Un voilier historique relie les îles bretonnes en mode décarboné, embarquant 48 passagers sans moteur ni émission de CO₂.
Le transport de passagers à la voile vers les îles bretonnes connaît un regain d’activité. Un navire-école civil de 130 ans embarque aujourd’hui 48 stagiaires pour des liaisons décarbonées entre le continent et les archipels du Ponant. Ce retour à la propulsion traditionnelle s’inscrit dans une dynamique plus large de décarbonation du transport maritime, portée par des opérateurs qui remettent au goût du jour des pratiques de navigation abandonnées depuis des décennies.
Le Belem, construit et mis à l’eau à Nantes en 1896, incarne cette résurrection. Avec ses 58 mètres de longueur et ses 22 voiles, ce trois-mâts barque reste le dernier grand voilier de commerce français encore en navigation. La Fondation Belem le gère comme navire-école et bateau patrimonial. Pour les Jeux olympiques, ce navire a transporté la flamme jusqu’à Marseille lors d’une cérémonie marquante.
D’autres unités participent au mouvement. Le Krog E Barz, réplique d’un bocq langoustier de Loguivy-de-la-Mer datant de 1910, présente une longueur à la coque de 15 mètres, hors-tout 22 mètres, un poids de 25 tonnes et une voilure de 220 m², dont une grand-voile de plus de 90 m². Labellisé « bateau d’intérêt patrimonial » par la Fondation du Patrimoine maritime et fluvial, il accueille des passagers pour des sorties d’entreprise et de loisirs[4].
Une transition justifiée par l’empreinte carbone
Les acteurs de la recherche océanographique formulent eux aussi cette exigence. Selon Marine Océans, plusieurs équipes scientifiques déclarent avoir besoin de décarboner leurs bateaux : « L’utilisation de moteurs pose un problème éthique. Nous devons émettre moins de CO₂ »[5]. Cette position reflète une prise de conscience qui dépasse le seul transport de passagers pour toucher l’ensemble des activités maritimes.
Le modèle du voilier répond à cette contrainte par sa nature même. Aucun moteur thermique, aucune combustion d’hydrocarbures, aucun rejet atmosphérique pendant la navigation. La propulsion repose exclusivement sur le vent, capté par une surface de toile dimensionnée pour le déplacement de la coque et du chargement. La vitesse, nécessairement réduite, devient une caractéristique assumée plutôt qu’un inconvénient.
Un réseau d’îles accessibles sous voile
Les côtes bretonnes et leurs îles forment un terrain propice à cette navigation. L’archipel de Chausey, l’île de Bréhat, l’île de Batz, puis les escales vers le sud jalonnent les parcours proposés par les opérateurs de croisières à la voile. Ces trajets exploitent les courants de la Manche et de l’Atlantique, tout en permettant l’exploration des côtes sauvages et des paysages contrastés de la région.
Pytheas Sailing, opérateur breton professionnel, propose ainsi une grande croisière côtière autour de la Bretagne en douze jours. Le programme inclut le passage entre les rochers du phare des Héaux de Bréhat et le Sillon de Talbert, puis un mouillage à l’île de Bréhat face à la plage de Guerzido ou au port naturel de La Chambre, avant un retour en baie de Saint-Malo[3]. Les passagers découvrent les îles du Ponant dans une logique de lenteur et d’immersion.
Pourquoi la voile revient dans le transport de passagers
Des navires patrimoniaux mobilisés en festival
Le Lorient Océans Festival valorise ces voiliers lors de rassemblements maritimes annuels. En juin, le Krog E Barz était amarré au Kernével à Larmor-Plage le vendredi 26, à Sainte-Catherine (Locmiquélic) le samedi 27, et à La Pointe (Port-Louis) le dimanche 28. Le Français, trois-mâts barque de 47 mètres construit en 1948 au Danemark, était quant à lui amarré au quai du Péristyle à Lorient le jeudi 25, puis au village du festival, quai du Pourquoi Pas, du vendredi 26 jusqu’au dimanche 28 juin. Le Belem rejoignait également le festival, ouvert à la visite au cœur du port.
Ces événements servent de vitrine à un patrimoine naval que des fondations et des associations maintiennent en état de naviguer. Les bateaux labellisés BIP participent régulièrement à des rassemblements, embarquent du public, forment des équipages. Leur présence dans les ports bretons illustre la persistance d’un savoir-faire technique et d’une culture maritime que le transport motorisé avait éclipsés.
Lenteur et apaisement comme proposition de voyage
La navigation à la voile impose une temporalité différente. Pas de trajectoire rectiligne ni d’horaire rigide : le vent, les marées et les courants dictent l’allure. Les passagers embarqués vivent une expérience qui contraste avec les rotations rapides des ferries à moteur. Cette lenteur devient un argument de séduction pour une clientèle en quête d’un rapport au temps moins contraint.
Les opérateurs mettent en avant le caractère « apaisant » de ces traversées, où le bruit du moteur laisse place au clapotis de l’eau contre la coque et au grincement des gréements. L’effort physique de la manœuvre, la participation à la conduite du bateau, la lecture des éléments naturels réintroduisent une dimension active dans le voyage maritime. Le passager redevient équipier, même à titre occasionnel.
Cette formule trouve son public. Les croisières proposées par Pytheas Sailing affichent complet plusieurs mois à l’avance. Les sorties du Krog E Barz attirent entreprises et particuliers. Le Belem embarque des stagiaires qui souhaitent se former à la navigation traditionnelle. L’offre reste limitée par le nombre de voiliers disponibles et par les contraintes météorologiques, mais elle témoigne d’une demande réelle pour un transport maritime décarboné et contemplatif.
Le retour de la voile dans le transport de passagers ne remplacera pas les liaisons régulières motorisées qui assurent la continuité territoriale vers les îles. Mais il ouvre une voie parallèle, portée par des acteurs qui assument les limites de vitesse et de régularité pour proposer une expérience différente. En Bretagne, les îles deviennent accessibles sous voile, 48 passagers à la fois, sans CO₂ ni bruit de moteur.
Transport maritime décarboné : les voiliers bretons en chiffres
- Un navire-école de 130 ans embarque 48 stagiaires vers les îles bretonnes sans moteur
- Le Belem, trois-mâts de 58 mètres et 22 voiles, a transporté la flamme olympique en 2026
- Le Krog E Barz (25 tonnes, 220 m² de voiles) est labellisé bateau d'intérêt patrimonial
- Pytheas Sailing propose des croisières de 12 jours autour de la Bretagne sous voile
- Des scientifiques déclarent que l'utilisation de moteurs pose un problème éthique
- Le Lorient Océans Festival a accueilli plusieurs voiliers patrimoniaux en juin 2026
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés
