New York gèle pour douze mois les permis de construire pour les data centers de plus de 50 mégawatts, une première aux États-Unis.
Le moratoire, signé mardi 14 juillet par la gouverneure Kathy Hochul, prend effet immédiatement. L’État veut se donner le temps de réguler un secteur qui explose avec l’IA générative, mais dont l’appétit électrique et hydrique inquiète les riverains et les élus locaux. « Alors que le développement des centres de données menace de faire grimper les factures d’eau et d’électricité, de puiser dans nos ressources naturelles et de créer de l’incertitude pour les New-Yorkais, il est de ma responsabilité d’agir et de montrer la voie », a déclaré Kathy Hochul dans un communiqué.
L’interdiction vise les installations d’au moins 50 mégawatts. Elle ne révoque aucun permis déjà délivré, mais elle bloque toute nouvelle autorisation pendant un an. D’autres États américains ont tenté la même démarche : le Maine avait adopté un moratoire en avril, avant que la gouverneure Janet Mills ne le bloque, invoquant le risque d’empêcher la construction d’un data center dans une ville touchée par la fermeture d’une usine. New York est le premier État à franchir le pas sans marche arrière.
Des dizaines de villes et comtés déjà en restriction locale
Le débat dépasse New York. Des dizaines de collectivités locales ont instauré leurs propres restrictions, parfois plus sévères. En février, des parlementaires démocrates de l’État avaient proposé un gel de trois ans pour les data centers de plus de 20 mégawatts[2], accompagné d’une obligation de revue environnementale par le département de la Conservation de l’État et de nouvelles règles tarifaires pour éviter que les coûts énergétiques ne se répercutent sur les ménages. Le texte signé par Hochul est plus court dans le temps, mais il s’applique à l’échelle de l’État entier.
La sénatrice Liz Krueger, qui présidait la commission des Finances du Sénat new-yorkais et qui portait le projet de loi de février, avait alors résumé l’urgence : « D’énormes data centers visent New York, et nous ne sommes absolument pas préparés. Il est temps d’appuyer sur pause, de nous donner de l’air pour adopter des règles solides, et d’éviter de nous retrouver dans une bulle qui explosera et laissera les clients des services publics new-yorkais avec une facture énorme. »
| État | Parti porteur | Seuil (MW) | Durée proposée ou adoptée |
|---|---|---|---|
| New York | Démocrate | 50 MW | 1 an (adopté) |
| New York (projet février) | Démocrate | 20 MW | 3 ans (proposition) |
| Maine | Démocrate | Non précisé | Bloqué par la gouverneure |
| Géorgie | Démocrate | Non précisé | Proposition |
| Vermont | Démocrate | Non précisé | Proposition |
| Virginie | Démocrate | Non précisé | Proposition |
| Maryland | Républicain | Non précisé | Proposition |
| Oklahoma | Républicain | Non précisé | Proposition |
Source : TechCrunch, Politico
Le mouvement traverse les lignes partisanes. Républicains et démocrates portent des projets de moratoire dans plusieurs États, avec des motivations qui varient : les démocrates insistent sur l’environnement et l’équité tarifaire, les républicains sur la préservation des infrastructures locales et la prudence face aux investissements chinois dans l’IA.
286 millions de tonnes de CO₂ en 2025, 643 millions en 2030
Les détracteurs des data centers pointent quatre griefs principaux : la consommation électrique massive, l’utilisation d’eau pour le refroidissement, les nuisances sonores et le faible nombre d’emplois créés par rapport aux investissements engagés. Selon une étude de l’assureur-crédit Allianz Trade publiée fin juin, les émissions des centres de données ont atteint 286 millions de tonnes de CO₂ en 2025. Elles pourraient grimper jusqu’à 643 millions de tonnes d’ici à 2030. Près de 70 % de ces émissions mondiales sont concentrées aux États-Unis et en Chine.
Les dépenses pour la construction de data centers aux États-Unis ont explosé ces dernières années, alimentées par des dizaines de milliards de dollars d’investissements privés. Les partisans de ces infrastructures répondent que bloquer leur développement nuit à l’emploi et laisse le champ libre à Pékin dans la course à l’IA. Ils rappellent aussi que l’expansion du cloud et des modèles génératifs repose sur cette capacité de calcul, et que ralentir sa construction revient à ralentir l’innovation américaine.
L’organisation Food & Water Watch, qui a participé à l’élaboration du projet de loi new-yorkais, assume pleinement l’objectif : « C’était notre idée », a déclaré Eric Weltman à Wired[4]. Le texte adopté ce 14 juillet ne prévoit pas de revue environnementale obligatoire, contrairement au projet de février, mais il ouvre la porte à des réglementations futures sur les impacts énergétiques et hydriques.
Pourquoi New York gèle les data centers
Pression sur le réseau électrique, prudence chez les opérateurs
La demande d’électricité des data centers a déjà tendu plusieurs réseaux régionaux. En Virginie du Nord, région qui concentre la plus forte densité de centres de données au monde, les opérateurs de réseau ont multiplié les alertes sur la capacité de production. En Californie, l’autorité de régulation a imposé des plafonds de consommation pour les nouvelles installations, avec des pénalités en cas de dépassement en période de pointe.
New York suit une trajectoire similaire. L’État cherche à encadrer l’expansion avant que les coûts ne se répercutent sur les consommateurs résidentiels. Le moratoire d’un an doit permettre au département de la Conservation de l’environnement et au régulateur des services publics de définir des règles sur les impacts énergétiques et tarifaires. Aucune date n’a été fixée pour la publication de ces règles, mais le calendrier est serré : le gel expire le 14 juillet 2027.
Les acteurs du secteur n’ont pas encore réagi publiquement. Plusieurs grands opérateurs de data centers, dont Equinix et Digital Realty, avaient annoncé des projets d’expansion dans l’État de New York au cours des deux dernières années. Aucun d’eux n’a confirmé si ces projets dépassaient le seuil des 50 mégawatts ni s’ils disposaient déjà des permis nécessaires. Le moratoire ne révoque pas les autorisations déjà délivrées, mais il peut bloquer les permis complémentaires pour des installations en cours de construction.
Le débat national sur les data centers et l’IA ne fait que commencer. New York a pris les devants, d’autres États suivront ou freineront selon l’évolution des réseaux électriques, des investissements privés et de la pression électorale locale. Le calendrier de 2027 et 2028 sera décisif : soit les régulateurs américains trouvent un équilibre entre innovation et infrastructure, soit les moratoires se multiplient et ralentissent la course à l’IA.
Moratoire New York 2026 : les faits clés
- Moratoire d'un an sur les data centers de plus de 50 MW à New York, signé le 14 juillet par la gouverneure Kathy Hochul
- Première interdiction de ce type adoptée par un État américain, après un projet bloqué dans le Maine en avril
- 286 millions de tonnes de CO₂ émises par les data centers en 2025, 643 millions attendues en 2030 selon Allianz Trade
- Des dizaines de villes et comtés américains ont instauré des restrictions locales sur les data centers
- Des projets de moratoire déposés dans au moins six États, portés par des élus démocrates et républicains
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés
