La start-up grenobloise Quobly annonce une levée de 115 millions d’euros pour accélérer la fabrication de ses processeurs quantiques sur le sol français, sans dépendance à des fournisseurs étrangers.
Le chiffre est posé : 115 millions d’euros. C’est le montant que Quobly vient de sécuriser pour financer la prochaine phase de son développement. La société, née à Grenoble dans l’écosystème du CEA-Leti, ne fait pas que grossir son bilan. Elle confirme un choix industriel précis : fabriquer ses puces quantiques en France, dans les salles blanches qu’elle connaît depuis sa création.
L’information est mince côté investisseurs et détails de tour de table, la source n’en disant pas davantage. Mais l’angle, lui, est net.
Une indépendance industrielle comme ligne directrice
La stratégie de Quobly repose sur un pari que peu de start-up quantiques européennes ont osé tenir jusqu’au bout : ne pas externaliser la fabrication des processeurs à des fonderies hors d’Europe. Le choix de s’appuyer sur les infrastructures de Grenoble, capitale française de la microélectronique, n’est pas nouveau pour l’entreprise. Ce financement lui donne les moyens de le tenir sur la durée.
C’est là que réside l’enjeu concret de cette levée. Construire un quantum computer compétitif ne suffit pas si les composants critiques restent tributaires de chaînes d’approvisionnement étrangères. Quobly fait le choix inverse, celui de la maîtrise verticale, du silicium à la puce.
Le quantique français face aux labos américains et chinois
Dans la course mondiale au quantum, les acteurs américains, IBM, Google, IonQ, et les programmes chinois soutenus par Pékin, disposent d’une avance en termes de qubits opérationnels et de puissance de calcul brute. L’Europe, elle, mise sur une autre forme de différenciation : la fiabilité de la chaîne de production et la maîtrise technologique souveraine.
Quobly s’inscrit dans cette logique. La start-up grenobloise travaille sur des qubits en silicium, une approche qui emprunte directement aux techniques de fabrication de semiconducteurs classiques. L’avantage : utiliser des équipements et des savoir-faire déjà présents en Europe, plutôt que de dépendre de technologies de refroidissement ou de matériaux exotiques importés.
Avec 115 millions d’euros en poche, l’entreprise a désormais la capacité d’accélérer ses démonstrateurs et de viser une montée en échelle industrielle sans quitter le territoire français.
Grenoble, épicentre d’un écosystème quantique qui grossit
La ville iséroise abrite déjà plusieurs acteurs de la filière quantique française, adossés au CEA, au CNRS et à des infrastructures de recherche parmi les mieux équipées du continent. Quobly bénéficie de cette proximité depuis ses débuts. Ce financement renforce la position de Grenoble comme pôle industriel du quantique en France, face à Paris et à des hubs européens comme Amsterdam ou Munich.
La levée intervient dans un contexte où la France a multiplié les signaux en faveur de la filière : le Plan Quantique lancé en 2021 avait fléché 1,8 milliard d’euros sur cinq ans. Les start-up comme Quobly sont censées incarner le passage de la recherche fondamentale à l’industrie. Avec ce tour de table, l’entreprise franchit une étape de plus dans cette trajectoire.
