Meta a vendu 7 millions de lunettes Ray-Ban connectées en 2025. La CNIL met en garde contre les risques pour la vie privée, tandis qu’Apple prépare son entrée sur le marché en 2027.
Les lunettes connectées ne relèvent plus de la gadgeterie futuriste. Meta a écoulé près de 7 millions d’exemplaires de son modèle standard de Ray-Ban intelligentes en 2025. Pour environ 300 euros, ces montures embarquent micro, haut-parleurs, caméra frontale et intelligence artificielle dans les branches. On déclenche un enregistrement photo ou vidéo d’un simple bouton sur la branche droite. L’IA peut même lancer une capture si les mains sont prises. De quoi écouter de la musique, passer des appels, interroger un assistant vocal sans sortir son smartphone.
Le marché décolle. Plus d’une dizaine de marques commercialisent désormais leurs propres modèles. Meta domine, fort du partenariat avec le fabricant italien de lunettes de soleil. En janvier 2026, l’entreprise de Mark Zuckerberg annonçait vouloir porter la production annuelle à 20 millions d’unités d’ici la fin de l’année. Un pari audacieux, alors que le marché mondial a atteint 8,5 millions d’unités vendues en 2025, toutes marques confondues, selon le cabinet d’analyse Smart Analytics Global.
Une petite LED qui ne suffit pas
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Meta a retenu la leçon des Google Glass. Ces lunettes sorties au début des années 2010 avaient créé la controverse : leurs utilisateurs filmaient ou photographiaient sans que personne ne s’en aperçoive. Pour rassurer, Meta a intégré une LED qui scintille lors de l’utilisation de la caméra. Le problème : cette diode n’est pas vraiment visible en plein jour. On peut donc enregistrer à l’insu des personnes alentour.
Les témoignages de jeunes femmes filmées sans leur consentement se multiplient sur les réseaux sociaux et dans la presse. En mars 2026, un journal suédois a révélé que des sous-traitants de Meta au Kenya avaient visionné des images privées d’utilisateurs de ces lunettes[1]. Aux États-Unis, certains bricoleurs peu scrupuleux proposent même sur les sites de petites annonces de retirer la LED témoin. Une dérive que Meta ne peut ignorer, mais qui ne semble pas freiner les ventes.
67 % des Français inquiets pour leur vie privée

La Commission nationale de l’informatique et des libertés a lancé une enquête en janvier 2026 pour mesurer la perception des Français face à ces dispositifs. Le sondage, mené du 22 au 29 janvier auprès de 2 128 personnes représentatives de la population de plus de 18 ans, révèle une forte méfiance : 67 % des sondés estiment que les lunettes connectées représentent un risque d’atteinte à la vie privée[4].
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Les préoccupations portent sur le droit à l’image, le consentement des personnes filmées, les détournements possibles avec l’intelligence artificielle, notamment les hypertrucages, et le devenir des données collectées. La CNIL appelle à une vigilance collective et a lancé un plan d’action. L’autorité de protection des données alerte sur des enjeux éthiques et sociétaux forts, dans un contexte de multiplication rapide de ces appareils du quotidien « augmenté ».
Pourquoi les lunettes connectées divisent
Un modèle haut de gamme avec écran intégré
Meta ne se contente pas du modèle standard. Depuis fin 2025, l’entreprise commercialise aux États-Unis une version premium avec un écran intégré dans le verre, à droite. On sort du registre James Bond pour entrer dans celui d’Iron Man : l’utilisateur voit des informations superposées à son champ de vision. Traduction simultanée, reconnaissance d’objets, assistance contextuelle, navigation vocale, résumés automatiques de conversations. L’IA devient la caractéristique déterminante de ces lunettes[2].
Le cabinet Smart Analytics Global anticipe un bond à 22 millions d’unités vendues en 2026, soit une croissance de 157 % sur un an. Les revenus wholesale pourraient atteindre 6 milliards de dollars, en hausse de 178 %[3]. L’autonomie, l’encombrement, les limitations applicatives et les commandes vocales imprécises restent des points à améliorer pour transformer l’intérêt technologique en adoption massive. Mais la dynamique est lancée.
| Année | Unités vendues (monde) | Revenus wholesale | Croissance annuelle |
|---|---|---|---|
| 2025 | 8,5 millions | +330 % | |
| 2026 | 22 millions | 6 Mds $ | +157 % |
Source : Smart Analytics Global
Apple prépare son offensive pour 2027

Meta est leader du marché naissant, mais Apple se positionne déjà. La firme de Cupertino chercherait à lancer son propre modèle en 2027, avec une conception axée sur la vie privée. Une stratégie qui pourrait séduire les utilisateurs échaudés par les polémiques autour des Ray-Ban Meta. Google, de son côté, prépare un retour sur le segment après l’échec retentissant des Google Glass, abandonnées en 2017. Le géant de Mountain View développe des lunettes sous plateforme Android XR, intégrant l’IA Gemini, avec des fonctionnalités proches de celles de Meta[3].
Selon Smart Analytics Global, Google pourrait écouler 2 millions d’unités dès 2026, avant même que le nom, le prix ou le réseau de distribution ne soient dévoilés. Un niveau qui dépasserait les débuts de Meta : les premières Ray-Ban Stories avaient mis plus de deux ans pour atteindre ce seuil. Le marché s’est entre-temps structuré, les usages se sont précisés. L’arrivée d’Apple en 2027, avec Siri, des caméras intelligentes, un système audio intégré et une compatibilité totale avec l’écosystème iPhone, pourrait redistribuer les cartes[5].
De Google Glass aux lunettes IA, une histoire chaotique
Le marché des lunettes intelligentes a traversé plusieurs cycles d’engouement et de désillusion depuis l’annonce des Google Glass en 2012. Le premier cycle, de 2012 à 2015, s’est soldé par un échec commercial retentissant : prix prohibitif à 1 500 dollars, fonctionnalités limitées, autonomie insuffisante, rejet social. Le terme « Glasshole » désignait péjorativement les utilisateurs. Google a repositionné les Glass comme produit d’entreprise en 2017, avant de les abandonner complètement[5].
Les expéditions mondiales de dispositifs XR, réalité étendue, qui incluent les lunettes intelligentes sans écran, devraient croître de 33,5 % en 2026 selon IDC. Les lunettes intelligentes représentent le segment moteur de cette expansion, avec des expéditions ayant dépassé les 10 millions d’unités en 2025. Meta a investi massivement dans Reality Labs, avec des pertes opérationnelles cumulées dépassant 50 milliards de dollars depuis 2020. L’entrée d’Apple sur le segment que Meta a contribué à créer ajoute un risque concurrentiel à la thèse d’investissement[5].
L’IA comme champ de bataille décisif. L’expérience utilisateur reste perfectible. Mais les chiffres parlent : ce qui relevait de la science-fiction il y a dix ans est désormais dans les poches (ou plutôt sur le nez) de millions de personnes. La question n’est plus de savoir si les lunettes connectées vont s’imposer, mais à quelle vitesse et à quelles conditions pour la vie privée.
Lunettes connectées 2026 : les chiffres du marché
- Meta a vendu 7 millions de lunettes Ray-Ban connectées en 2025, pour environ 300 euros l'unité
- 67 % des Français estiment que ces lunettes menacent la vie privée, selon un sondage CNIL de janvier 2026
- La LED témoin d'enregistrement n'est pas visible en plein jour, permettant de filmer à l'insu des personnes
- Des sous-traitants de Meta au Kenya ont visionné des images privées d'utilisateurs en mars 2026
- Apple prépare son entrée sur le marché en 2027, avec un positionnement axé sur la vie privée
- Le marché mondial devrait atteindre 22 millions d'unités en 2026, soit +157 % sur un an
Sources
5 sources · 8 faits vérifiés

