Tadej Pogacar a remporté dimanche son cinquième Tour de France, rejoignant le club des légendes Merckx, Hinault, Anquetil et Indurain, sept ans après son premier sacre arraché dans un contre-la-montre mémorable.
L’histoire avait débuté par un tremblement de terre. Le 19 septembre 2020, veille de l’arrivée à Paris d’un Tour disputé tard en raison du Covid, la Planche des Belles Filles avait assisté à l’exploit d’un jeune Slovène promis à la deuxième place. Parti avec 57 secondes de retard sur Primoz Roglic, Tadej Pogacar l’avait laminé dans le contre-la-montre final, lui infligeant 1’56 et raflant la victoire d’étape, la troisième de son premier Tour, et le classement général.
Le visage défait de Roglic, casque en arrière et jambes à l’agonie, tranchait avec celui, joyeux et juvénile, du Slovène. À 21 ans, Pogacar devenait le deuxième plus jeune vainqueur de l’histoire derrière Henri Cornet en 1904. Personne n’imaginait alors que ce lutin blanc venu d’un petit village slovène égalerait, six ans plus tard, les légendes du cyclisme.
Il avait remporté ce premier Tour sans porter le maillot jaune qu’un seul jour, le dernier, comme un braqueur surpris de son propre butin.
2021, la confirmation par la domination
L’année suivante, Pogacar avait pris le paletot jaune dès la 8e étape pour ne jamais le lâcher jusqu’à Paris[2]. Au passage, trois nouvelles étapes : un chrono plat à Laval et un doublé dans les Pyrénées. « Il a une force de caractère qui fait la différence, c’est la marque des grands », confiait Laurent Jalabert à l’époque.
Aidé par l’abandon de Roglic à la 15e étape, le Slovène avait survolé l’édition. Son avance à l’arrivée à Paris fut importante : 5’20 sur son dauphin. Mais le nom de ce dauphin compta encore plus. Propulsé leader après Roglic, Jonas Vingegaard fut la révélation de ce Tour marqué par le Covid-19. Le Danois avait même décroché Pogacar sur quelques mètres dans les pentes du Mont Ventoux. Le patron était identifié, la rivalité esquissée.
Deux années à subir la loi Vingegaard
Le frisson s’était transformé en coup dur pour le Slovène. Un an plus tard, ce fut au tour du Danois de malaxer le tenant du titre. Pogacar avait encore ajouté trois étapes, mais il était tombé sur un os incarné par un ancien poissonnier venu d’une île cerclée par les vents et les eaux. Le Slovène avait dû rendre sa couronne, battu de 2’43 à Paris par une formation Jumbo-Visma irrésistible qui l’avait agressé sans relâche dans le col du Granon, et qui avait pu compter sur un Wout van Aert au sommet de son art, capable de faire plier Pogacar sur les hauteurs d’Hautacam.
En 2023, malgré une préparation contrariée par une double fracture du poignet en avril, Tadej Pogacar était revenu gonflé d’orgueil. La défaite n’en fut que plus dure. Vingegaard conserva son titre, et le Slovène dut encore patienter.
Cinq Tours : pourquoi Pogacar entre dans l'histoire
Le retour au sommet et l’entrée dans l’histoire
2024 marqua le retour. Pogacar décrocha son troisième Tour, remportant au passage le Giro d’Italia et les Championnats du monde, réalisant le rare Triple Crown. En 2025, il confirma avec un quatrième sacre sur le Tour, ajoutant un deuxième titre mondial, le Tour de Flandres, Liège-Bastogne-Liège et un cinquième record à Il Lombardia.
L’édition 2026 fut une promenade. Pogacar a dominé le peloton dès les premières étapes, creusant un écart irréversible. Dimanche à Paris, après une 21e étape disputée sur les Champs-Élysées, le Slovène a franchi la ligne avec 6 minutes 26 secondes d’avance sur le Belge Remco Evenepoel au classement général[4].
« Je suis sans voix. C’est une journée incroyable, l’atmosphère était incroyable. J’ai couru sept Tours et j’ai toujours fini sur le podium. Vous pourriez penser que c’est un conte de fées ; c’est incroyable pour moi aussi », a déclaré Pogacar.
Avec cinq victoires d’étapes lors de cette édition, le Slovène porte désormais son total à 26 succès d’étapes sur le Tour[4]. Il rejoint le club des quintuplés vainqueurs : le Belge Eddy Merckx, les Français Jacques Anquetil et Bernard Hinault, et l’Espagnol Miguel Indurain.
| Année | Résultat | Classements annexes |
|---|---|---|
| 2020 | 1er (3 étapes) | Meilleur jeune, Montagne |
| 2021 | 1er (3 étapes) | Meilleur jeune, Montagne |
| 2022 | 2e | Meilleur jeune |
| 2023 | 2e | Meilleur jeune |
| 2024 | 1er | Montagne |
| 2025 | 1er | Montagne |
| 2026 | 1er (5 étapes) | – |
Source : letour.fr
Un palmarès qui le place parmi les plus grands

Au-delà du Tour, Pogacar a construit un palmarès hors norme. Quatre victoires à Liège-Bastogne-Liège (2021, 2024, 2025, 2026), trois au Tour de Flandres (2023, 2025, 2026), cinq à Il Lombardia (2021 à 2025), quatre à Strade Bianche[2]. Il a remporté le Giro d’Italia en 2024 avec six étapes, et les Championnats du monde sur route en 2024 et 2025.
En 2026, Pogacar a enfin décroché Milan-San Remo au sprint face à Tom Pidcock, comblant l’une des rares lacunes de son immense carrière[2]. Il manque encore Paris-Roubaix, remporté cette année par Wout van Aert.
À 27 ans, le Slovène a déjà couru sept Tours de France et toujours terminé sur le podium. Cette régularité, associée à une capacité d’attaque en montagne et un contre-la-montre tranchant, forge un profil complet qui rappelle Eddy Merckx. Les comparaisons avec le Cannibale belge se multiplient, et certains observateurs le placent déjà parmi les plus grands cyclistes de tous les temps.
Reste à savoir si Pogacar visera un sixième Tour en 2027, ce qui le placerait seul au sommet de l’histoire. Pour l’heure, il savoure une entrée dans un club qui ne compte que quatre autres membres depuis 1964, année du cinquième sacre de Jacques Anquetil.
Tadej Pogacar : le palmarès d'une légende
- Pogacar rejoint Merckx, Hinault, Anquetil et Indurain avec 5 Tours de France
- Il totalise 26 victoires d'étapes sur le Tour, dont 5 en 2026
- En 2024, il réalise le Triple Crown : Giro, Tour et Championnats du monde
- Il a remporté 7 Tours de France et toujours terminé sur le podium
- Son premier sacre en 2020 a été arraché dans un contre-la-montre final contre Roglic
- Il a battu Evenepoel de 6'26" au général de l'édition 2026
Sources
2 sources · 5 faits vérifiés

