MBDA prévoit d’augmenter sa production globale de missiles de 40 % en 2026, un effort financier et industriel sans précédent pour le missilier européen.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Alors que la pression sur les stocks de munitions s’intensifie en Europe depuis l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine, MBDA accélère sur tous les fronts : capacités de production, effectifs, investissements dans ses sites industriels. Le groupe, qui fédère les intérêts français, britanniques, allemands, italiens et espagnols dans le domaine des missiles, a décidé de passer à la vitesse supérieure.
La crise iranienne a ajouté une couche d’urgence supplémentaire. Selon Reuters, MBDA a dépensé un milliard d’euros pour reconstituer et sécuriser ses stocks de missiles dans ce contexte de tension régionale accrue. Un chiffre qui dit long sur l’état de tension des approvisionnements en Europe.
+40 % : ce que représente concrètement l’objectif de production
Augmenter la cadence de fabrication de missiles de 40 % en un an, c’est un défi industriel considérable. Il ne s’agit pas seulement d’allumer plus de lignes d’assemblage : les missiles sont des systèmes complexes, à haute valeur ajoutée, dont certains composants mobilisent des chaînes d’approvisionnement longues et spécialisées. Pour certaines catégories de missiles air-sol ou air-air, la progression de la production pourrait être encore plus marquée que la moyenne annoncée. [1]
Cette montée en cadence s’inscrit dans une stratégie plus large : MBDA entend peser davantage sur le marché européen de la défense au moment où les budgets militaires se gonflent d’un bout à l’autre du continent.
| Indicateur | Valeur / Date |
|---|---|
| Hausse de production globale prévue | +40 % en 2026 |
| Investissement dans les stocks de missiles | 1 milliard d’euros |
| Investissement dans l’unité italienne | En cours (2025-2026) |
| Premières livraisons du nouveau site PAC-2 | Attendues en 2027 |
Source : Reuters
L’Italie, pivot de la stratégie de capacité

C’est sur le site italien de MBDA que l’effort est le plus visible à court terme. Le groupe a annoncé début 2025 qu’il allait investir dans les équipements de production et recruter de nouveaux salariés au sein de sa filiale transalpine, avec pour objectif d’augmenter le volume de fabrication dès cette année. [4]
L’Italie joue un rôle structurant dans la géographie industrielle de MBDA : le pays abrite une partie des capacités de production des missiles Aster et de systèmes sol-air qui font l’objet d’une demande soutenue de la part des armées européennes. Renforcer ce site, c’est aussi consolider une chaîne de valeur partagée entre plusieurs États membres de l’Union européenne, ce qui n’est pas sans intérêt stratégique pour les gouvernements actionnaires du groupe.
Pourquoi l'expansion de MBDA redessine la filière missiles
Le dossier PAC-2 et la compétence Patriot revendiquée par MBDA
MBDA ne se contente pas d’augmenter ses cadences sur ses programmes existants. Le groupe revendique également l’expertise nécessaire pour fabriquer des lanceurs Patriot en Allemagne, une déclaration formulée en septembre 2025 qui illustre l’ambition du missilier de s’imposer sur des segments jusqu’ici dominés par l’industrie américaine. [3]
Un nouveau site doit permettre de doubler la production mondiale de missiles PAC-2. Les premières livraisons sont attendues pour 2027. Ce calendrier est serré, mais il correspond à la fenêtre dans laquelle les armées européennes cherchent à reconstituer leurs capacités de défense sol-air, fragilisées par des années de sous-investissement et par les prélèvements effectués au profit de l’Ukraine.
L’enjeu n’est pas seulement commercial. Produire des composants du système Patriot sur le sol européen, c’est réduire une dépendance technologique et logistique vis-à-vis de Raytheon, le fabricant américain du système. Dans un contexte où Washington a montré qu’il pouvait conditionner ses livraisons d’armes à des considérations politiques, ce levier industriel intéresse directement les gouvernements européens.
La demande qui tire toute la filière
Derrière les annonces de MBDA, il y a une réalité de marché brutale : les stocks de missiles en Europe se sont révélés dramatiquement insuffisants depuis 2022. Les livraisons à l’Ukraine ont accéléré la prise de conscience, mais le problème est antérieur. Des décennies de contraction budgétaire ont conduit les États membres de l’OTAN à réduire leurs commandes, et les industriels ont ajusté leur outil de production en conséquence. Reconstituer des capacités de fabrication prend du temps, de l’argent et des compétences.
La crise iranienne de 2026, qui a contraint MBDA à mobiliser un milliard d’euros pour sécuriser ses stocks, illustre la fragilité du système actuel : même un missilier de premier plan peut se retrouver sous pression si plusieurs théâtres de tension se manifestent simultanément.
Du côté des programmes terrestres, l’Allemagne a de son côté annoncé fin 2025 son intention de lancer la production d’une version améliorée du missile de croisière Taurus à partir de 2029. [5] Un signal de plus que les pays européens cherchent à internaliser davantage leurs capacités balistiques, ce qui, à terme, pourrait créer une concurrence accrue pour MBDA sur certains segments.
Emplois, recrutements et tension sur les compétences
La montée en cadence industrielle a un corollaire direct : le recrutement. MBDA a signalé des embauches sur son site italien, et le mouvement devrait s’étendre à ses autres implantations en France, au Royaume-Uni et en Allemagne. Le secteur de la défense européen souffre d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans les métiers de la mécanique de précision, de l’électronique embarquée et des systèmes de guidage.
La compétition pour les talents s’intensifie, et MBDA n’est pas seul dans la course : Thales, Leonardo, Rheinmetall et KNDS sont tous en phase d’expansion simultanée. Pour les États, l’enjeu est de s’assurer que les filières de formation techniques produisent suffisamment de profils adaptés, faute de quoi les carnets de commandes resteront en partie inexécutés, quelle que soit la volonté d’investir.
MBDA table sur une production en hausse de 40 % cette année. Si les conditions industrielles et humaines suivent, le groupe sera mieux positionné pour répondre à une demande européenne qui, selon toutes les projections budgétaires, ne fléchira pas avant la fin de la décennie.
MBDA 2026 : les chiffres clés de la montée en cadence
- MBDA prévoit d'augmenter sa production globale de missiles de 40 % en 2026.
- Le groupe a investi 1 milliard d'euros pour sécuriser ses stocks dans le contexte de la crise iranienne.
- Un nouveau site de production doit doubler la capacité mondiale de fabrication de missiles PAC-2.
- Les premières livraisons du site PAC-2 sont attendues en 2027.
- MBDA a investi dans son unité italienne en 2025 pour recruter et augmenter les cadences.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
