Porsche rejoint le pool d’émissions CO₂ du constructeur chinois Xpeng pour 2026 et 2027, séparé du groupe Volkswagen pour échapper à une sanction européenne de 1,5 milliard d’euros.
Le constructeur de voitures de sport s’affranchit du pool CO₂ de sa maison-mère pour s’allier avec Xpeng, leader chinois du véhicule électrique. Une opération purement comptable, mais lourde de sens : Volkswagen, qui a enregistré 100 g/km de CO₂ en 2025 contre un objectif à 93,6 g/km, cherche à limiter la casse. Et Porsche, dont la gamme reste dominée par les thermiques, devient un poids trop lourd à porter dans le calcul de la moyenne du groupe.
Aucune fusion ni partenariat industriel dans cette manœuvre. Porsche reste juridiquement dans le giron de Volkswagen. Mais pour les calculs d’émissions imposés par Bruxelles, le constructeur de Stuttgart rejoint temporairement le camp chinois. Une transaction financière qui ne dit pas son montant, mais dont l’objectif est clair : éviter l’amende.
Un report européen, pas une annulation
Les règles CAFE (Corporate Average Fuel Efficiency) imposent aux constructeurs de respecter des moyennes d’émissions de CO₂ par véhicule vendu. En 2025, Volkswagen a raté sa cible de 6,4 g/km. Au printemps dernier, après un bras de fer avec Bruxelles, les constructeurs ont obtenu un étalement sur trois ans. Un dépassement en 2025 peut être compensé par de meilleurs résultats en 2026 ou 2027.
Mais la règle reste en vigueur. Et pour Volkswagen, l’addition grimpe : 1,5 milliard d’euros de pénalités sur la période 2025-2027 si les moyennes ne rentrent pas dans les clous. En sortant Porsche de son pool, le groupe réduit mécaniquement sa moyenne. Le constructeur de Stuttgart, lui, intègre le pool d’un acteur qui vend quasi-exclusivement de l’électrique en Europe : Xpeng.
Cette souplesse dans la constitution des pools repose sur une règle européenne méconnue. Bruxelles ne calcule pas les moyennes par entité juridique, mais par pool de marques. Chaque constructeur peut s’allier à un concurrent, du moment qu’il le déclare avant le 31 décembre de l’année en cours. Ford, Mazda, Honda, Subaru et Suzuki ont ainsi rejoint Tesla pour 2026. Aujourd’hui, ce sont les constructeurs chinois qui deviennent les partenaires recherchés.
Xpeng, nouvel allié comptable des thermiques européens

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Xpeng n’est pas un inconnu dans le secteur automobile. Le constructeur de Guangzhou a vendu près de 200 000 véhicules électriques en 2025, principalement en Chine, mais avec une montée en puissance en Europe. Son catalogue repose sur des berlines et SUV électriques haut de gamme, équipés de systèmes de conduite autonome avancés. Le P7, lancé en 2026, se positionne face à la Tesla Model S et à la Porsche Taycan[2].
Xpeng propose désormais à Porsche ce que Tesla a vendu pendant des années aux constructeurs en retard sur l’électrique : des crédits CO₂. Le chinois absorbe les émissions du sportif allemand dans son pool, moyennant une rémunération dont le montant reste confidentiel. Les constructeurs ne sont pas tenus de publier ces transactions.
Pour Xpeng, c’est un double gain. D’abord financier, évidemment. Ensuite stratégique : le constructeur chinois gagne en visibilité institutionnelle en Europe, où il cherche à s’implanter durablement. En mai 2026, la presse allemande évoquait déjà des discussions entre Volkswagen et Xpeng autour d’une possible reprise d’usines en Allemagne[1]. Rejoindre un pool européen, c’est aussi gagner en légitimité politique sur un marché encore méfiant.
Ce que change l'alliance Porsche-Xpeng
Volkswagen dans le rouge, Porsche dans le flou
Le groupe Volkswagen traverse une crise industrielle profonde. Fin 2025, il a annoncé la fermeture de plusieurs usines européennes et la suppression de milliers de postes. En Chine, Porsche a fermé 40 concessionnaires en 2025, affaibli par des problèmes de qualité qui ont écorné l’image de la marque.
Séparer Porsche du pool principal permet à Volkswagen de respirer. Mais cela met en lumière une contradiction : le groupe promeut la transition électrique tout en s’appuyant sur un acteur chinois pour compenser les ventes thermiques de sa marque premium. Une situation qui reflète l’inversion des rapports de force entre l’Europe et la Chine dans l’automobile électrique.
Porsche, de son côté, avance sur l’électrique, mais lentement. La Taycan représente une part marginale des ventes. Le Macan électrique peine à convaincre face aux thermiques. Et les SUV Cayenne et Panamera restent massivement vendus avec des moteurs à combustion. Rejoindre Xpeng, c’est acheter du temps. Deux ans pour ajuster la gamme sans subir de sanction immédiate.
Tesla détrôné par les constructeurs chinois

Pendant des années, Tesla a été le refuge comptable des constructeurs européens. En 2020, Fiat Chrysler lui avait versé plusieurs centaines de millions d’euros pour intégrer son pool. Stellantis, Ford, Mazda ont suivi. Mais Tesla a perdu son monopole. Les constructeurs chinois, qui électrifient leurs gammes à marche forcée, offrent désormais la même prestation, parfois à moindre coût.
Xpeng rejoint ainsi BYD, Geely et NIO dans la course aux crédits carbone européens. Ces acteurs bénéficient d’une avance industrielle sur la batterie, le software et l’intégration verticale. Ils vendent des véhicules électriques en volume, là où les européens peinent encore à atteindre des cadences rentables.
L’Europe, qui voulait piloter la transition écologique par la réglementation, se retrouve dépendante de constructeurs extra-européens pour respecter ses propres normes. Volkswagen, symbole de la puissance industrielle allemande, paie un acteur chinois pour éviter une amende européenne. Le paradoxe est complet.
2027, année de vérité
L’alliance Porsche-Xpeng ne vaut que pour deux ans. En 2028, les règles se durciront encore. Volkswagen devra avoir réduit drastiquement ses émissions, ou payer. Porsche devra avoir électrifié davantage sa gamme, ou prolonger l’arrangement avec un partenaire asiatique.
Aucune annonce sur une coopération technique entre les deux marques. Xpeng développe ses propres plateformes, Porsche garde la main sur son ingénierie. Mais l’écart technologique entre les deux univers se réduit. Le P7 de Xpeng affiche 700 km d’autonomie et une puissance de 350 kW, des performances proches de la Taycan, pour un prix deux fois inférieur en Chine.
Pour l’instant, Porsche achète des crédits. Demain, il pourrait acheter de la technologie. Ou des usines. L’histoire récente de l’automobile européenne montre que les alliances comptables précèdent souvent les rapprochements industriels. Volkswagen et Xpeng discutent déjà d’une possible reprise de sites de production en Allemagne. Une étape de plus dans l’inversion des rapports de force entre l’Europe et la Chine.
Pool CO₂ Porsche-Xpeng : les faits-clés
- Porsche quitte le pool CO₂ de Volkswagen pour rejoindre celui de Xpeng en 2026 et 2027
- Volkswagen a dépassé de 6,4 g/km sa cible d'émissions en 2025, risque 1,5 milliard d'amende
- Les constructeurs peuvent s'allier à des concurrents pour mutualiser leurs émissions CO₂
- Xpeng a vendu près de 200 000 véhicules électriques en 2025, principalement en Chine
- Tesla, Ford, Mazda, Honda et Suzuki forment un pool CO₂ distinct pour 2026
- Le montant de la transaction Porsche-Xpeng reste confidentiel
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

