Ce jeudi 6 août, un feu dans les Corbières audoises a mobilisé une centaine de pompiers toute la nuit. Le départ ? Une voiture en panne qui prend feu sur la bande d’arrêt d’urgence. Les flammes s’étendent, la garrigue s’embrase. Fin de l’histoire connue, cause identifiée. Mais ce n’est qu’un cas parmi les centaines qui frappent l’Occitanie chaque année, dans un contexte de sécheresse persistante et de vagues de chaleur à répétition. Alors que les feux se multiplient cet été sur le territoire régional, la question revient : d’où partent ces incendies ? Quelles sont leurs véritables causes ?
Les sapeurs-pompiers, la Direction régionale de l’Environnement (DREAL), la Défense de la forêt contre les incendies (DFCI) et l’Office national des forêts (ONF) ont croisé leurs données. Le résultat trace un portrait sans équivoque : l’immense majorité des départs de feu sont d’origine humaine. Neuf fois sur dix, c’est une action, un geste, une négligence qui déclenche le brasier. La foudre, seule cause naturelle reconnue, ne représente qu’une minorité marginale. Voici, détaillées, les cinq sources principales de ces catastrophes qui rongent les forêts, les friches et les massifs occitans.
Les travaux agricoles et le débroussaillage : premier responsable, 50 % des départs
C’est la première cause identifiée. Les activités humaines involontaires déclenchent environ un incendie sur deux. On parle ici de travaux agricoles, d’opérations de débroussaillage mal contrôlées, ou de brûlage encadré mais dont les conditions météo peuvent transformer une flamme autorisée en catastrophe. Tracteur sur terrain sec, projection d’étincelle lors du broyage, tas de végétaux qui s’enflamme sous le vent : les situations à risque sont nombreuses, surtout quand la chaleur et la végétation sèche forment un cocktail explosif.
Cette catégorie ne concerne pas la malveillance, mais bien l’imprudence ou le contexte défavorable. L’agriculteur, le propriétaire qui débroussaille son terrain, l’entreprise mandatée pour nettoyer un accotement : tous peuvent, sans le vouloir, déclencher un feu de grande ampleur. La moitié des incendies d’origine humaine relèvent de comportements dangereux ou d’imprudences, rappelle l’Agence régionale de la biodiversité Occitanie. Un chiffre qui impose une vigilance constante sur les opérations de terrain, en particulier entre mars et septembre.
La malveillance et la pyromanie : 20 à 30 % des feux

Derrière l’accident, il y a aussi l’intention. Les actes criminels, la pyromanie et les feux volontaires représentent entre un cinquième et un tiers des incendies recensés en Occitanie. C’est une part massive, qui pèse lourdement sur les bilans annuels. Allumer un feu délibérément pour détruire, pour se venger, pour provoquer, par fascination morbide ou par pathologie : ces gestes, loin d’être anecdotiques, mobilisent des moyens humains et matériels considérables et mettent en danger des vies.
Le travail d’enquête des pompiers et de la gendarmerie permet souvent de remonter aux auteurs, mais le mal est fait : des centaines d’hectares partis en fumée, des habitations menacées, des écosystèmes ravagés. La malveillance ne connaît pas de saison privilégiée, même si l’été et la sécheresse offrent un terrain propice. Face à ce phénomène, les autorités multiplient les campagnes de sensibilisation et renforcent la surveillance, notamment dans les massifs touristiques.
Véhicules en panne, trains, lignes électriques : 10 à 15 %
L’incendie des Corbières du 6 août en est l’illustration parfaite : une voiture tombe en panne, prend feu sur la bande d’arrêt d’urgence, et la garrigue environnante s’embrase. Ce type de départ représente entre 10 et 15 % des feux en Occitanie. Accidents de la route, pannes mécaniques, étincelles de freinage sur les voies ferrées, arcs électriques sur les lignes à haute tension : les infrastructures de transport et d’énergie sont aussi des sources identifiées.
Ces feux sont rarement intentionnels, mais ils sont fréquents. Un pot d’échappement qui chauffe trop près d’herbes sèches, un transformateur qui lâche en pleine canicule, un train qui freine brutalement : autant de situations banales qui, dans un contexte de sécheresse extrême, peuvent tourner au désastre. Les gestionnaires d’infrastructures (SNCF, RTE, sociétés d’autoroute) sont donc tenus de renforcer la surveillance et l’entretien des abords.
Mégots, barbecues, feux de camp : 10 à 15 % également

Les classiques de la prévention estivale. Le mégot jeté par la fenêtre d’une voiture, le barbecue improvisé en pleine nature, le feu de camp mal éteint, les pétards et feux d’artifice lancés dans un champ sec : cette catégorie de comportements à risque est responsable de 10 à 15 % des départs de feu. Ce sont les messages que l’on voit défiler sur les panneaux autoroutiers, les spots de prévention à la radio, les affiches dans les campings.
La proportion peut sembler faible au regard de la visibilité médiatique de ces gestes, mais elle reste significative. Un seul mégot suffit. Un seul barbecue oublié peut ravager des hectares. D’où l’insistance des pompiers et des préfectures à rappeler, chaque été, les interdictions en vigueur et les gestes de bon sens : pas de feu en pleine nature, extinction totale des cigarettes, prudence absolue avec tout ce qui flambe ou chauffe.
La foudre : moins d’un feu sur dix
Dernière cause, et la seule réellement naturelle : la foudre. Elle représente moins de 10 % des incendies en Occitanie. En zone très sèche ou en montagne, un impact peut suffire à enflammer la végétation, surtout lorsque l’orage passe sans apporter de pluie. C’est rare, mais ça arrive. À titre d’exemple national, l’incendie du Diois dans la Drôme, qui a ravagé plus de 4 200 hectares le 24 juin 2026, a été déclenché par un impact de foudre.
En Occitanie, ce type de départ reste marginal. Le risque existe, mais il est largement dépassé par les causes humaines, volontaires ou non. La foudre ne peut pas être empêchée, mais les comportements, eux, peuvent être corrigés.
682 incendies par an, 3 072 hectares brûlés : un bilan qui se dégrade
Entre 2006 et 2019, l’Occitanie a enregistré en moyenne 682 incendies par an, qui ont ravagé 3 072 hectares, dont 1 028 hectares de forêt. Les départements méditerranéens (Aude, Hérault, Gard, Pyrénées-Orientales) sont les plus touchés, tant en nombre de feux qu’en surfaces brûlées. La période la plus critique ? L’été, avec un pic en juillet et août. Mais un second pic apparaît au printemps, en mars, lorsque la végétation sèche de l’hiver devient inflammable.
Et la tendance n’est pas rassurante. Si la situation s’était nettement améliorée entre les années 1970 et le début des années 1990, avec une baisse importante du nombre de départs et des surfaces incendiées, la période récente (2006-2019) marque une dégradation. Changement climatique, conditions météo extrêmes, gestion des incendies : plusieurs paramètres sont pointés. Pour 2050, les projections sont alarmantes : une augmentation de 80 % des surfaces brûlées en région méditerranéenne, une période de risque fort trois fois plus longue, et l’apparition de feux de friches et de terres agricoles, jusqu’ici épargnées.
Une mobilisation qui s’organise
Face à cette réalité, l’Occitanie ne reste pas les bras croisés. La Région a renouvelé en 2026 son financement de l’opération « Médiation incendie », portée par les Parcs naturels régionaux des Pyrénées Catalanes et des Corbières-Fenouillèdes, ainsi que par le Pays Pyrénées Méditerranée. Des médiateurs sont déployés en été à l’entrée des massifs forestiers et sur des sites touristiques fréquentés. Résultat : près de 13 000 personnes sensibilisées sur juillet et août[2].
Parallèlement, la Commission régionale de la forêt et du bois (CRFB) Occitanie, couplée à l’État, a installé début 2026 un comité dédié à la prévention des incendies de forêt. Ce comité DFCI a identifié plusieurs chantiers prioritaires, dont les Obligations légales de débroussaillement (OLD) et la maîtrise d’ouvrage DFCI. Des groupes de travail sont prévus tout au long de 2026 pour avancer sur ces sujets.
L’été 2026 a déjà été marqué par plusieurs incendies violents. Le 5 juillet, un feu aux environs de Lédenon, dans le Gard, a vu les flammes s’approcher dangereusement des habitations, avec des confinements envisagés[3]. Le 6 août, c’est le feu des Corbières qui a mobilisé les secours. Autant d’alertes qui rappellent l’urgence d’une prévention efficace et d’une responsabilité collective.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’immense majorité des incendies qui ravagent l’Occitanie partent d’une action humaine. Travaux agricoles, malveillance, accidents, négligence : chacun de ces gestes peut déclencher un brasier que des dizaines de pompiers peineront à maîtriser. La foudre, seule cause naturelle, ne pèse qu’à la marge. Le message est clair : la responsabilité est d’abord entre nos mains.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

