la période, mais l’ensemble témoigne d’une continuité funéraire longue, ancrée dans la vallée du Modon, au cœur du Boischaut nord.
Le cadastre napoléonien parle aussi
Le diagnostic a également mis au jour des fondations de murs et des fosses, au sud et à l’est de l’église. Le cadastre napoléonien mentionne plusieurs bâtiments sur la place, dont ces vestiges pourraient être les traces. Tout cela dessine peu à peu le visage d’un bourg médiéval organisé autour de son église et de son cimetière, dans un village qui a gardé jusqu’à aujourd’hui cette centralité.
Luçay-le-Mâle ne fait pas les gros titres, mais sous ses places tranquilles, l’histoire dort à peine. Et quand on y touche, elle parle.

