MBDA présente un intercepteur hybride destiné à abattre les essaims de drones, combinant missile guidé et laser haute énergie, avec une première livraison prévue pour 2028.
Le missilier européen a dévoilé au salon aéronautique de Farnborough son « Counter Mass Interceptor », une réponse industrielle aux faiblesses de la défense aérienne occidentale face aux munitions à bas coût produites en masse. L’engin cible les attaques menées par dizaines de drones, comme celles que la Russie déploie contre l’Ukraine depuis 2022 avec les Shahed iraniens, ou celles qui ont visé des bases américaines au Moyen-Orient.
« Aujourd’hui, en Europe, il n’existe aucun système souverain capable de faire face à la saturation », résume un représentant du groupe. « Cela signifie que si nous voulons faire face à cette menace, nous sommes contraints de nous appuyer sur des systèmes non européens, qu’ils soient américains, israéliens ou autres. » Les États-Unis s’appuient notamment sur l’APKWS, une roquette à guidage de précision développée par BAE Systems en lien avec Northrop Grumman et General Dynamics.
Un système hybride pour casser l’équation coût-efficacité
Le nouveau dispositif associe deux technologies complémentaires : DEFENDAIR, un missile guidé cinétique, et une arme laser à haute énergie intégrée sur une plateforme commune[2]. L’engin vise d’abord les petits drones rapides et peu onéreux, qui peuvent être détruits pour une fraction du coût d’un missile antiaérien classique. MBDA travaille depuis des décennies sur les armes à énergie dirigée, particulièrement contre les menaces de masse à faible signature.
Le principe repose sur une défense en couches superposées : le laser traite les cibles les plus proches ou les plus lentes, le missile cinétique prend en charge celles qui échappent à la première ligne ou qui nécessitent une portée supérieure. L’objectif affiché est d’atteindre une capacité opérationnelle initiale avant la fin de la décennie. Un contrat de développement et d’acquisition a déjà été signé avec l’armée allemande, qui prévoit une production significative dans les années à venir.
À terme, MBDA prévoit un second intercepteur à plus longue portée, capable de neutraliser non seulement des drones, mais aussi des roquettes, des bombes planantes et des missiles subsoniques, opérationnel par tous les temps. Le développement du programme est actuellement mené par les équipes britanniques du groupe, mais une future version sera vraisemblablement dirigée par leurs homologues français.
| Élément | Spécification |
|---|---|
| Technologie | Missile cinétique DEFENDAIR + laser haute énergie |
| Cibles prioritaires | Drones de petite taille, menaces à bas coût |
| Première version opérationnelle | 2028 |
| Client initial | Armée allemande |
| Portée étendue (future version) | Roquettes, bombes planantes, missiles subsoniques |
Source : MBDA
Un modèle de production inspiré de l’automobile

La fabrication de l’intercepteur pourra être assurée soit par des partenaires industriels, soit directement par MBDA, en exploitant des installations existantes et des chaînes réaménagées. « Nous nous rapprochons d’un modèle inspiré de l’industrie automobile. L’objectif est de pouvoir produire à grande échelle », indique le groupe. Cette approche vise à répondre au besoin de masse identifié dans les conflits modernes, où l’attrition des stocks de munitions complexes impose de calibrer le coût d’interception face à des menaces produites par centaines.
MBDA avait déjà annoncé en juin 2026 un plan d’investissement de 5 milliards d’euros d’ici 2030, dont 2 milliards en France, pour accélérer ses capacités de production[1]. Au salon Eurosatory, le missilier avait présenté SKY WARDEN, un système modulaire de lutte anti-drones destiné à la protection d’infrastructures civiles et stratégiques. Le Counter Mass Interceptor s’inscrit dans cette même logique : proposer une gamme complète allant des capteurs et effecteurs C-UAS aux intercepteurs conçus pour contrer des attaques de saturation.
L’équation économique est au cœur de la réflexion. Les forces armées sont aujourd’hui confrontées à un paradoxe : intercepter un drone à quelques dizaines de milliers d’euros peut nécessiter un missile coûtant plusieurs centaines de milliers d’euros, ce qui soulève des inquiétudes tant sur les budgets que sur les stocks de munitions. Le recours à des effecteurs à bas coût, comme le drone « DELUGE » (ex-One Way Effector) dévoilé au salon de Paris en 2025, complète cette approche par saturation offensive.
Pourquoi l'Europe cherche à contrer les essaims de drones
Une montée en gamme face à des menaces hybrides
Le contexte stratégique a changé depuis 2022. L’utilisation massive par la Russie de drones Shahed contre l’Ukraine et leur emploi par l’Iran dans la guerre contre les États-Unis ont mis en évidence la nécessité de réponses plus simples et plus rentables face à des attaques de masse menées avec des armes peu coûteuses. Les systèmes de défense aérienne traditionnels, conçus pour intercepter des aéronefs ou des missiles balistiques, ne sont pas dimensionnés pour traiter des dizaines de petites cibles simultanées sans épuiser leurs stocks.
À Eurosatory, MBDA avait exposé pour la première fois un système complet de Missile de Croisière Terrestre intégrant le NCM MK2, aux côtés de nouveaux effecteurs dits de masse. Cette offre s’inscrit dans une logique de montée en cadence, avec des lignes nouvelles ou modernisées, et un site supplémentaire près d’Orléans annoncé opérationnel en 2027 pour sécuriser les livraisons. La lutte anti-drones demeure un axe stratégique fort, tenant compte de l’usure observée des stocks de munitions complexes dans les conflits récents et de la nécessité de préserver les capacités de défense aérienne de plus haute intensité.
Le lancement du Counter Mass Interceptor intervient aussi alors que d’autres industriels européens structurent leurs offres. Thales a dévoilé SkyDefender, un « dôme de défense européen » inspiré du système israélien Iron Dome, regroupant plusieurs technologies comme ForceShield pour les menaces à courte portée et SAMP-T NG pour la moyenne portée. L’intégration de l’intelligence artificielle permet de traiter les données provenant de différents capteurs et de coordonner les moyens de défense en temps réel, face à des attaques combinant simultanément drones, missiles de croisière et missiles balistiques.
Le marché de la défense anti-drones connaît une dynamique inédite. Les armées européennes, jusqu’ici dépendantes de solutions américaines ou israéliennes, cherchent à reconstituer une capacité souveraine. Le Counter Mass Interceptor de MBDA, avec sa première livraison prévue pour 2028, pourrait occuper un segment stratégique dans cette course à la défense en profondeur contre les menaces de saturation.
MBDA Counter Mass Interceptor : les points clés
- MBDA dévoile un intercepteur hybride combinant missile DEFENDAIR et laser haute énergie
- Première livraison prévue pour 2028 à l'armée allemande dans le cadre d'un contrat de développement et d'acquisition
- Aucun système souverain européen ne traite actuellement les attaques de saturation par drones à bas coût
- Le modèle de production s'inspire de l'industrie automobile pour monter en cadence
- Une version étendue visera aussi roquettes, bombes planantes et missiles subsoniques
- L'équation coût-efficacité impose de ne plus dépenser des centaines de milliers d'euros pour abattre un drone à quelques dizaines de milliers
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

